‹ Répertoire du théâtre français (volume 4)Chapitre 351 sur 465 · AMINTE, ÉSOPE · texte numérisé non relu

AMINTE, ÉSOPE

AMINTE

Monsieur, vous voyez une mère A qui l'on fait souffrir une douleur amère. Je ne saurois parier, tant je suis hors de moi. De grâce, vengez-moi, mon cher monsieur. isoPE.

De quoi?

Qu'est-ce qu'on vous a fait? expliquez- vous.

AMINTE

Je n'ose. ' ésoPE.

A-t-on pris votre bien?

AMINTE

Ce seroit peu de chose.

Le bien n'est pas d'un prix à causer ma douleur.

BSOPIE^

A-t-on furtivement attaqué votre honneur? Répondez.

i6S LES FABLES D'ÉSOPE.

AMINTt.

Je ne pnU, et ôela doit saffire :

c'est vous en dire trop que de n'oser rien dire.

ésopË.

J'ai l'esprit on pen dar; parlez-moi sans fiiçon.

AMINTE

Lorsque l'on se marie, à quoi s'amuse-t-on?

Je n avois pour tout fruit de la foi conjugale

Qu'une fille , mais belle à n avoir point d'égale :

Elle étoit à quinze ans l'objet de ttilfe vœux.

Que c'est pour une fille un âge dangereux !

La mienne d'un jeune homme éperdument aimée,

A l'aimer à son tour s'étant accoutoiaée ,

Quelques soins qn on eût pris de la bien élever,

A consenti sans peine à se laire enlever.

Dépéchez un prévôt avec ttftit sotl Ëortége :

Déjà le ravisseur a peut-être... Que sais-je ?

Us s'aiment tendrement , ils sont seuls, sans témoins.

Je tremble...

ÉSOPB.

A dire vrai, l'on trembleroit à moins.

Mais parlons de sang-froid. Votre fille enlevée. Est-ce une vérité qu'on vous ait bien prouvée? Il me seroit fâcheux d'agir en étourdi.

▲ MiKtE.

Je suis sûre, monsieur, de ce que je votss-di. IPaut-il d'autres témoins que ma douleur extrême?

ésopi.

U est bon, s'il vous platt , que j'en sois sûr moi-niême. Qui l'a vue enlever? Où l'a-t-oii prise? quand?

UCTE HI, SCÈNE VI. if,g

AMrNTE.

Je n'en ai quun témoin; mais il est convaincant : On ne pent contre lui donner aucun reproche. Pour lavoir toujours prêt, je le porte en ma poche. Voyez par ce billet que je mets dans vos mains , Si j'ai lieu de douter du malheur que je crains. Lisez.

ESOPE lit,

« Je suis aimée et j'aime ; « C'est, je crois, vous en dire assez : « Personne mieux que vous ne connoit par soi-même « Ce que c'est que deux cœurs que l'amour a blessés. « Trois fois de vos amants épousant la fortune , « Vous les avez suivis en tous lieux à leur choix : « Et qui s*e8t , comme vous, fait aniever trois fois, « Doit bien me le pardonner une. »

Diantre.

AMINTE

Eh bien? ce billet parle-t-il clairement? Êtes- vous éclaire! de la chose ?

ÉSOPE

Oui vraiment.

Je trouve ce billet assez intelligible.

AMINTE

A ma juste douleur soyez donc plus sensible.

ÉSOPE

Vous, contre votre fille ayez moins de courroux : Elle n'est point coupable.

AMINTE

Elle?

Non.

AMINTE

Qui donc ?

ÉSOPE

Vous; L'ÉCREVISSE ET SA FILLE.

FABLE

L'écrevisse une fois s'étant mis dans la tête Qae sa fiUe avoit tort d'aller à reculons, . Elle en eut sur-le-champ cette réponse honnête : « Ma mère , nous nous ressemblons.

« J'ai pris pour façon de vivre

« La façon dont vous vivez :

« Allez droit, si vous pouvez;

« Je tâcherai de vous suivre. »

Que pouvoit l'écrevisse opposer à cela?

Ce qui touché une fille est la mère qu'elle a. Combien en voyons-nous de tous rangs, de tous âges, Qui veulent, comme vous, que leurs filles soient sages. Et qui dans les plaisirs donnant jusqu'à l'excès. Semblent avoir fait vœu de ne l'être jamais ! L'exemple d'une mère, en qui la vertu brille, tst la grande leçon dont profite une fille.

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