I.E PREMIER COMÉDIEN
Par la raison qu'il faut qu'on vous annonee. Quand vous nous viendrez voir, plus de monde y viendra Que tont.vaste qu'il est notre hôtel n'en tiendra; Et, comme un, vrai phénix unique en votre espèce. Ce sera pour vous voir plus que pour voir la pièce. J'en suis sûr.
ÉSOPE
C'est-^-dire , à parler nettement , Que c'est moi qui serai le divertissement; Et, pour aller au but où votre troupe aspire. Vous tirerez l'argent, et moi je ferai rire. Je veux de m'annoncer vous épargner le soin; C'est un honneur trop grand et dont je suis trop loin : U n'est que pour les gens du plus sublime étage. Et qui n'est rien du tout doit au moins être sage. Nous avons en passant déchif&é les auteurs ; Parlons un peu de vous. Étes-vous bons acteurs? Je dis , en général , sans désigner personne.
i.E SECOND COMÉjDIEN.
Oui, monsieur, notre troupe est vraiment assez bonne. Non qu'on soit tous égaux , ne croyez pas cela ; Les uns sont merveilleux, et les autres...
ÉSOPE
La la.
ai6 LES FABLES D*ÉSOPE.
Je vous entends. La titrape, en public étalée , Est, à dire entre nons , marchandise mêlée. Ne voos figurez point <{a'en ne faisant pas bien Vous soyez épai^és, vous qui n'épargnez rien : Pour reprendre avec fruit les sottises des autre» , Il faut avoir le soin de bien cacher les vôtres , Et ne pas follement s'exposer à l'ennui De montrer ses défauts en jouantceuz d'autrui. Donnez-vous au public force pièces nouvelles?
LK PREMIER COMEDIEN
Tous les mois.
Ou du moins qu'on fait passer pour telles. Depuis neuf ou dix ans , et cela n'est pas beau. Vos nouveautés , dit^-on, n'ont plus rien de nouv<;au. Qu'on annonce une pièce, on promet des merveilles, Qui de chaque auditeur charmeront les oreilles; Et quand pendant un mois on l'a prônée aûui , On rencontre souvent ce qu'on va voir ici.