ACTE I, SCÈNE lU. a
Et j'ai quelle chagrin de voir qae cela vienne De votre invention plutdt que de la mienne. Jamais dans ses desseins on n'a mieux réussi : Vous êtes à la mode , et votre lit aussi. C'est un avantage... *
Bime GUILLEMOT.
Oui : mais ce qui me courrouce , On sait que mon habit est d'une vieille housse. Que ce soit par hasard ou par malignité , Votre indiscret Mercure a dit la vérité. J'entends à chaque pas la basse bourgeoisie Qui me nomme en raillant la housse cramoisie ; Et par tout mon quartier la canaille se plaint Que je prends des couleurs qui font sortir le teint. Il est vrai, le gros rouge est une couleur sombre Qui détache le clair par le secours de l'ombre : Qu'on en ait un manteau sans ornements dessus , Pour peu que Ton soit blanche, on le paroit bien plus : Cest un fard innocent, sans pommade ni drogue; Et voilà la raison qui l'a tant mis en vogue.
ÔnONTE.
Redites-moi, de grâce , un certain mot choisi Qui vousest échappé , pour dire cramoisi.
VPOM GUILLEMOT.
Du gros rouge.
ORONTE
A mon sens il a beaucoup de grâce :
Jamais le mot de gros ne fut mieux en sa place. Il charme.
a4 LB MERCURE GALANT.
MUe GUILLEMOT.
Il m'est venu sans affectatioii.
tiRONTB.
Votre esprit est fertile en belle invention ! J'ai de votre mérite une idée assez hante Pour me faire nn plaisir de réparer ma fanté.
{à Jasmin, ) Le nom de madame est...
Mme GUILLEMOT.
Parlez donc, petit sot.
JASMIN
Monsieur, madame a nom madame Guillemot.
ORONTE
C'est assez, voos verrez dans le premier Mercure Que j'aurai de la housse adond l'aventure. Si le mot de bourgeoise aigrit votre courroux, Je mettrai tout du l6ng^par estime pour vous. En bon historien, qui ne fait point de contes. Madame Guillemot, auditrice des comptes.
Mtne GUILLEMOT.
T ferez^vous entrer mon ék^ ?
OnONTB.
Oui vraiment.
Mm« GUILLEMOT.
Louez-moi, je vous prie, imperceptiblement : J'ai pour la flatterie une haine invincible. Si louer sans flatter vous paroît impossible. J'aime mieux vous donner, si vous le souhaitez, Un mémoire où seront mes bonnes qualités.
▲GTE I, SCÈNE III.
J'ai de la modestie , et me rendrai justice. Adieu. Ne bougez.
OROPt'tB.
Moi y madame l'anditrice ?
Mme aoiLLEMoT.
De graes...
OAOIITK.
Je prétends, pour finir tous débats.
Jusqu'à votre carrosse accranpagner vo» pas.
Mme GUILLEMOT y à Jasmin.
Voyez si mon carroiae est venu me repvendre : J'avois quelques parents qu'il est allé desœndre. Voyez doncpromptemeiit ti la Ffeur est là-bas ,r Mon cocher.
JASMIN
Je suis sûr de ne le trouver pas, ifadamé.
Mme GUILLEMOT.
Le ^pon ci^aint d'aller dans la rue.
îTOttS...
JASMIN
C'est à pied que vous êtes venue.
Mme GUILLEMOT.
{à Oronte.) pquin! Ne bougez, pour raison.
« J'obëi&.
Mme GUILLEMOT, â Jasmtn.
bus aurez le fouet en entrant au logis,
Petit gueux.
iASMIN.
Qu'aide foit?
Mme GUILLEMOT.
Gommeut ! petite rosse , Sans vous on anroit cm que j'avois un carrosse. Je vous ferai sentir ce que pèsent mes coups.
JASMIN
Dame, je ne sais pas si bien mentir que vous.
ORONTB, seuL ■ Madame Taudkrice est enfin apaisée.
La louange à propos rend toute chose aisée. Allons fermer la porte; et jusqu'après diné Passons quelques moments sans être importuné.
FIN Dtl PREMIER ACTE.