‹ Répertoire du théâtre français (volume 4)Chapitre 140 sur 465 · ACTE I, 8GÈNE III. ai · texte numérisé non relu

ACTE I, 8GÈNE III. ai

Et je vais m'expUquer sans détour et sans feinte. Depuis plus de vingt ans, vous le savez, seigneiir, Nous conduisons tous deux l'espiit de l'empereur: Il partage entre nous son cœur et sa puissance , Et nous dictons toujours les ordres qu il dispense. Du rang que vous tenez, confus, désespéré, Pour vous en dépouiller j'ai cent fois conspiré; Et vous, que contre moi pousioit la même envie,. Vous avez attaqué ma faveur et ma vie. Je ne craignois que vous , vous ne craigniez que moi; Et , puisqu'il faut ici parler de bonne foi , C'étoit avec raison que , jaloux l'on de l'autre , Vous craigniez mon pouvoir, que je craignois le vôtre , Puisque chacun de nous , estimant son rival , Trembloit qu'à sa fortune il ne devint fatal. Persuadés tous deux, en voulant nous détruire. Qu'un de nous suffisoit pour gouverner l'empire. Souvent nos démêlés étant près de finir. L'empereur a pris soin de les entretenir. Nos chagrins Tout servi bien mieux que notre zélé. Chacun de nous étoit un ministre fidèle. Dont les yeux , attachés sur un seul ennemi. Toujours dans son devoir le tenoient affermi. Ainsi, tant qu'ont duré nos haines mutuelles, L'empereur a joui du fîruit de nos querelles. Il faut les terminer; le jour en est venu. L'état de cette cour, seigneur, vous est connu : Depuis près de deux mois qu'en épousant Irène L'empereur s'est lié d'une nouvelle chaiue , Qu'enlevant la princecse à son fils malheureux

:>i4 ÂNDRONIC.

D'une foi tant jurée il a rompu les nœuds,

Andronic tout entier se livre à la colère;

Et si dans ses transports il épargne son père ,

S*il le respecte encore , ah ! croyez que sur noas

Il en fera tomber les plus funestes coups.

Il impute à nos soins sa triste destinée.

Il croit que pour résoudre un second hyménée.

Enfin , pour en fi^rmer les injustes liens ,

L'empereur a suivi vos Conseils et les miens.

Nos périls sont égaux , nos craintes sont communes.

Seigneur; associons nos coeurs et nos fortunes.

Et, pour nous maintenir, hâtons-nous de dresser

Un rempart qu' Andronic ne puisse renverser.

MARCBNB.

Je ne sais si je puis , avec quelque assurance , Seigneur, de vos discours bannir la défiance; Mais personne en ces lieux ne peut nous écèuter; Nous sommes seuls, enfin, quaurois-je à redouter? Quand vous m'accuseriez, votre seul témoignage^ Ne peut conùre ma foi donner le moindre ombrage. Je connois là-dessus Tesprit de l'empereur. Je vais donc vous répondre et vous ouvrir mon cœur. Seigneur, de vos avis je vois trop l'importance ; Le prince est plus à craindre encore qu'on ne pense : Il régnera; comment nous pourrons-nous sauver? Pour moi, qui fus chargé du soin de l'élever. Je me suis fait long-temps une pénible étude De percer les raisons de son inquiétude. Vous savez que toujours, solitaire, inquiet, Farouche, il a paru ne vivre qu'à regret;

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