ACTE I, SCÈNE I. i
rien à contracter ; il ne se sert point d'autres piè^s pour attraper les belles, et c'est un épouseur à toutes mains. Dame, demoiselle , bourgeoise, paysanne , il ne trouve rien de trop chaud ni de trop froid pour lui; et si je te disois le nom de toutes celles qu'il a épousées en divers lieux, ce seroi^ un chapitre à durer jusqu'au soir. Tu demeures surpris, et changes de couleur à ce discours : ce n'est là qu'une ébauche du personnage; et, pour en achever le portrait, il faudroit bien d* autres coups de pinceau. Suffît qu'il faut que le courroux du ciel l'accable quelque jour ; qu'il me vaudroitbien mieux d'être au diable que d'être à Imi; et qu'il me fait voir tant d'horreurs, que je souhaiterois qu'il fut déjà je ne sais où. Mais un grand sei^eur méchant homme est une terrible chose: il faut que je lui sois fidèle, en dépit que j'en aie ; la crainte en moi fait l'office du zèle , bride mes sentiments , c^ me réduit d'applaudir bien souvent à ce que mon ame déteste. Le voilà qui vient se promener dans ce palais ; séparonsnous. Écoute au moins : je t'ai fait cette confidence avec franchise, et cela m'est sorti un peu bien vite de la bouche; mais s'ilfalloit qu'il en vint quelque chose à ses oreilles, je dirois hautement que tu aurôis menti.
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