MADAME DE CALVILLE, ORONTE
MP^ OB CALTiLLB,endeui7.
Monsieur, je suis ^otre servante.
Je vous suis inconnue et redevable.
ORONTE
A moi , Madame?
M>ne DB CALTILLB.
Oui, monsieur, à vous-même.
ORONTE
Et de quoi?
En quelle occasion la fort|ine propice M'a-t-elle oiRfert l'honneur de vous rendre service?
Mne DE CALVILLB.
En trois occasions , où vous avez appris ,
Mais galamment, la mort de trois de mes maris.
En lisant ces endroits, j'eus un plaisir extrême; Et comme je fis hier enterrer le quatrième. J'offre cette matière à votre heureox talent Pour en faire un article bxC Mercure galant. Je lui dois de mes feux cette marq[ue fidèle.
Pour un mari défunt c'est montrer bien du zélé. Je ne m'étonne pas, après cette action , Qu'on brigue avec chaleur votre possession. A votre âge , madame, être quatre fois veuve , c'est de votre mérite une assez grande preuve. Sur un si bel exemple on se doit écrier.
Mme DE CALVILLE.
On me parle déjà de me remarier:
Mais je tiens au défunt par de si fortes chaînes, Que je n'y veux penser de plus de trois semaines. Il verra si pour lui mes feux étoient constants.
ORONTE
Quoi! vous vous résoudrez à pâtir si long-temps, Madame? Je vous plains : cet effort est pénible.
Sime DE CALVILLE.
J'aimois feu mon mari ; l'amour rend tout possible.
ORONTE
Qui croiroit qu'une dame aussi jeune que vous
Eût eu le déplaisir de perdre quatre époux?
Comment ont fait vos yeux pour conserver leurs charmes.
Après s'être occupés à verser taat de larmes?
Voir mourir ce qu'on aime est un sort si fatal...
Mme DE CALVILLE.
De tous les maux du monde il n'en est point d*égal.