‹ Répertoire du théâtre français (volume 4)Chapitre 443 sur 465 · ACTE IV, SCÈNE IV. 3oi · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV. 3oi

ÉSOPE

Ma sanlé , par malheur , ne vous est bonne à rien,

CLÉON

Puis-je compter sur vons pour me rendre un service?

ESOPE

Pottvez-vons en douter, et me rendre justice? M'en offrir un moyen, c'est flatter mon désir: Le j^aisir d'obliger est mon plus grand plaisir. Quand il faut à qael(ju'un refuser quel({ae chose. J'en ai plus de chagrin que ceux à qui j'en cause. Rien ne m'est plus sensible et ne me touche tant Que lorsque d'avec moi l'on s'en va mécontent.

CLÉON

J'ai tablé là-dessus, et viens vous mettre en œuvre. Je suis homme de guerre, et j'en sais la manœuvre : Expert en ce métier , je distingue d'abord D'une armée ennemie et le foible et le fort. Chagrin contre Ariston, qui ne fait rien qui vaille , A le couler à fond sourdement je travaille; Et pour m'aider, sous main, à le rendre odieux, C'est sur vous, mon patron, que je jette les yeux. Je vous préfère à tous, tant je vous crois fidèle.

ÉSOPE

Pour le couler à fond? La préférence est belle! Pourquoi chercher à nuire à ce brigadier-là?

CLÉON

Pour mettre un habile homme en la place qu'il a. J'en sais un, avec vons je m'explique sans feindre. Qu'on ne ferait pas mieux, quand on ït feroit peindre; Fier, sans être orgueilleux; doux, sans être soumis;

3o} ÉSOPE A LA COUR.

Estimé de* soldats , et craint des ennemis ; Enfin ce qu'on appelle un des pins jolis hommes Qu'on ait yns de long-temps à la conr où nous sommes : C'est le meilkor présent qu'on puisse foire au roi.

BSOPB.

Eh ! quel est, s'il tous plait , cet habile homme?

CLÉON

Moi.

BSOPB.

Vous?

CLÉON

Oui. Je vous surprends de ce que je me nomme? Eh ! qui sait mieux que moi que je suis habile homme? La modestie est belle , enchâssée à propos; Mais hon de son endroit, c'est la vertu des sots. Fiez-vous-en à moi; je sais un peu la carte : Quand ou a mes talents, rarement on s'écarte. Me proposer an roi ce sera le ravir.

BSOPB.

Du meilleur de mon cœur je voudrois tous servir. Vous ne pouvez jamais me causer plus de joie Que de m'en procurer une équitable voie ; Mais quel tort , dites-moi, m'a fait cet officier , Pour obliger Crésus à le disgracier?

Parlez-moi d'élever, et non pas de détruire. Je n'ai point de pouvoir, quand il s'agit de nuire. Ne me demandes point œ qui n'est pas permis.

CLÉON

Il est [tennis, parbleu, d'obliger ses amia;

Et je vous crois le mien, comme je suis le vôtre.

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