ACTE V, SCÈNE II
M. DE PLINVILLF.
Ne sors pas^ j'y consens.
Mais pourquoi te fâcher ainsi depuis une heure?
PICARD
J'ai tort. Encore on coup, je veux rester.
M. DE PLINVILLE.
Demeure.
PICARD
Pardonnez. Je suis brusque et de mauvaise humeur : Mais dans le fond, monsieur, croyez que j'ai bon cœur.
M. DE PLINVILLE.
Tu viens de m'en donner une preuve certaine. Il est vrai qu'un moment tu m'as fait delà peine; Mais tu m'as fait encorplus de plaisir.
( en le serrant dans ses bras. ) Allons j Mon vieux ami, jamais nous ne nous quitterons. Me le promets- tu bien ?
PICARD
Est-ce encore un reproche ?
M. DE PLINVILLE.
Non , mon cher. Laisse-moi, car Morinval s'approche.
( Picard sort. ) ( Il regarde Morinval, qui s avance sans le voir. ) Ma fille a déclaré qu'elle ne l'aimoit pas : Il est au désespoir, il soupire tout bas; Je veux le consoler.
i88 L'OPTIMISTE.
M. DE MORINVAL.
Vous pouvez , à préseut , Biie, vous récrier, trpuver cela plaisant : Il n'en est pas moins vrai que votre fille l'aime, ,J*ea $uis sûr.
M. DE PLINVILLE.
Quoi ! vraiment?... Ma surprise est extrême.
lif. DE MORINVAL.
Ils s'aiment... d'un amour sage, honnête, discret:
Il l'aime sans le dire, elle brûle .en secret.
Cette honnêteté même est ce qui m'intéresse ,
Et je veux près de vous protéger leur tendresse.
Écoutez : je suis riche , et plus que je ne veux.
Je suis veuf... pour toujours, sans enfants, sans neveux.
J'aime Belfort, je veux lui tenir lieu dé' père.
Il me paroit bien né , sensi ble , doux ; j'espère
Qu'aidé de mon crédit il fera son cheiuin,
Et d'Angélique un jour méritera la main.
Et moi , dès aujourd'hui , mon ami, je m'engage
 donner à Belfort ma terre en mariage.
M. DE PLINVILLE.
Laissez-moi respirer. Quel dessein généreux ! Eh quoi ! mon cher ami , vous faites des heureux , Et vous doutez encor si vous-même vous l'êtes!... Mais que de ces enfants les amours sont discrètes! Moi , j'en estime encore une fois plus Belfort. Angélique est aimable; il l'aime , il n'a pas tort; Ni ma fille non plus , car il est fait pour plaire.
M. DE MORINVAL.
Votre nièce s'avance. Ayons soiu de nous taire.