ACTE I, SCÈNE I. i
La chose est curieuse à savoir.
ORONTE
Cestparlà; Justement, faperçois son billet, le voilà.
{Il Ut)
m J arrivai hier au soir à Paris avec mon père, qui
• est plus entêté q[ue jamais de l'auteur du Mercure m galant. Il ne trouve point de mérite égal au sien. Si m vous avez fait ce que je vous ai mandé par ma det-
• nière lettre, nos affaires sont dans le meilleur état m du monde. »
Jusqu'ici pour mes feux tout est de bon augure : Je suis cousin germain de lanteur du Mercure ; Et pour contribuer au succès de mes feux Il en use sans doute en parent généreux. Quel zélé plus aident pentron foire paroitre? De son logis entier il me laisse le maître : Déjà depuis trois jours, sans avoir son talent, Je passe pour l'auteur du Mercvre galant; Et selon l'apparence il me sera facile De plaire sous ce nom au père de Gédle. Jamais rien à mon sen» ne fut mieux inventé.
MBRLIll.
Oui pour vous : mais pour moi j'en suis fort dégoûté.
ORONTE
La raison?
MERLIIf.
Croyez-vous ma cervelle assez bonne
i4 LE MERCURE GALANT.
Pour résister long-temps à l'empkn qu'on me donne?
Tant que dare le jour, j'ai la plume à la main;
Je sers de secèétairti A tout le genre humain.
Fable , histoire , aventare , énigme , idylle , églogue ,
Épigramme , sonnet , madrigal , dialogue ,
Noces, concerts, cadeaux, fêtes, bals, enjouements.
Soupirs, larmes, clameurs, trépas, enterrements,
Enfin quoi que ce soit que l'on nomme nouvelle.
Vous m'en fiEÛtes garder un mémoire fidélei
Je me tue, en un mot, puisque vous le voulez.
ORONTB.
Crois-moi, cinq ou six jours sont bientôt écoulés.
Tu sais que Lioidas, pour me fendre service.
Me fait de sa fortune un entier sacrifice :
A son propre intéiét il préfère le mien;
Et je serois ingiat de négliger le sien.
Je te l'ai déjà dit, une de mes emprises
Cest de voir tant de gens dire tant de tottises r
Licidas est le seol, délicat comme i} est.
Qui puisse avec tant d'art démêler œ qui plait.
Depuis deux ou trois jours que je le lepçé^nt»,
Je ne vois que'det fans d'a^péce différante :
L'un, qui vent qu'on li*imprim«, et n'a point d'autre but,
Croit que hors du Mermm il n'est point de salut ;
L'autre » dans la musique ayant quelque sdenoe,
Croit de celle du roi mériter l'intendance;
Celui-ci , d'une énigme ayant trouvé le mot.
Se croit un grand génie, et souvent n'est qu'un sot;
Cet autre , d'un sonnet ayant donné les rimes,
Croit- tenir un haut rang chez les esprits sublimes;