ACTE I, SCÈNE II. 33i
MERCUBE.
Écoute.
Sais- tu que de ma main je t'assomme aujourd'hui?
SOSIE
Pourquoi ? De quelle rage est ton ame saisie?
MERCURE
Qui te donne, dis-moi, cette témérité De prendre le nom de Sosie?
SOSIE
Moi, je ne le prends point, je l'ai toujours porté.
O le monsonge horrible, et l'impudence extrême ! Tu m'oses soutenir que Sosie est ton nom?
SOSIE
Fort bien, je le soutiens » par la grande raison Qu'ainsi l'a fait des dieux la puissance suprême; Kt qu'il n'est pas en moi de pouvoir dire non , Et d'être un autre que moi-même.
MERCURE
Mille coups de bâton doivent être le prix D'une pareille effronterie.
SOSIE, battu par Mercure. .
Justice, citoyens ! Au secours , je vous prie ! j
MERCURE
Comment! bourreau, tu fais des cris!
SOSIE
De mille coups tu me meurtris, !
Et tu ne veux pas que je crie? /
MERCURE
C^est ainsi que mAn braS'..
332 AMPHITRYON
SOSIE
L'action ne vaut rien.
Tu triomphes de Tavantaçe Que te donne sur moi mon manque de courage ;
Et ce n'est pas eu user bien.
C'est pure fanfaronnerie De vouloir profiter de la poltronnerie
De ceux qu'attaque notre bras.
Battre un homme à jeu s&r n*est pas d*une belle ame :
Et le cœur est digne de blâme
Contre les gens qui n*en ont pas.
MERCURE
Hé bien ! es-tu Sosie à présent? qu'en dis-tu ?
SOSIE
Tes coups n*ont point en moi fait de métamorphose ,- Et tout le changement que je trouve à la chose , C'est d'être Sosie battu.
MERCURE, menaçant Sosie.
Eucor ! Cent autres coups pour cette autre impudence.
SOSIE
De grâce, fais trêve à tes coups.
MERCURE
Fais donc trêve à ton insolence.
SOSIE
Tout ce qu'il te plaira ; je garde le silence. La dispute est par trop inégale entre nous.
MERCURE
Es-tu Sosie encor? dis, traître !
Hélas ! je suis ce que tu veux :