‹ Répertoire du théâtre français (volume 4)Chapitre 349 sur 465 · M. D9U6ET · texte numérisé non relu

M. D9U6ET

Bien prise, Et qui yOUA sied si Uien. ..

isops.

Il faut en vérité Pouv tant de flatjfeevie être bien effro«lé;! Je sais certaine fable où h bon sens abonde^ Qui vient sur vous et mot te plus joste dut monde.

liE CORBEAU ET LE BENARD.

FABLE

Un oiseau laid ( c'eat moi ) qu'on novpme le corbeau ,

Tenant en son bec nn fromage, Un renard fin ( c'est vous ) , ponr kii tendra Wi pativean , Le salue humblement , et lui tient ce lai^ga^fi ; « Que vous êtes un bel oiseau !

« Mon Dieu, l'agréable phuuage !

« Je crois que votre ramage * Eftt pour le moins ^fffi^i be^u,

i64 l'Es FABLES D'ÉSOPE.

« Et qu'on ne sanroit voir nn plus parfait ouvrage.

« Si l'on vous entendoit ftedonner quelques airs, « On enverroit l'aigle pattre.

« Et les habitants des^airs « Vous accepteroieot pour maitie. »

Le crédule corbeau qui se laisse entêter,

A la tentation facilement succombe :

Il ouvre le bec pour chanter, Et d'abord le fromage tombe.

Pendant qu'il en soupire et de rage et d'ennui ,

L'autre gobe la proie et se moque de lui.

Voilà comme à peu près , en marchant sur sa piste ,

Feroit à mon égard le généalogiste ,

Si de sa flatterie il m'avoit infecté ,

Et que de son venin mon cœur fât empesté.

Je dis ce mot exprès , car il n'est point de peste

Qui soit plus dangereuse et qui soit plus funeste

Que l'appât décevant, le poison séducteur,

Que répand chaque jour la bouche d'un flatteur.

M. DOnCET.

11 est vrai qu'un flatteur est un monstre effroyable.

ÉSOPE

Eh ! pourquoi Tes-tu donc, adulateur au diable? Pourquoi, dis?

M. DOUGBT.

Je le suis à mon corps défendant :

Si je ne l'étois pas, je serois imprudent. C'est par ce seul endroit que les grands s'amadouent :

ACTB m, SCENE y. i65

lis ne toufir^t (vès d'eigL ^e des gant qi^ les looeot; Ils vealeut qu'on i^ppelle, et n'en sont point confnsi Lenn défauts qualités, et leurs vices vertus. A qui vwt s «v^ncer c'est U plus sàre route. Puisque c'est leur plaisir, qu'est-ce que cela coûte? Et quand ils ont des met* suivant lefirs appétits. Qui doit-on en bUnv^, des grai^ds ou 4^ petite?

SSOPB.

s'il n'étoit des flatteurs que le diohlc fqit oaitre , Les grands qui sont flattés se passeraient de l'être; Et faute d'encenseurs pour les défautj qu'ils ont, Ils s'accoutumeroient à se voir teh qu'ils sont. Ils verroient bien souvent, par ienr esprit aride. Qu'un noble sans science est un cheval sans bride. Qui n'étant retenu ui par mors ni par frein , S'abandonne à sa fougue et prend un mauvais train. Mais, pour empoisonner un jeune gentilhomme. Que divertit la chasse et que l'étude assomme. On lui met dans l'esprit que rien n'est si galant Que l'innocent plaisir de tirer eu volant; Que d'un noble effectif c'est la pente secrète, Que c'est pour les pédante que la science est faite : Et pour toiftes vertus, par h suite des ans, U chasse , il boit, il joue, et bat des paysans. Ce noble, enseveli dans un fond de province, A charge à sa patrie, inutile à sov^ prince, Saiis l'état nvdheufeux où les flattei^rs l'ou^ mis , Ferait grâce aux perdreaux, et peur aux ennemis. P«r une indignité, quo^ peut nommer atroce.

i66 LES FABLES D'ÉSOPE.

Vont m'ayez flatté , moi , jusqu'à louer ma bosse ;

Il fiiat être ooibeau pour donner là-dedans.

M. DOUCBT.

J'ai cru que vous aviei la foiUesse des grands. J'en sais de contrefaits , bien plus que vous ne Fêtes, Que je vois applaudir sur leurs tailles bien faites. Vingt petits près d'un grand sont vingt approbateurs.

ésopB.

Moi qui ne flatte point et qui hais les flatteurs. J'ai, pour vous obliger, un service à vous rendre.

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