‹ Répertoire du théâtre français (volume 3)Chapitre 455 sur 520 · SCÈNE y«r · texte numérisé non relu

SCÈNE y«r

TARTUFE, UN EXEMPT, madame PERNELLE, X ORGON, ELM1RE, CLÉANTE , MARÏANE , ^ VALÈRE, DAMIS, DORINE.

TARTUFE, arrêtant Orgûn.

Tout beau, monsieur, tout beau , ne courez point si vite: Vous n'irez pas fort loin pour trouver votre g^ite ; Et de la part du prince on vous fait prisonnier.

ORGON

Traitre, tu me gardois ce trait pour le dernier : C'est le coup , scélérat , par oii tu m'expédies; Et voilà couronner toutes tes perfidies.

[ Vos injures n'ont rien à me pouvoir aigrir : f Et je suis, pour le ciel, appris à tout souffrir.

CLÉANTE

La modération est grande, je Tavoue. ^

DAMIS

i Comme du ciel Finfame impudemment se joue! '

Tous vos emportements ne sauroient m'émouvoir; ^ Et je ne songe à rien qu'à faire mon devoir.

Vous avez de ceci grande gloire à prétendre;

Et cet emploi pour vous est fort bonnête à prendre L

ï Un emploi ne saucoit être que glorieux

3oi LE TARTUFE.

I Quand il part du pouvoir qui m*envoie en ces lieux.

ORGON

Mais t*es-tu souvenu que ma main charitable, J Ingrat, t*a retiré d'un état misérable?

Oui, je sais quels secours j'en ai pu recevoir;

IMais l'intérêt <)u prince est mon premier devoir. De ce devoir sacré la juste violence Étouffe dans mon cœur toute reconnoissance ; L Et je sacrifierois à de si puissants nœuds \ Ami, femme, parents, et moi-même avec eux.

ELXIRE.

L'imposteur !

DORINE

Comme il sait, de traîtresse manière, •^ Se faire un beau manteau de tout ce qu'on révère !

CLÉANTE

Mais s'il est si parfait que vous le déclarez ,

Ce zélé qui vous pousse et dont vous vous parez.

D'où vient que pour paroître il s'avise d'attendre

Qu'à poursuivre sa femme il ait su vous surprendre.

Et que vous ne songez à l'aller dénoncer

Que lorsque son honneur l'oblige à vous chasser?

' .Te ne vous parle point, pour devoir en distraire. Du don de tout son bien qu'il venoit de vous faire; Mais, le voulant traiter en coupable aujourd'hui,

/ Pourquoi consentiez- vous à rien prendre de lui ?

taRtdfb, à texempt.

^ Délivrez-moi, monsieur, de la criaillerie ; Et daignez accomplir votre ordre, je vous prie.

la prison ?

ACTX V, SCENE VII. 3o3

l'exempt. jl

Oui, c'est trop demeurer, sans doute, k l'accomplir; Votre bouche à propos m'invite à le remplir : Ut, pour l'exécuter , suivez-moi tout-à-Fheure Dans la prison qu'on doit vous donner pour demeure

Qui? moi, monsieur?

Oui , vous.

Pourquoi donc l'exempt.

I Ce n'est pas vous à qui j'en veux rendre raison. [à Orgon. ) Remettez- vous, monsieur, d'une alarme si chaude.

INous vivons sous un prince ennemi de la fraude. Un prince dont les yeux se font jour dans les cœurs, I Et que ne peut tromper tout l'art des imposteurs. ' D'un fin discernement sa grande ame pourvue

Sur les choses toujours jette une droite vue;

Chez elle jamais rien ne surprend trop d'accès ,

Et sa ferme raison ne tombe en nul excès.

Il donne aux gens de bien une gloire immortelle;

Mai$ sans aveuglement il fait briller ce zèle ;

Et l'amour pour les vrais ne ferme' point son cœur

A tout ce que les faux doivent donner d'horreur. , Celui-ci n'étoit pas pour le pouvoir surprendre ,

Et de pièges plus fins on le voit se défendre.

D'abord il a percé, par ses vives clartés',

Des replis de son cœur toutes les lâchetés.

3o4 LE TARTUFE.

Venant vous accuser, il ^'est trahi lui-même.

Et, par un juste trait de réquité suprême,

S^est découvert au prince un fourbe renommé, ;

Dont sous un autre nom il étoit informé ; :

Et c*est un long détail d'actions toutes noires

Dont on pourroit former des volumes d^histoires.

Ce monarque, en un mot, a vers vous détesté

Sa lâche ingratitude et sa déloyauté ;

A ses autres horreurs il a joint cette suite ,

Et ne m*a jusqu'ici soumis à sa conduite

Que pour voir l'impudence aller jusques au bout ,

Et vous faire par lui faire raison de tout.

Oui, de tous vos papiers, dont il se dit le maître,

Il veut qu'entre vos main» je dépouille le traître.

D'un souverain pouvoir , il brise les liens \

Dû contrat qui lui fait un don de tous vos biens,

Et vous pardonne enfin cette offense secrète

Où vous a' d'un ami fait tomber la retraite;

Et c'est le prix qu'il donne au zèle qu'autrefois

On vous vit témoigner^ en appuyant ses droits.

Pour montrer que son cœur sait , quand moi os on y ^tf^

D*une bonne action verser la récompense ;

Que jamais le mérite avec lui ne perd rien ;

Et que, mieux que du mal, il se souvient du bien.

DORIN£.

Que le ciel soit loué !

Aime p En N ELLE. |

Maintenant je respire « ;

ELMIRB.

Favorable Succès !

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