I>0R1NE
Oui; mais pourquoi , sur-tout depuis un certain temp^,
Ne sauroit-il soufiîir qu'aucun hante céans?
En quoi blesse le ciel une visite honnête,
Pour en faire un vacarme à nous rompre la tête?
'' Veut-on que 4à-dessU6 je m'explique entre nous?... ( montrant Ebaràre. )
t Je crois que de madame il est, ma foi, jaloux.
MUe PERNELLE.
y Taisez-vous, et songez aux choses que vous dites. Ce n'est pas lui tout seul qui blâme ces visites : Tout ce tracas qui suit les gens que vous hantez, , Ces carrosses sans cesse à la porte plantés, £t de tant de laquais le bruyant assemblage,
.' Font un éclat fâcheux dans tout le voisinage.
s Je veux croire qu'au fond il ne se passe rien : ' Mais enfin on en parle; et cela n'est pas bien.
eLÉANTE.
Hé! voulez-vous, madame, empêcher qu'on ne causas? ' ( Ce serait dans la vie une fâcheuse chose , ^ Si, pour les sots discours où l'on peut être mis , l II falloit renoncer à ses' meilletirs amis.
Et quand même on pourroit se résoudre à le faire, \ Croiriez- vous obliger (ont le monde à se taire? l Contre la médisance il n'est point de rempart. ,\ tous les sots caquets n'ayons donc nul ég^rd ; 4. iS
ao6 LE TARTUFE.
Efforçons-nous de vivre avec toute innocence « Et laissons aux causeurs une pleine liceuce.*
DORINE
Daphné, notre voisine, et son petit époux. Ne sernient-ils point ceUx qui parlent mal de nous? I Ceux de qui la couduitc offre le plus à rire '' t Sont toujours sur autrui les premiers à médire : Ih ne manquent jamais de saisir proroptement L'apparente lueur du moindre attachement, D*en semer la nouvelle avec beaucoup de joie , Et d'y donner le tour qu'ils veulent qu*on y croie: Des actions d'autrui, teintes de leurs couleurs, Ils pensent dans le iqonde autoriser les leurs, Et ^ sous le faux espoir de quelque ressemblance, Aux intrigues qu'ils ont donner de Finnocence, Ou faire ailleurs tomber quelques traits partagés De ce blâme public dont ils sont trop chargés.
Mme PBRNELLE,
Tous ces raisonnements ne font rien à Taffaire. \ On sait qu'Orante mène une vi^exemplaire ; Tous ses soins vont au ciel : et j'ai su par des gens Qu'elle condamne fort le train qui vient céans.
DORINE
L'exemple est admirable , et cette dame est bonne!
Il est vrai quelle vit en austère personne; ^ Mais l'âge dans son ame a mis ce zèle ardent, ^ Et l'on sait qu'elle est prude à son corps défendant. j Tant qu'elle a pu des cœurs attirer les hommages,
Elle a fort bien joui de tous ses avantages :
Mais voyant de ses yeux tous les brillants laisser,