‹ Répertoire du théâtre français (volume 4)Chapitre 412 sur 465 · LE FIGUIER FOUDROYÉ · texte numérisé non relu

LE FIGUIER FOUDROYÉ

FABLE

Près de L^bos ftit jadis un figuier Qui rapportoit le plus beau fruit du inonde. Planté sur le bord d'un vivier, U se lavoit les pieds dans Tonde.

Tous les oiseaux d'alentour Se donnoient rendez-vous sous son épais feuillage; -Et tant que duroit le jour Us y cha^toient leur amour, Et bénissoient son ombrage.

Mais, comme dans le monde il n'est rien de certain , Et que c'est une mer qui n'est point sans naufrage.

Après un temps calme et serein , U survint tout-à-coup un furieux orage.

Les vents en un moment agitèrent les airs; Il sembloit que la pluie inonderoit la terre :

Enfin après beaucoup d'éclairs. Le figuier malheureux fut frappé du tonnerre. Les oiseaux, effrayés d'entendre un si grand bruit. Dans le hameau prochain vont chercher un asile; Et l'orage passé chacun d'eux s'entre-suit. Pour venir habiter son premier domicile. Mais l'arbre , qui pour eux avoit en tant d'appas , Accablé sous le £ûx d'une telle disgrâce.

a63 ÉSOPE à LA GOCR.

Avoit si fort, changé de face Qu'on ne le reeonnoissoit pas.

lies premiers qui le reconnurent Furent un milan , un autour.

Qui l'insultèrent tour^-tour, Et, pour ne le point vqir, à l'instant disparurent.

« Suivez-nous , et vous ferez Hen, »

Dirent-ils aiix oiseaux qu'ils crurent pitoyables. « Ce figuier, désormais au rang des misérables , « Ne peut plus -nous servir à rien. »

« Pour moi , dit une tourterelle.

Connue aux environs pour un oiseau d'honneur,» « Je prétends partager sa fortune cruelle , « Puisque j'ai partagé ce qu-il eut de bonheur. » « Il m'a tant fait de bien , reprit une colombe , « Que je m'en souviendrai toujours.

' « Je veux être avec lui le reste de mes jours

M Dans quelque disgrâce qu'il tombe. »

« Plét au ciel pouvoir par mes chants, • Ajouta tendrement un rossignol habile, « Lui rendre ses attraits, et forcer les méchants « A revenir nu jour lui demander asile ! » Combien au tableau qui paroit ' Eu voit-on qui sont tout semblables? . C'est ainfti que l'on reeonnott Les faux amis des véritables.

Jamais votre portrait ne fut mieux en son jour: Vous êtes , vous et lui , le mHan et l'autour. Qui voyant du figuier le destin déplorable , '

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