ACTE V, SCÈNE IV. ai
Vous donnes des plaisirs dont je sais idolâtre. Eh bien ! qu'est-ce, messieurs? Comment va le théâtre ? Combien dans votre troupe étes-vous d'acteurs?
LB PREMIER COMEDIEN
Trop.
Lorsque moins on y pense, il en Tient an galop.
ÉSOPE
Tant mieux : à bien jouer le grand nombre s'excite.
LE SECOND COMÉDIEN
Tant pis; car, plus on est , plus la part est petite.
La scène est pins remplie, et chacun prend des soins...
LE PREMIER COMÉDIEN
La scène est plus remplie, et la bourse l'est moins. Pour peu qu'en ce métier on ait le vent en poupe. Quinze acteurs, bien choisis, font une bonne troupe; Suivant leur caractère ils ont tous de l'emploi : Pour bien jouer son rôle on ne s'attend qu'à soi. Mais quand on est beaucoup du même caractère. Un auteur en suspens ne sait ce qu'il doit faire; Sur qui que ce puisse être on s'arrête son choix. Pour en contenter un il en chagrine trois; Et s'il faut m'expliquer à dessein qu'on m'entende, Cest un petit chaos qu'une troupe si grande.
ÉSOPE
Avezfvous des auteurs dans cette ville-ci?
LE SECOND COMÉDIEN
Oui , monsieur.
ÉSOPE
Bons?
ai4 LES FABLES D'ÉSOPE.
LB SECOND OOMÉDIBN.
Eh, eh...
ésoPB.
J'entends. Coud-couci.
Malheur à qui s'en mêle , et n'en est pas capable ! s'il n'a Tait de charmer, il n'est point excusable : Le sëv^ auditeur, pour un mot de travers , Ne fait miséricorde à pas un de ses yeis : Il est si délicat que pour le satisÊiire Il faut du merveilleux ou bien du nécessaire. Qu'on n'ait point de pain blanc, on en mange du bis, •Be velours on de serge on se fait des habits , Parcequ'en quelque état que le destin nous range. Il iiwt i^solument qu'on s'habille et qu'on mange ; Mais, du consebtement de cent peuples divers. Rien n^t moins nécessaire au monde que des vers. Et par cette raison, qui me semble équitable, Les passablement bons ne valent pas le diable.
LE SECOND COMÉDIEN
Nous représenterons , quand vous nous viendres voir, L'ouvrage le plus beau que nous puissions avoir : Â vous bien divertir toute la troupe aspire. Quel jour choisisse^vous?
ESOPE
Je ne puis vous le dire.
Le second COMÉDIEN.
De grâce...
ÉSOPE
Je ne sais quand j'aurai le loisir.