‹ Répertoire du théâtre français (volume 5)Chapitre 19 sur 424 · M. DO L BAN · texte numérisé non relu

M. DO L BAN

Ta crois donc rencontrer un bonheur sans mélange? Hélas! le plus souvent, que gagne-t-on au change? La triste expérience avant peu nous apprend Que ce nouvel état n'est qu'un mal différent... Que dis-je ? Au lien du bien après quoi l'on soupire , Souvent d'un moindre mal on tombe dans un pire... Aussi , sans espérer d'en trouver de meilleurs. Ta quittes un état , pourquoi ? pour être ailleurs.

FLOEIMOND.

Vous mettez à ceci beaucoup trop d'importance.

M'ailez-vous quereller pour un pen d'inconstance?

A tout le genre humain dites-en donc autant.

Aie bien prendre, enfin , tout homme est inconstant,

Cd peu plus , un peu moins; et j'en sais bien la cause :

(^est que Fesprit humain tient à si peu de chose !

lo rien le fait tourner d'im et d'antre cdté.

Ooveut fixer en vain cette mobilité;

Vains efforts; il échappe; il faut qu'il se promène :

^ défaut est celui de la nature hmnaine.

U constance n'est point la vertu d'un mortel ;

3j L'inconstant.

Et pour être constant, il faut être éternel.

D'ailleurs, quand on y songe, il seroit bien étrange

Qu'il fût seul immobile. Autour de lui, tout change:

La terre se dépouille, et bientôt reverdit;

La lune, tous les mois, décroit et s'arrondit.

Que dis-je? En moins d'un jour, tour-à-tour on essuie

Et le h'oid et le chaud , et le vent et la pluie.

Tout passe, tout finit, tout s*efface ; en un mot ,

Tout change: changeons donc, puisque c'est notre lot.

M. nOLBAN;

De la frivolité digne panégyriste !

VLORIMOND.

N*étes-vous point vous-même un censeur un peu triste?

M. DOLBAN.

D'un oncle, d'un ami je remplis le devoir. Tu te perds, Florimond, sans t^en apercevoir. Espères-tu , dis-moi , t'avancer dans le monde , Toi qu'on a toujours vu d'une humeur vagabonde Effleurer chaque état, qui changes pour changer. Qui n'es dans chacun d'eux qu'un simple passager? Digne emploi des talents qu'en toi le ciel fit naître ! Avec tant de moyens de te faire connoître , Tu seras donc connu par ta légèreté !

Ah! si tu ne fais rien pour là société, A l'estime publique il ne faut plus prétendre. Tremble, et vois à quel sort tu dois enfin f attendre : A force de courir, toujours plus loin du but. Et bientôt de l'état méprisable rebut , Désoeuvré, las de tout, comme à tout inhabile. De tes concitoyens spectateur inutile ,

Page 1