‹ Répertoire du théâtre français (volume 3)Chapitre 249 sur 520 · ALCESTE, PHILINTE · texte numérisé non relu

ALCESTE, PHILINTE

ALCESTE

La résolution en est prise, vous dis-je. ^

PHILINTE

Mais, quel que soit ce coup , faut-il qu'il vous obligée...

ALCESTE

Non , vous avez beau faire et beau me raisonner, Rien de ce que je dis ne me peut détourner : ■

i Trop de perversité rég[ne au siècle où nous sommes;

I Et je veux me tirer du commerce des hommes.

Quoi ! contre ma partie on voit tout à-Ia-fois «

L'honneur, la probité, la pudeur et les lois ; 1

On publie en tous lieux l'équité de ma cause ; Sur la foi de mon droit mon ame se repose : Cependant je me vois trompé par le succès ;

I J'ai pour moi la justice, et je perds mon procès ! 4 Un traître, dont on sait la scandaleuse histoire, '

Est sorti triomphant d'une fausseté noire ! |

Toute la bonne foi cède à sa trahison ! ^

Il trouve, en m'égorgeant, moyen d'avoir raison ! Le poids de sa grimace, où brille l'artifice,

(LE MISANTHROPE. 4oi

Renverse le bon droit, et tourne la justice ! Il fait par un arrêt couronner son forfait ! Et, non content encor du tort que Ton me fait,

•' Il court pai*mi le monde un livre abominable,

- Et, de qui la lecture est même condamnable;

[ Un livre à mériter la dernière rigueur,

Dont le fourbe a le front de me faire l'auteur !

Et là-dessus on voit Oronte qtii murmure,

Et tâche méchamment d'appuyer l'imposture !

Lui , qui d'un honnête homme à la cour tient le rang,

 qui je n'ai rien fait qu'être sincère et franc ^'

Qui me vient, malgré moi, d'une ardeur empressée.

Sur des vers qu'il a faits demander ma pensée ;

Et parceqne j'en use avec honnêteté,

Et ne le veux trahir, lui ni la vérité.

Il aidç à m'accabler d'un crime imaginaire !

Le voilà devenu mon plus grand adversaire !

* Et jamais de son cœur je n'aurai le pardon, \

Pour n'avoir pas trouvé que son sonnet fût bon !

(Et les hommes, morbleu ! sont faits de cette sorte ! C'est à ces actions que la gloire les porte ! ^ Voilà la bonne foi, le zèle vertueux, La justice et l'honneur qne l'on trouve chez eux ! . Allons, c'est trop souffrir les chagrins qu'on nous fonge, F Tirons-nous de ce bois et de ce coupe-gorge. '»

(Puisque entre humains ainsi vous vives en vrais loups. Traîtres, vous ne m'aurez de ma vie avec vous.

PHILIMTE.

Je trouve un peu bien prompt le dessein où vous êtes ; Et tout le mal n'est pas si grand que vous le faite!?.

4oîi LE MISANTHROPE;

Ce que votre partie ose vous imputer

N'a point eu le crédit de vous faire arrêter ;

On voit son faux rapport lui-même se détruire,

£t c'est une action qui pourroit bien lui nuire.

ALCESTE

Lui ! de semblables tours il ne craint point Féclat : 1 11 a permission d'être franc scélérat ; Et , loin qa'à son crédit nuise cette aventure, 4

On l'en verra demain en meilleure posture.

PHILINTE

Enfin il est constant qu'on n'a point trop donné Au bruit que contre vous sa malice a tourné. De ce côté déjà vous n'avez rien à craindre ; «

' Et pour votre procès , dont vous pouvez vous plaindre, \ Il vous est en justice aisé d'y revenir, Et contre cet arrêt...

ALGESTE.

Non, je veux m'y tenir.

i Quelque sensible tort qu'un tel arrêt me fasse, '

Si Je me garderai bien- de vouloir qu'on le casse :

/On y voit trop à plein le bon droit maltraité ; Et je veux qu'il demeure à la postérité , Comme une marque insigne, un fameux témoignage 1^ De la méchanceté des hommes de notre âge. I Ce sont vingt mille francs qu'il m'en pourra coûter; \ Mais pour vingt mille francs j'aurai droit de pester !^

/ Contre l'iniquité de la nature humaine , I Et de nourrir pour elle une immortelle haine.

PHILINTE

Mais enfin

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