‹ Répertoire du théâtre français (volume 4)Chapitre 428 sur 465 · LE FAUCON MALADE · texte numérisé non relu

LE FAUCON MALADE

FABLE

K Un faucon qui croyoit les dieux muets et sourds , « Étant à son heure dernière ,

I D'un lamentable ton sollicita sa mère

< D'aller en sa ikveur implorer leur secours.

' Mon enfant, lui dit-elle en mère habile et sage, « Pendant que tu te portois bien, « Tu disois qu'ils ne pouvoient rien : « Ils ne peuvent pas davantage.

A€TE m, SCÈNE IV. 283

m C'est presque ainsi que Thomme en use envers les dieux : « Pour en croire il attend qu il soit malade on vieux. « Jusqu'au moment funeste où leur vengeance arrive , « Il les croit impuissants, voyant leur foudre oisive; « Et pour les apaiser fait des cris éclatants, « Quand ils sont fatigués et qu'il n'en est plus temps. « La clémence des dieux, dont on voit tant de preuves, « Est semblable à peu près à ces paisibles fleuves « Qui n'ont pu résister au temps rude et fatal « Qui tient leurs flots captifs sous un mur de cristal : « Jusques à certain poids» qu'on y passe et repasse , « On est en sûreté sur leur épaisse glace; « Mais lorsqu'on la surcharge elle fond sous nos pas, « Et qui tombe dessous ne s'en retire pas. « Voilà ce que je crois.

IPHICRATE

Monsieur, cessons, de grâce !

« Ce discours vous fatigue autant qu'il m'embarrasse. « A lutter contre vous j'applique en vain mes soins, « Si vous ne m'abattez, vous m'ébranlez au moins. « Mais quel fruit, après tout, auroit votre victoire? « Croire comme l'on fait, par exemple, est-ce croire? « A parler sans contrainte et d'un cœur ingénu, « Quel dieu, hors la fortune, à la cour est connu? « Pour peu que l'on y prie, on est toujours en garde: « On observe avec soin si le prince y regarde; « Et lorsque par hasard on rencontre ses yeux, « C'est lui que l'on invoque encor plus que les dieux... « Adieu; je sors d'ici plein de votre mérite :

284 ÉSOPE A LA COUfl.

m Sottffrei que je vous rende encore une visite ; « Je crois, par les efforts que vos bontés feront , « Si mes yieux sont fermés , qu'ils se défermeront. « Je demande un jour fixe encor cette semaine.

ÉSOPE

« Non , monsieur, je saurai vous en sauver la peine; « Et je vous promets bien , pour vous faire ma cour, « Que j'irai vous trouver jusqu'en votre séjour.

IPHICRATE

« Vous,monsieur? Plûtaux dieux, que je commence à croire,

« Que vous me voulussiez accorder cette gloire !

• C'est un endroit riant dans la belle saison :

« Les ondes du Pactole entourent la maison ;

« On y voit d'un coup d'œil le printemps et l'automne,

« Les richesses de Flore et les dons de Pomone;

« Et je ne vous dis point le plaisir que j'aurai

« A vous y recevoir le mieux qile je pourrai.

m Précipitez l'honneur que vous voulez me faire,

«Adieu.

{lisort.)

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