ACTE 111, SCENE IV. 33i
DUBOIS
Parlez-vous toat de bon?
DORANTE
Oui , le diable m'emporte !
On se soulage, au moins, en usant de la sorte.
DUBOIS
Vous vous moquez, je pense, avec de tels propos?
DORANTE
Que ne puis*je à ce prix assurer mon repos!... Mais que dois-je résoudre en cet état funeste? Prenons, sans balancer, le parti qui me reste. Courons chez mon beai^j^re; allons me plaindre à lui.
V DUftOIS.
£h! croyez-vous par là soulager votre ennui?
Ah! gardez^vous sur-tout de vous plaindre à son père
Des chagrins que vous cause une femme légère.
U vous condamnera, s'il est homme d'esprit;
Et ;^ous n'emporterez que honte et que dépit.
Que gagne Licidas en suivant cette route?
Il soupire, il se plaint; personne ne l'écoute:
Il entend publier son histoire en cent lieux.
Que d'exemples enfin sont présents à vos yeux!
Acaste hautement dit sa femme infidèle :
Après ce grand éclat il demeure avec elle.
Arcas fait le désordre^ et , passant plus avant,
U menace la sienne et l'enferme au couvent;
Mais bientôt, à l'insu de toute sa famille.
Il va , pour la revoir , sangloter à la grille.
D'abord elle résiste et feint d'être en courroux ;
Elle se rend enfin aux pleurs de son époux,
Et rapporte chez lui, pour venger son absence. L'orgueil, la tyrannie et rextréine licence. Yalère , par la sienne offensé chaque jour , Diflèie à la punir par un excès d'amour. Et lorsqu'il ne peut plus soutenir sa conduite, La rend à ses parents, et la reprend ensuite. A ces pièges honteux il faut \ous dérober. Le plus sage s'aveugle et s'y laisse tomber : Il n'est pour s'en parer qu'un moyen salutaire.
DORANTE
Quel est-il ce moyen?
DUBOIS
Endurer et vous taire.
DORANTE
Quoi ! ma femme aura droit de me faire enrager , Et je n'oserai, moi, parler ni me venger?
DUBOtS.
De son sexe, monsieur, c'est le grand privilège.
DORANTE
Je le casse, morbleu I Sans cela que ferai-je? Entre ma femme et moi les droits seront égaux.