‹ Répertoire du théâtre français (volume 3)Chapitre 64 sur 520 · SCÈNE IW · texte numérisé non relu

SCÈNE IW

DORIMENE, SGANARELLE.

DORiMÈifE, dans te fond du théâtre y à un petit laquais qui la suit.

Allons, petit gsnnçon, qu'on tienne bien ma queue, et qu'on ne s*aniuse pas à badiner. SGAMARELLE, à part y apcTcevant Dorimène,

Voici ma maîtresse qui vient! Ah ! quelle est agréable ! Quel air et quelle taille 1 Peut-il y avoir un homme qui n'ait, en la voyant, dés démangeaisons de se marier ? ( a Dorimène. ) Où allezvous, belle mignonne, chère épouse future de votre époux futjur ?

DORIMÈITE.

Je vais faire quelques emplettes.

^ SGAHARELLE.

Hé bien ! ma belle, c'est maintenant que nous allons être heureux l'un et Fautre. Vous ne serez plus en droit de me nen refuser; et je pourrai faire avec vous tout ce qu'il me plaira, sans que personne s'en scandalise. Vous allez être à moi depuis la tête jusqu'aux pieds, et je serai maître de tout ; de vos petits yeux éveillés , de votre petit nez fripon , de vos lèvres appétissantes , de vos oreilles amoureuses, de votre petit menton joli,

loo LE MARIAGE FORCÉ,

de vos petits tëtons rondelets, de votre... Enfin tonte votre personne sera à ma discrétion , et je serai à même pour vous caresser comme je voudrai. N^êtes-vous pas bien aise de ce mariage, mon aimable pouponne ?

DORIMENE.

Tout-à-fait aise, je vous jure. Car enfin la sévérité de mon père m'a tenue jusques ici dans une sujétion la plus fâcheuse du monde. Il y a je ne sais combien que j'enrage du peu de liberté qu'il me donne ; et j'ai cent fois souhaité qu'il me mariât, pour sortir promptement de }a contrainte où j'étois avec lui, et me voir en état de faire ce que je voudrai. Dieu merci , vous êtes venu heu* reusement pour cela ; et je me prépare désormais à me donner du divertissement, et à réparer comme il faut le temps que j'ai perdu. Comme vous êtes un fort galant homme , et que vous savez comme il faut vivre , je crois que nous ferons le meilleur ménage du monde ensemble, et que vous ne serez point de ces maris incommodes qui veulent que leurs femmes vivent comme des loups-garous. Je vous avoue que je ne m'accommoderois pas de cela , et que la solitude me désespère. J'aime le jeu, les visites, les assemblées, les cadeaux et les promenades, en un mot toutes les choses de plaisir ; et vous devez être ravi d'à-

Page 1