ACTE V, SCÈNE I. 4o
ALCESTE
Mais enfin vos soins sont superflus.
Que pouvez- vous, monsieur, me dire là-dessus? Aurez- vous bien le front de me vouloir, en face, Excuser les horreurs de tout ce qui ce passe ?
PHILINTE
Non ; je tombe d*accord de tout ce qu'il vous plaît : |
w Tout marche par cabale et par pur intérêt ; / Ce n'est plus que la ruse aujourd'hui qui l'emporte , / Et les hommes devroient être faits d'autre sorte.
Mais est-ce une raison que leur peu d'équité,
Vo)ir vouloir se tirer de leur société ? > Tous ces défauts humains nous donnent, dans la vie, / Des moyens d'exercer notre philosophie ; \ C'est le plus bel emploi que trouve la vertu :
Et si de probité tout étoit revêtu, / Si tous les cœiirs étoient francs , justes et dociles ,
La plupart des vertus nous seroient inutiles, ,
' Puisqu'on en met l'usage à pouvoir, sans ennui,
Supporter dans nos droits l'injustice d'autrui ; '
Et de même qu'un cœur d'une vertu profonde... 4
ALCESTE
Je sais que vous parlez , monsieur, le mieux du monde ; . En beaux raisonnements vous abondez toujours : Mais vous perdez le temps et tous vos beaux discours. La raison , pour mon bien, veut que je me retire : Je n'ai point sur ma langue un assez grand empire ;
^ De ce que je dirois je ne répondrois pas ;
I Et je me jetterois cent choses sur les bras. Laissez-moi, sans dispute, attendre Célimène.
4o4 LE MISANTHROPE.
Il faut qu'elle cousente au dessein qui m'amène : Je vais voir si son cœur a de l'amour pour moi ; Et c'est ce moment-ci qui doit m'en faire foi.
PHILINTE
Montons chez Éliante, attendant sa venue.
ALCESTE
( Non ! de trop de soucis je me sens l'âme émue. ( Allez- vous-en la voir, et me laissez enfin
Dans ce petit coin sombre avec mon noir chagrin.
philiNte.
C'est une compagnie étrange pour attendre ;
Et je vais obliger Éliante à descendre.