ACTE III, SCÈNE VI
Qu «8tH:e qu'a fait la vôtre en fuyant la vertu, Que suivre le chemin que vous aviez battu? " Si vous l'eussiez guidée en une bonne voie, Elle vous y snivroit avec bien plus de joie. Aussi, loin devons plaindre et de vous appuyer, C'est vous que de son crime on devroit châtier : On ne sauroit causci^ de douleurs assez amples A qui perd ses enfants par de mauvais exemples.
AMINTE
Eh ! qui prend dans son sort plus d'intérêt que moi? Le danger qu'elle court me cause tant d'effroi Que je souhaiterois, avec un zélé extrême. Au péril de mes jours l'en retirer moi-même. La friponne ! à son âge en savoir déjà tant !
ÉSOPE
Quand on est fils de maître , on est bientôt savant. Pouvez-vous , dites-moi , la blâmer d'aucun vice , Sans avoir plus de tort que n'en eut l'écrevisse?
AMINTE
J'ai pu la marier, et ne l'ai pas voulu.
ESOPE
Vous eussiez bien mieux feit : elle eût bien mieux valu ; Ses désirs satisfaits n'auroient eu rien à fiiire.
AMINTE
Biais vous ne songez pas que je serois grand'mère. Je ne le cèle point, je mourrois de dépit, Si quelqu'un m'appeloit de ce nom décrépit. Grand'mère ! moi , bons dieux ! que personne n'accuse D'avoir sur le visage aucun appas qui s'use ! Moi qui , grâces au ciel , ai le teint aussi frais ,
i;! LES FABLES D'ÉSOPE.
Aussi beau...
BSOPB.
Je crois bien, vous le faites -ezpiièfi : Dans ce qu'on voit de vous xâen ne s'ofiÊre da vÀtie^ Et votre vrai visji^e est caché sous un autre. La belle instruction que votre fille avott! Elle vous a rendu ce qu elle vous devoit. Mère qui met du fard ponr parottre plus belle Mérite assurément une fille <»nmie elle. Voilà tout le secours que vous aurez de mcû. Adieu.
AMINTE
De ces hauteurs j'irai me plaindre an roi. Il verra mon placet, et sa justice extrême...
ÉSOPE
Je vais , si vous voulez, vous le dicter moi-même.
« Sire , dame... vous-même y mettree votre nom ,
« Vous remontre humblement que , tant qu elle fut belle,
« Elle fut à l'amour si soumise et fidèle
« Que jamais à son ordre elle ne disoit non ;
m Que de cet heureux temps l'ame encor tonte pleine,
Plus elle eut de plaisir , plus elh» aura de peine
« A renoncer sitôt à des chamtes si doux;
« Qu'avant que de sou sort le triste cours s'achève ,
« Il vous plaise ordonner à quelqu'un qu'il l'enlèiw.
« Elle continuera ses prières pour vous. <*
Vous n'avez» que je crois, amdre.choseà lui dise?
Si vous le souhaitez, je m'en vais vons l'écrire.
Voyez.