‹ Répertoire du théâtre français (volume 4)Chapitre 219 sur 465 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

DUBOIS

Tant pU... Mais cependant que faire à tout ceci?

Que sais-]e? Ma raison ne nie sert plus de guide. Non , je ne \is jamais une ame plus perfide. Pendant tout le dîner, que n'a-t-elle point fait? Jamais de faire éclat je n'eus tant de sujet.

DUBOIS

{à part.) {à Dorante.)

Tant mieux... La perfidie est donc considérable?

DORANTE

Job se seroit donné cinquante fois au diable.

A moins que de le voir, je n'aurois jamais cru

Ni même imaginé ce qui m'en a paru.

Et c'est un de ces faits dont la raison troublée ,

Pour en pouvoir douter, voudroit être aveuglée.

Tout ce qu'une coquette a jamais pratiqué

Lorsqu'elle veut surprendre un cœur qu'elle a manqué,

Soins de plaire affectés, souris, agaceries,

Discours flatteurs, regards, gestes et lorgneries ,

Ma femme devant moi vient de le répéter.

Pour engager Éraste , ou bien pour le flatter.

DUBOIS

Devant vous?

DORANTE

A ma barbe, avec une impudence A lasser d'un martyr toute la patience. Moins timide qu'Éraste, elle l'embarrassoit. Et je l'ai vu' rougir quand elle le pressoit.

33o LE JALOUX DÉSABUSÉ.

DUBOIS

Mab vous, que iaisiez-vous pendant ce badinage?

DORAHTE.

Je murmnrois tout bas en dévorant ma rage. Enfin , puisque avec toi je puis trancher le mot , Je faisots justement la figure d'un sot.

DDBOI8.

Cela n'est pas plaisant.

DORANTE

J'en suis inconsolable.

J'ai manqué trente fois à renverser la table. Pour punir l'infidèle et pour mr. contenter , S'il m'eût été permis de la bien souffleter, Quelle eût été ma joie!

DUBOIS

Ah ! c'en est trop.

QORANTE.

MabUe M'inspiroit cet éclat , flatteur autant qu'utile ; Les maius me démkngeoient... Mais j'ai craint les brocards Qu'on m'anroit aussitôt jetés de toutes parts...

{à part.) Que vous êtes heureux , vous en qui la nature Agit sans aucun art et régne toute pure; Qui, bravant le public et le qu'en dira-t-on , Expliquez vos chagrins à bons coups de bâton ; Et que l'usage enfin , sans crainte d'aucun blâme. Autorisa toujours à battre votre femme : Gens du peuple, artisans, porte faix et vilains, Vous de qui la vengeance est toujours dans vos mains !

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