ACTE IV, SCÈNE V. i
Cétoit ïhymen pour moi, Thymen qu'il falloic craindre... Non , TOUS ne savez pas à quel point je soufFrois... En m'éloignant de vous, j'étouffois mes regrets; Dans un profond chagrin alors j'étois plongée. Au contraire, à présent, je me vois soulagée, En songeant que de vous rien ne peut m'arracher.
[tendrement, et en te caressant.) Mon père , à vos côtés je prétends m*attacher. Je veux vous prodiguer mes soios et mes services ; J'en ferai mon bonheur , j'en ferai mes délices. Que me manquerart-il? Vous m'aimez : près de vous, Âh ! pourrois-je jamais regretter un époux?
M. DE PLINVILLE.
Chère enfant! que ces mots ont flatté mon oreille!
Je n'éprouvai jamais une douceur pareille.
Ainsi donc , comme un baume en notre affliction.
Le ciel nous envoya la consolation.
Par elle on souffre moins... On souffre moins! Que dis-je?
Il faut plaindre celui qui jamais ne s*afflige.
Et que les coups du sort n'avoient point accablé :
Il n'a pas le bonheur de se voir consolé.
Pour moi , toujours content , sans chagrins, sans alarmes^
Je n'avois point encor versé de douces larmes.
Personne , jusqu'ici , ne m'avoit plaint , hélas !
Je me croyois heureux, et je ne l'étois pas.
Mais, dis , est-il bien vrai? Faut-il que je te croie?
N'as-tu point de regret?
ANGELIQUE
Non : ma plus douce joie Est d'adoucir vos maux, et de les partager.
i66 L'OPTIMISTE.
M. DB PLINVILLE.
Mes maux, s'il est ainsi, n*ootrien que.de léger.
Nous serons pauvres , soit : nous verrons moins de monde.
Ma femme dit qu'ici le voisinage abonde ;
On sera plus discret : mais nous nous suffirons,
Et ce sera pour nous, enfin , que nous vivrons.
ANGÉLIQUE
Vous savez que toujours j'aimai la solitude.
M. DE PLINVILLB.
Je le sais; et de plus tu te plais à Fétude: On ne peut s*ennuyer ^vec ces deux goûts-là. Tiens, vois-tu, je me fais une fête déjà De vivre seul avec ma petite famille , Entre ma chère femme et mon aimable fiUe. J'aurai moins de laquais, et j'en serai ravi : Par un seul domestique ou est bien mieux servi. Nous vivrons gais , contents : que faut-il davantage ? Nous nous aimerons bien ; nous aurons en partage Les vrais trésors, la paix, le travail, la santé, Et... le premier des biens, la médiocrité.
ANGÉLIQUE
Je sens bien ce bonheur : vous savez mieux le peindre.