M. DO L BAN
Ta crois donc rencontrer un bonheur sans mélange? Hélas! le plus souvent, que gagne-t-on au change? La triste expérience avant peu nous apprend Que ce nouvel état n'est qu'un mal différent... Que dis-je ? Au lien du bien après quoi l'on soupire , Souvent d'un moindre mal on tombe dans un pire... Aussi , sans espérer d'en trouver de meilleurs. Ta quittes un état , pourquoi ? pour être ailleurs.
FLOEIMOND.
Vous mettez à ceci beaucoup trop d'importance.
M'ailez-vous quereller pour un pen d'inconstance?
A tout le genre humain dites-en donc autant.
Aie bien prendre, enfin , tout homme est inconstant,
Cd peu plus , un peu moins; et j'en sais bien la cause :
(^est que Fesprit humain tient à si peu de chose !
lo rien le fait tourner d'im et d'antre cdté.
Ooveut fixer en vain cette mobilité;
Vains efforts; il échappe; il faut qu'il se promène :
^ défaut est celui de la nature hmnaine.
U constance n'est point la vertu d'un mortel ;
3j L'inconstant.
Et pour être constant, il faut être éternel.
D'ailleurs, quand on y songe, il seroit bien étrange
Qu'il fût seul immobile. Autour de lui, tout change:
La terre se dépouille, et bientôt reverdit;
La lune, tous les mois, décroit et s'arrondit.
Que dis-je? En moins d'un jour, tour-à-tour on essuie
Et le h'oid et le chaud , et le vent et la pluie.
Tout passe, tout finit, tout s*efface ; en un mot ,
Tout change: changeons donc, puisque c'est notre lot.
M. nOLBAN;
De la frivolité digne panégyriste !
VLORIMOND.
N*étes-vous point vous-même un censeur un peu triste?
M. DOLBAN.
D'un oncle, d'un ami je remplis le devoir. Tu te perds, Florimond, sans t^en apercevoir. Espères-tu , dis-moi , t'avancer dans le monde , Toi qu'on a toujours vu d'une humeur vagabonde Effleurer chaque état, qui changes pour changer. Qui n'es dans chacun d'eux qu'un simple passager? Digne emploi des talents qu'en toi le ciel fit naître ! Avec tant de moyens de te faire connoître , Tu seras donc connu par ta légèreté !
Ah! si tu ne fais rien pour là société, A l'estime publique il ne faut plus prétendre. Tremble, et vois à quel sort tu dois enfin f attendre : A force de courir, toujours plus loin du but. Et bientôt de l'état méprisable rebut , Désoeuvré, las de tout, comme à tout inhabile. De tes concitoyens spectateur inutile ,