ACTE IV, SCÈNE IV. 3o
Si c'est le senl motif qui vers moi vous amène, C'est, à vous parler net, une visite vaine.
CLBON.
Eh ! vons figorez-vons, mon cher petit monsieur. Qu'un ministre inutile ait un vrai serviteur? Lorsqu'à vous encenser tant de monde travaille, Estrce pour vos beaux yeux on votre belle taille? Le présumez- vous?
ÉSOPE
Non : qui feroit ce projet Auroit assurément grand tort sur mon sujet. Autant que je l'ai pu pendant une heure entière. Je vous ai combattu d'une honnête manière; Mais les coups éloignés ne vous émeuvent point ! H faut vous les tirer plus à brùle pourpoint. Puis donc qu'à votre insulte il faut que je réponde, Je n'ai pas en laideur mon pareil dans le monde : Je le sais, mais le ciel, propice en mon endroit. Dans un corps de travers a mis un esprit droit. Quelque hommage forcé que la crainte leur rende. Je méconnois les grands qui n'ont pas l'auie grande; Et je n'ai du respect pour l'éclat de leur sang Que lorsque leur mérite est égal à leur rang. I^es grands et les petits viennent par même voie; Et souvent la naissance est comme la monnoie : Ou ne peut l'altérer sans y faire du mal , Et le moindre alliage en corrompt le métal. Un soldat comme vous s'imagine peut-être...
CLBON.
Je ne suis point soldat , et nul ne m'a vu l'être.
3o8 ÉSOPE A LA COUR.
Je sois bon colonel , et qni sert bien Tétat.
ÉSOPE
Monsieur le colonel , qui n'êtes point soldat. Je ne sais ce que c'est que de rendre service Contre la bienséance et contre la justice.
CLBON.
Adieu, monsiettr. Bientôt... Je ne m'explique pas.
{IlsoH.)