‹ Répertoire du théâtre français (volume 4)Chapitre 203 sur 465 · ACTE II, SCÈNE II. 3o · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II. 3o

Et pour me consoler je ne sache que toi.

DUBOIS, àpart.

Que diable est tout ceci?

DORANTE

Tu vois que ma tristesse A changé mon humeur et m'accable sans cesse. Rien de ce que j'aimois ne flatte mes désirs ; Et le sort m*a donné , pour finir mes plaisirs , Un bourreau de mes jours, un tyran de mou ame.

Quel est-il ce^ tyran ou ce bourreau?

DORANTE

Ma femme.

DUBOIS

Votre femme , monsieur?

DORANTE

Tu n'en dois plus douter.

Elle me cause un mal que je ne puis dompter. Je suis désespéré !

DUBOIS

Vous est-elle odieuse?

DORANTE

Ah ! plût au ciel ! ma vie en seroit plus heureuse. Mon cœur, pour mon malheur, s'en est laissé charmer, Et je ne souffre ; hélas , que pour la trop aimer !

DUBOIS

En seriez- vous jaloux ?

DORANTE

Jusqu'à la frénésie.

3o6 LE JALOUX DÉSABUSÉ.

DUBOIS

Vous, monsieur, vous, frappé de cette fantaisie. Vous contre les jaloux déclaré hautement?

Et c'est de là que vient mon plus cruel tourment. Quand j'entrai dans le monde, une pente fatale M'entraîna dans le cours de la grande cabale. Ceux qui Ja composoient m'instruisaut tous les jours. J'eus bientôt attrapé leurs airs et leurs discours. J'occupai mon esprit de leurs vaines pensées , Et blâmant du vieux temps les maximes sensées. J'en plaisantois sans cesse, et traitois de bourgeois Ceux qui suivoient encor les anciennes lois. « Quel est l'homme, disois^je en faisant l'agréable, « Qui garde pour sa femme un amour véritable? « C'est aux petites gens à nourrir de tels feux. « Ah ! si l'hymen jamais m'enchaîne de ses nœuds , « Loin que l'on me reproche une pai^Ule flammet « Que je voudrai de bien aux amants de ma l^i^ipie ! . « Que ne croirai-je point devoir à leur amour, « s'ils peuvent, loin de moi, l'amuser tout le jour! »

DUBOIS

Eh! pourquoi teniez-vous cet imprudent langage?

DORANTE

Morbleu ! pour imiter les gens du haut étage , De qui les sentiments, ou faux, ou trop outrés , De la droite raison sont toujours égarés. Connu sur ce pied-là» pour plaire à ma famille Je m'engage, j'épouse uue petite fille.

De qui l'air enfantin et l'ingénuité

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