ACTE 1, SCÈNE l!l. 2i
Grâce à mes soins, j'ai lu jusqu'au foùd de son ame; J'ai vu son désespoir : l'ambition l'enflamme ; Au désir de régner sans cesse abandonné , Tout loi déplaît ici n'étant point couronné. Quelque soin qu'on ait pris d'abaisser son courage ^ De dompter son orgueil dans un long esclavage , , On l'a vu diaque jour, loin de s'humilier, ' Se roidir contre nous, et devenir plus fier. Trop instruit de ses droits , trop plein de sa naissance , Il ne sauroit souffrir la moindre dépendance; Mais sur-tout j'ai connu que son cœur est épris D'une invincible horreur contre les favoris. Il voit notre pouvoir dans la cour de son père. Seigneur, conmie un larcin que nous osons lui faire. Et si de l'empereur il souhaite la mort. C'est plus pour nous punir que pour changer de sort. VoUà quel est le prince ; et je puis dire encore Qu'il est cher à la cour, que le peuple l'adore. Dès Fenfance, affectant une fausse pitié. Il s'est de tout l'empire attiré l'amitié. Vous voyez qu'il soutient les rebelles Bulgares : Chaque jour l'envoyé de ces peuples barbares L'entretient, le consulte, et près de l'empereur Andronic l'a flatté de toute sa faveur. Ah ! rendons pour la paix leur projet inutile : Que serions-nous tous deux dans un état tranquille? L'empereur, libre alors de craintes et de soins, Étant plas absolu , nous écouteroit moins. En vain de sa tendresse il nous données marques : Il est, n'en doutez point, comme tous les monarques^
ai6 ANDRONIC.
Qui d'une égale ardeur chérissent nos pareils ,
Et des phis grands bienfeits achètent leurs conseils,
Tandis que Je désordre ou le destin contraÎTe
Rendent à leur grandeur ce secours nécessaire;
Mais après le danger, à Fabri du malheur»
Leuratdente amitié perd toute sa chaleur.
Nous devenons suspects en cessant d'être tttiles :
Nos services passés sont de foibles asiles;
On ne veut plus nous voir avec les mêmes yeux ;
Ce qu'on louoit jadis est un crime odieux,
Et Fexil , la prison... que dis-je? une mort prompte
Chez la postérité ^ait passer notre honte;
D'autant plus malheureux qu'accablés de douieurs
Tout le monde irrité nous refuse des pleurs ;
Qu'au milieu des fureurs que sur nous on déploie,
Nos maux font le sujet de la publique joie ,
Que le peuple triomphe , et, loin de s'attendrir.
Se plaint qu'on nous iait grâce en nous faisant mourir !
LÉON
Oui, seigneur, prévenons le retour ordinaire Qui du sort indigné nousmoUtrê la colère; Occupons l'empereur; ne le laissons jamais Goûter le plein bonheur d'une profonde paix. Ainsi, maîtres de tout, nous n'aurons plus de maître, Et le fier Andronic... Mais je le vois parottnû L'envoyé l'accompagne, et Martian aussh.
ACTEl, SCÈNE IV. ai