ACTE I, &GÈNE VIII. aiS
Je ne me connois plus , et je me crains moi-même. Je suis jeune , jaloux; j'ai perdu ce <{ue j'aime : Fuyons; n'exposons point ma tremblante vertu Au remords étemel d'avoir mal combattu.
MARTIAN
Que je vous plains , seigneur ! Que votre destinée Parce funeste amour devient infortunée!
Sans lui toujours content, révéré , glorieux, En naissant assuré du rang de vos aïeux. Votre cœur eût goûté, dans uue paix profonde , L'heureux sort que le ciel donne aux maîtres du monde.
▲ NDRONIC.
Que dis-tu? Je suis né pour être malheureux. L'amour ne fait point seul mon destin rigoureux. Eh quoi ! pour pénétrer l'excès de ma misère , Ne te suffit-il pas de connoitre mon père? L'empereur, soupçonneux, esclave de son rang. Ne m'a jamais fait voir les tendresses du sang : Les plus saints mouvements que la nature imprime , Dans son austère cœur passeroient pour un crime; Et , po^r être né prince , il ne m'est pas permis D'éprouver -tout l'amour d'un père pour son 01s.
MARTIAN
Quoi! seigneur...
ANDBOWic, l'interrompant.
Dans ces lieux mon courage murmure.
Et mon cœur n'est point fait pour une vie obscure. Dès l'enfance charmé des héros de mon sang , Je trouve leurs vertus au-dessus de leur rang. Sur-tout de mon aïeul e.t l'exemple et la gloire
326 ANDRONIG.
M'enflamme à tous moments et remplit ma mémoin.
Sur ce fameux guerrier mon esprit attaché ,
Par aucun autre objet n'eu peut être arraché :
Je regarde son sort avec un œil d'envie;
A ses jours éclatants je compare ma vie. ^
Rien ne s'offre à mes yeux dans le cours de ses ans
Que de nobles travaux, des succès triomphants,
Que des murs embrasés , que des villes surprises ,
Des peuples asservis, des provinces cofiquises ,
Des rebelles punis, des rois humiliés.
Le repos maintenu ches tous ses alliés;
Ou si jamais le sort , démentant son courage,
A ses prospérités a mêlé quelque outrage ,
Il me parott plus grand dans son adveisité :
Je le vois triompher du destin irrité ;
Et tirant de sa chute une nouvelle gloire ,
•A force dé vertu, rappder la victoire.
Moi , toujours renfenné dans ces murs malheureux ,
Occupé jusqu'ici par de Mvoles jeux ,
Je ne sais ni l'emploi ni l'ordre d'une armée
Que par des traits confus ou par la renommé^
Ah ! ce seul souvenir, plus que tous mes malheurs ,
M'irrite, me dévore, et m'arrache des pleurs!...
Allons, obéissons au transport qui me guide.
Et prenons vers la gloire un essor si rapide
Que dans leur nombre un jour mes exploits confondus
Suffisent à remplir les jours que j'ai perdus!...
Cependant, cherche Eudoxe; elle counoit ma peine.
Et m'a cent fois pressé de fuir les yeux d'Irène :
Du dessein que j'ai pris il la faut avertir;