‹ Répertoire du théâtre français (volume 4)Chapitre 313 sur 465 · ACTE I, SCÈNE I. m · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. m

Je ris incognito d'abord que je le voi; Je ne puis m'en tenir, quelque effort que je fasse : Il n'est point de laideur que son museau n'efface; Et le reste au visage est si bien assorti Qu'il n'a membre en son corps qui ne soit mal bâti. Celui qui le forma choisit un sot modèle.

LÉARQUE.

s'il lui fit le corps laid, il lui fit Tame belle.

Plût aux dieux, tel qu'il est, qu'Euphrosine lui plût!

EUPHROSINB.

Et si je lui plaisois quel seroit votre but, Mon père?

LEARQUE.

Ignores-tu jusqu'où va ma tendresse, Et combien dans ton sort ton père s'intéresse? Jamais aucun plaisir ne m'a semblé si doux Que celui que j'aurois de le voir ton époux.

EUPHROSINE

Mon époux, juste ciel ! que venes^-vous de dire?

DORIS

Bon ! ne voyesb-vons pas qu'il nous veut faire rire?

LÉARQUE, à Doris, Ésope , «elon toi, n'est donc pas son fait?

DORIS

Non.

Pour épouser un singe il faut être guenon. Car, entre nous, monsieur, Ésope est un vrai singe : Celui qui vous est mort, quand il avoit du linge, Un justaucorps , des gants et son petit chapeau , Au gré de tout le monde étoit beaucoup plus beau;

Et, s'il faut qu'à vos yeiix moD cifiur se dévrioppe ,

Je Vaufois épousé plus volontiers qu'Ésope.

LBARQOB.

S'il faut être aniinal pour mériter ta foi.

Le singe que j'avois étoât di^e de toL

Pour moi,que f esprit cbanne en quelque endroit qafil biiUe,

Je ne tiens point Ésope indigne de ma fille.

DORIS

Et qaei diantre d'esprit troiivea->vo«s donc qnil ait?

LéARQUK, à Enphrosine, Écoute : en peu de mots en voici le portrait. Il est laid ; mais , crois-moi , c'est une bagatelle : Un homme est assez beau quand il a l'ame belle; Et dans le plus bas rang , comme dans le plus haut , Toujours celle d'Ésope a para sans défaut. Grésus , à qui le ciel fit un si beau partage Qu'une richesse immenas est son moindre avantage, * Grésus, le plus heureux de tons les potentats, Se repose sur lui dn soin de ses états. Dans un poste si haut, à quoi crois-tu qu'il pense? A vivre dans le faste et parmi l'opulence? A bâtir sa maison des dépouilles d autrui? Il sert le roi, le peuple , et ne fait rien pour lui. Au riche comme au pauvre il tâche d'être utile ; Et depui» quatre mois qu'il va de ville en ville , Il enseigne aux petits à faire leur devoir. Et tempàre des grands l'impétueux pouvoir. A la droite raison il veut que tout se rende; Qu'en père de son peuple un monarque couunande, Et que, mourant plutôt que d'oser le tndur.

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