‹ Répertoire du théâtre français (volume 3)Chapitre 461 sur 520 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Jupiter, qui, sans doute, en plaisirs se eonnoit, Sait descendre du haut de sa gloire suprême; Et pour entrer dant tout ce qui lui plaît Il sort tout-à-fait de lui-même , Et ce n'est plus alors Jupiter qui paroît.

LA NUIT

Passe encor de le voir de ce sublime étage

Dans celui des hommes venir, Prendre tous les transports que leur cœur peut fournir,

Et se faire à leur badinage, Si, dans les changements où son humeur l'engage, A la nature humaine il s'en vouloit tenir.

Mais de Voir Jupiter taureau,

Serpent, cygne, ou quelque autre chose.

Je ne trouve point cela beau, Et ne m'étonne pas si parfois on en cause.

MERCURE

Laissons dire tous les censeurs :

Tels changements ont leurs douceurs Qui passent leur intelligence.

Ce dieu sait ce qu'il fait aussi bien là qu'ailleurs ; Et dans les mouvements de leurs teudres ardeurs Les bêtes ne sont pas si bétes que l'on pense.

LA NUIT

Revenons à l'objet dont il a les faveurs.

Si par son stratagème il voit sa flamme heureuse ,

3i8 PROLOGUE.

Que peat*il souhaiter, et qu'est-ce que je pais?

Que vos cbevaiuL, par vous au petit pas réduits. Pour satisfaire aux vœux de son ame amoureuse. D'une nuit si délicieuge Fassent la plus longue des nuits ; Qu'à ses transports vous donniez plus d'espaoe. Et retardiez la naissance du jour Qui doit avancer le retour De celui dont il tient la place.

LA NUIT

Voilà sans doute un bel emploi Que le grand JufHter m'apprête !

Et Ton donne un nom fort honnête , Au service qu'il veut de moi !

> MERCORE.

Pour une jeune déesse; Vous êtes bien du bon temps!

Un tel emploi n'est bassesse l Que chez les petites gens.

Lorsque dans un haut rang on a Iheur de paroitre, Tout ce qu'on lait est toujours bel et bon ; Et suivant ce qu'on peut être Les choses changent de nom.

LA NUIT.-

Sur- de pareilles matières

PJIOLOÇUE. 3^9

Vous en savez plus que moi ; Et pour accepter l'emploi Ten yeux croire vos lumières.

MERCURE

Hé ! la , la , madame la Nuit,

Un peu doucement, je vous prie;

Vous avez dans le monde un bruit

De n'être pas si renchérie.

On vous fait confidente , en cent climats divers ,

De beaucoup de bonnes affaires ; Et je crois, à parier à sentiments ouverts.

Que nous ne nous en devons guères.

LA NUIT

Laissons ces contrariétés, .

Et demeurons ce que nous sommes. '

N'apprêtons point à rire aux hommes En nous disant nos vérités.

MERCURE

Adieu. Je vais là-bas, dans ma commission, Dépouiller promptement la forme de Mercura,

Pour y vêtir la figure

Du valet d'Amphitryon.

LA NUIT

Moi , dans cet hémisphère , avec ma suite obscure, Je vais faire une station.

MERCURE

/ Bonjour, la Nuit.

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