ACTE ni, SCÈNE IV
IPHICRATE
« Sans énigme et sans fard , je ne sois pas on homme- « Qui par le nom d*athée aime qu'on me renomme. « Je ne dispute point pour vouloir disputer; « Je cherche à m'éclaircir, et non pas à douter.
• Loin d'avoir du plaisir, j'ai de l'inquiétude
« A flotter dans le trouble et dans l'incertitude; « Et, chagrin contre moi d'avoir ainsi vécu, « Le bonheur oà j'aspire est d'être convaincu.
• J^ai vu la mort de près dans plus d'une bataille; « Je l'ai vue à l'assaut de plus d'une muraille ,
« Sans que , dans ce péril, elle ait pu m'inspirer, « Ni de croire des dieux, ni de les implorer.
• Peut-être, ma carrière approchant de son terme,
• Que dans ces sentiments je ne suis plus si ferme ;
' « Et que si dans une heure , au plus tard , je mourois , - « Plus juste ou plus craintif je les implorerois. m Eh ! que ne &it-on point, quand il faut que l'on meure?
ESOPE
« Votre raison alors sera-t-elle meilleure?
« Aures-vous de l'esprit plus que vous n'en avez ?
« Saurez-vous sur ce point plus que vous ne savez?
« Seront-ce d'autres dieux, on sera-ce un autre homme?
«Pouvez- vous ne rien croire et dormir d'un bon somme?
m De la vie à la mort il s'agit d'un instant;
« Et r|ue peut-on risquer qui soit plus important?
« Qui dit dieux dit vengeurs; et leur foudre...
LPHIGRATE.
Au contraire:-
38a ÉSOPE A LA COUB.
« Qui dit dieux dit cléments. Un remords bien sincère
« Arrête, en expirant, leur fondre prête à choir.
SSOPS.
« Eh ! ce remords sincère, est-on sûr de laToir?
« Sur le point d'expirer, quoi qu'on se persuade,
« Le repentir est ibible autant que le malade.
« Je vais , non vous prouver mais vons faire entrevoir,
» Qu'un espoir si tardif est un fragile espoir,
« Et qu'aux derniers moments les beaux esprits qui dpateDt
« Ne sont pas assurés que les dieux les écoutent.
« Voulez-vous à m'entendre appliquer votre soin?
IPHICRATB.
« Pour qud autre sujet viens-je ici de si loin?
« Le plaisir le plus grand que vous me puissiez faire,
« Cest de m'ouvrir votre ame et de ne me rien taire.