SCÈNE L
JU8TINto,BABET.
jusTins.
Vqùê voilà donc venue? Approchei{ il est temps Que vous preniez de moi des «vis importants.
BABfeT.
Vraiment, c'est One grâce où je n'osois prétendre.
JUSTINB.
Fort bien 1 Mais , avant tout , commencez par m*apprendre Votre âge et votre nom.
bàbet.
Volontiers, j'y consens.
L'on m'appelle Babet : j'aurai bientôt vingt ans.
JUSTINE
Ab ! quel Age charmant! Quel pays est le vôtre?
BABET
Paris; et vous et moi n'en connoissons poin^ d'autre. Par un heureux destin je viens servir ici.
JUSTIITE.
Connoissez-vous le train de cette maison-ci, De quel air on y vit» et quel homme est Dorante?
BABBT.
Je sais qu'il a , du moins , vingt mille écus de rente; Qu'il est homme de robe.
JUSTINE
Et , sur ce fondement , Peut-être pensez-vous qu'il vit obscurément. Et que de ses pareils l'austère économie Exerce incessamment toute sa prud'homie; Qu'il excelle dans l'art de vivre à peu de frais ; Qu'avec le jour naissant il s'enferme au palais; Qu'à ce triste devoir son aîné est asservie , Et qu'à Tamour du bien il immole sa vie? Point du tout. C'est un homme amoureux du plaisir, Ennemi du travail j toujours plein de loisir; Méprisant ses égaux, et, depuis son enfance, Nourri dans le repos , dans la magnificence , Cherchant les courtisans et les gens du bel air; toiitant leur exemple, et les traitant de pair. Il chasse , il court le cerf, est homme de campagne , Aime le jeu, la table et le vin de Champagne; Décide et parle haut parmi les beaux esprits , Impose, plaît, commande aux belles de Paris; D'habits tout galonnés remjplit sa garde-robe, Et n'a rien , en un mot , du métier que la lobe.