ACTE II, SCÈNIÇ VII
• ONiFACfe.
Non , monsieur. Au contraire , Je serois bien fâché que l'on ne mourdt pas ; Je ne puis être henveux qu'à force de trépas. Mais, monsieur Jusqu'ici les Hllets nécessaires Pour inviter le monde aux convois mortuaires, Ont été si mal faits qn'on sonffroit à les voir; Et pour le bien public j*ai tAché d'y pourvoir. J'ai fait graver «iq>rè8, avec des aoins extrêmes , De petits ornements de devises, d'emUènas, Pour égayer la vue , et servir d'agréments Aux billets destinés pour les enterrements. Vous jugez bien, i&onsiettr, qu'embdlis de la sorte Us feront plus d'honneur à la personne morte; Et que les curieux, amateurs des beanx-àrts» Au convoi de son corps viendront de tontes parts. A l'égard des vivants , dont l'orgueil est si vaste Qu'en escortant le mort Us demandent du faste , Tout le long d'une rue ils seront trop heureux De traîner à leur suite un cortège nombreux.
CBCILB.
Cet avis est fort beau.
ORONTE
Mais, Bur^tout, fart utile.
BONIFACB.
Je vendrai ces billets trois louis d'or le mille ; Et si laiiuée est bonne, et fertile en trépas, ie crois gagner assez pour ne me plaindre pas. ha grâce que j'espère , et qui m'est importante , C'est uu peu de secoues d'une plume savante;
44 LE MERCUAE GALANT.
Et la vôtre aajourdlitti par sou invention
Met ce que bon loi semble en réputation.
Pour être dans le monde illustre à juste titre ,
Il faut dans le Afercurv occuper on chapitre.
Vous dispensez la gloire. Et si votre bonté
Vouloit de mes billets montrer Futilité,
Il vaudroit mieux, monsieur, dans le premier Mercure
Retrancher ({uelque fable ou bien quelque aventure,
Et dans on long article avertir les défunts
De ne plus se servir de billets si conmiuns ;
Leur bien représenter qu'il y va de leur gloire.
Qu'on revit dans les miens mieux que dans une histoire;
Le prouver par raisons; et leur faire espérer
Qu'ils auront du plaisir à se faire enterrer.
Vous voyez bien, monsieur, que rien n'est plus facUe.
ORONTB-
Je vous Tai déjà dit , cet avis est utile. Pour le faire valoir je n'épargnerai rien. Dites-moi votre nom.
BONIFACE
Boniface Chrétien, Depuis plus de vingt ans imprimeur et libraire; Et je tiens ma boutique auprès de Saint-Hilaire. Vous en sonviendrez-vous, monsieur?
oaoNTB.
Assurément.
BONIFACE
Votre temps vous est cher jusqu'au moindre moment. Le public est lésé quand on vous importune. Adieu; ménagez-moi ma petite fortune :