ACTE II, SCÈNE II. 36i
ALCMÈME.
Allez, Amphitryon, Vous vous moquez d'en user de la sorte, Et vous en devriez avoir confusion.
AMPHITRYON
Romps vite ce cachet.
SOSIE, ayant ouvert le coffret.
Ma foi , la place est vide.
Il faut que, par magie, on ait su le tirer. Ou bien que de lui-même il soit venu sans guide Vers celle qu'il a su qu'on en vouloit parer.
AMPHITRYON, à part.
O dieux, dont le pouvoir sur les choses préside , Quelle est cette aventure? et qu'en puis-je augurer Dont mon amour ne s'intimide?
SOSIE, à Amphitryon.
Si sa bouche dit vrai , nous avons même sort, Et de même que moi , monsieur, vous êtes double.
AMPHITRYON. i
Tais-toi.
ALCMÈNE
Sur quoi vous étonner si fort?
Et d'où peut naître ce grand trouble?
AMPHITRYON, à part.
O ciel! quel étrange embarras!
Je vois des incidents qui passent la nature;
Et mon' honneur redoute une aventure [
Que mon esprit ne comprend pas. * /
ALGMÈNE.
Songez-vous, en tenant cette preuve sensible, 4. 3i
36a AMPHITRYON.
A me nier encor votre retour pressé?
AMPHITRYON
Non : mais, à ce retour, daignez, s*il est possible, Me conter ce qui^ s'est passé.
ALCMBNE.
Puisque tous demandez un récit de la chose , Vous voulez dire donc que ce n*étoit pas vous?
AMPHITRYON
Pardonnez-moi; mais j*ai certaine cause Qui me fait demander ce récit entre nous.
AtCMKNB.
Les soucis importants qui vous peuvent saisir Vous ont-ils fait si vite en perdre la mémoire?
AMPHITRYON
Peut-être : mais enfin vous me ferez plaisir De m'en dire toute Thistoire.
ALCMKNB.
L'histoire n'est pas longue. A vous je m'avançai Pleine d'une aimable surprise ; Tendrement je vous embrassai,
Et témoignai ma joie à plus d'une reprise. AMPHITRYON, àpart.
Ah! d'un si doux accueil je me serois passé.
ALCMBNE.
Vous me fîtes d'abord ce présent d'importance, Que du butin conquis vous m'aviez destiné.
Votre cœur avec véhémence M'était de ses feux toute la violence, Et les soins importuns qui favoient enchaîné, L'aise de me revoir, les tourments de l'absence,