ACTE II, gCKNË 11. .I
Ne prenoient sur mon cœor aucune autorité. Je crus la voir toujours avec indifiFérence. Malheureux! de ses traits j'ignorois la puissance. Sa beauté s'est accrue; et sa possession. Loin de me dégoûter, a fait ma passion.
DUBOIS
Vous y voilà donc pris?
Je n'ai connu ma flamme Qu'aux mouvements jaloux qui déchirent mon ame. De ce trouble secret je me suis alarmé , Et j*ai douté long-temps que mon cœur fût charmé. Mais enfin j'ai senti toute mon infortune. Je crains tons mes amis ; leur aspect m'importune. Je n'aspirais jadis qu'à les avoir chez.moi , Leur présence tfujourd'hoi m'y donne de l'effroi... .
{àpart.) Pourquoi faut-il aussi qu'un ridicule usage Souffre des étrangers au milieu d'un mémge? Sages Italiens , que vous avez raison ! . . .
{àDttbùis.) Vingt fainéants sans cesse assiègent ma maison; Us content devant moi des douceurs à Célie : L'un dit qu'elle a bon air, l'autre qu'elle est polie; Celui-ci, que ses yeux sont faits pour tout charmer. Que sa grâce jamais ne se peut exprimer; Celui-là de ses dents vante Tordre agréable. Enfin tous, à l'envi, la trouvent adorable; Et la fin d'un discours qui me peice le cttur Est toujours employée à louer mon bonheur.
3o8 LE JALOUX DÉSABUSÉ.
DUBOIS
Il est vrai , c'est ainsi qae la chose se passe.
DORANTE
Us portent bien plus loin leur indiscrète audace. Us viennent la chercher au sortir de son lit. chacun fait là briller ses soins et son esprit. Ce ne sont que bons mots , que jeux, que railleries, Que signes , que coups d'ceil, et que minauderies. Ma femme reçoit tout d'un esprit fort humain. Et je vois quelquefois qu'on lui baise la main.
On a tort.
DORANTE
Cependant il faut que je l'endure; Et le public rira , si ma bouche en murmure ; Si je montre Tennui que mon cœur en reçoit , Les enfants de Paris me montreront au doigt; Et, traité de bizarre et d'époux indocilo. Je serai le sujet d'un heureux vaudeville...
{àpart.) Ah ! Français, qu'à bon droit les autres nations Begaipdent en pitié toutes vos actions.
Et, blâmant votre esprit de mode et de cabale. Condamnent justement votre fausse morale !
DUBOIS
Belle réflexion !
DORANTE
Ce n'est pas encor tout, Et l'on mettra bientôt ma patience à bout , Si je ne vois cesser les manières d'Éraste.