SCÈNE X
ADRASTE, HALI, deux laquais.
Hé bien! Hali, nos affaires s'avancent-elles ?
HALI
-Monsieur, j'ai déjà fait quelque petite tentative; mais je...
Ne te mets point en peine , j'ai trouvé par ha-
i56 LE SICILIEN^
sard tout ce que je voulois; et je vais jouir du bonheur de voir chez elle cette belle. Je me suis rencontre chez le peintre Damon, qui m*a dit qu'aujourd'hui il venoit faire le portrait de cette adorable personne ; et comme il est depuis longtemps de mes plus intimes amis , il a voulu servir mes feux, et m'envoie à sa place avec un petit mot de lettre pour me faire accepter. Tu sais que de tout temps je me suis plu à la peinture, et que parfois je manie le pinceau, contre la coutume de France, qui ne veut pas qu'un gentilhomme sache rien faire ; ainsi j'aurai la liberté de voir cette belle à mon aise. Maisje ne doute pas que mon jaloux fâcheux ne soit toujours présent, et n'empêche tous les propos que nous pourrions avoir' ensemble ; et, pour te dire vrai, j'ai, par le moyen d'une jeune esclave , un stratagème prêt pour tirer cette belle Grecque des mains de son jaloux , si je puis obtenir d'eUe qu'elle y consente.
H ALI
Laissez -moi faire, je veux vous faire un peu de jour à la pouvoir entretenir. Il ne sera pas dit que je ne serve de rien dans Cette affaire-là. Quand y allez-vous ?
Tout de ce pas, et j'ai déjà préparé toutes choses.