‹ Répertoire du théâtre français (volume 3)Chapitre 97 sur 520 · GUSMAN · texte numérisé non relu

GUSMAN

Mais les saints nœuds du mariage le tiennent engagé.

SGANARELLE

Hé I mon pauvre Gusman , mon ami , tu ne sais pas encore, crois>moi, quel homme est don Juan.

GUSMAK.

Je ne sais pas, de vrai , quel homme il peut être, s'U faut qu'il nous ait fait cette perfidie; et je ne comprends point comme, après tant d'amour et tant d'impatience témoignée, tant d'hommages pressants, de vœux, de soupirs et de larmes, tant de lettres passionnées, de protestations ardentes et de seriucnts réitérés, tant de trans-

i56 LE FESTIN DE PIERRE,

ports enfin et tant d*emportements qu*il a fait paroître, jusqu'à forcer, dans sa passion, Tobstade sacré d*un couvent pour mettre done Elvire en sa puissance ; je ne comprendspas , dis-je , comme , après tout cela , il auroit le cœur de pouvoir manquer à sa parole.

SGANARELLE

Je n ai pas grande peine à le comprendre , moi ; et si tu connoissois le pèlerin, tu tronverois la chose assez facile pour lui. Je ne dis pas qu*il ait changé de sentiments pour done Ëlyire , je n'en ai point de certitude encore. Tu sais que , par son ordre, je partis avant lui; et, depuis son arrivée, il ne m'a point entretenu: mais, par précaution , je t'apprends , inter nos y que tu vois en don Juan mon maître le plus grand scélérat que la terre ait jamais porté , un enragé , un chien , un diable, un Turc, un hérétique qui ne croit ni ciel, ni saint, ni Dieu^ ni loup-garou , qui passe cette vie en véritable béte brute ; un pourceau d'Épicure, un vrai Sardanapale, qui ferme l'oreille à toutes les remontrances chrétiennes qu'on lui peut faire, et traite de billevesées tout ce que nous croyons. Tu me dis qu'il a épousé ta maîtresse ; crois qu'il auroit plus fait pour sa passion, et qu'avec elle il auroit encore épousé toi , son chien et son chat. Un mariage ne lui coûte

Page 1