ÉRASTE, JUSTINE
JUSTINE
Dites-moi, quel est donc ce mystère? Ne travaillez-vous plus à servir votre ami, Et pour lui votre zèle est-il tout endormi?
saASTE.
Pourroi»-ta le penser? Ma plus pressantes envie Est de le rendre heureux , aux dépens de ma vie.
JUSTINE
D'où vient donc la froideur ou la timidité Qui <létnul le projet entre nous concerté? Pourquoi, loin d'augmenter les frayeurs de Dorapte, Ne lui montrez-vous plus qu'une ardeur languissante? Célie en vain vous lorgne et vous parle cent fois; Vous ne grouillez non f^us qu'une pièce de l^is. Pendant tout le dîné , que bravant la colère D'un mari qu'un coup d'osil irrile et désespère , Elle vous regardoit d'un air particulier. Vous étiez justement comme un jeune écolier. Que j^ vous ai maudit !
ÉRASTE-
Ah ! ma chère Justine !
JUSTINE
Bien n'est, à mon avis, si trompeur que la min^. Ne devroit-on pas croire, à voir cet air de cour. Que ce séroit un maître en matière d'amour?
,35o L£ JALOUX DÉSABUSÉ.
Mais, à le voir agir, c'est un franc imbécile...
Eh ! morbleu ! ce métier est-il si difficile?
Et de nos jeunes gens l'exemple et le fracas,
A. toute heure, 'en tous lieux, ne vous instruit-il pas?
Ne sauriezp-vous, enfin pour montrer votre flamme.
Dans les régies de l'art assiéger une femme?
BRASTE.
Hélas!
JUSTINE
Que cet hélas est froid et mal placé ! Frjmchement je vous hais de ce qui s'est passé. - Que vous eût-il coûté, pour alarmer Dorante, D'affecter pour Célic une ardeur plus pressante? Il falloit seulement, pour servir nos desseins. Lui parler à l'oreille et lui prendre les mains , La louer, l'admirer; soupirer, lui sourire, Et marquer les transports que la tendresse inspire.
BRASTE.
C'est trop long-temps me taire; il faut enfin parler.
JUSTINE
Quel important secret m'allez-vous révéler?
BRASTE.
Apprends que pour montrer la plus ardente flamme Je n'ai qu'à laisser voir celle que sent mon ame; En feignant un amour que je ne sentois pas , J ai trop suivi Célie et trop vu ses appas. .
JUSTINE
Comment?
BRASTE.
De ses beautés le charme inévitable