ACTE V, SCÈNE X. Siy
mO« oorfeuii..
Moi, je sens tout le prix d'un trait si délicat.
{àM,dOrlange.) Vous n'aviez à ma main qu'un droit peu lé^time ; Vous en avez, monsieur, de vrais à mon estime.
{àsonpère.) Vous savez notre erreur, mon père ?
M. d'orfeuil.
Oui , voilà donc • Monsieur Florville : enfin on le connoit!
Pardon.
Mais si ma fille, grâce à ce dessein étrange^ S*étoit trop prévenue en faveur de d'Orlange, Comme, par parenthèse, il s'en est peu fallu, Ceût été votre faute, et vous l'auriez voulu.
M. de florville.
Aussi, je m'en allois sans accuser personne. Me pardonnerez- vous ?
mUb d'orfeuil.
Pour moi , je vous pardonne , Mais âi condition que vous ne feindrez plus.
M. de florville.
Non : croyez que jamais...
m11« d'orfeuil.
Eh 1 discours superflus!
Je vous crois sans peine.
M. de florville.
Ah ! que je dois rendre grâce
3i8 LES CHÂTEAUX EN ESPAGNE.
A Tami généreux qui fit suivre ma trace!
M. d'orlange.
Moi ! j*ai fait mon devoir. Ah! respirons:.. L*un sent Qu'une bonne action nous rafraîchit le sang : Et ce bien-là n'est pas un bien imaginaire; Car je renonce à tout ce qu'on nomme chimère. C'en est fait, pour jamais me voilà corrigé... Tenez , que je vous dise un bon dessein que j'ai. AUsez d'autres sans moi serviront bien le prince ; Moi, je vivrai tranquille au fond d'une province... Seroit-il une terre à vendre en ce canton?
^ M. d'orfkuil.
Justement : j'en sais une assez près d'ici.
M. d'orlange.
Bon.
Je l'achète. J*y prends une femme estimable/ D'une vertu solide et d'un esprit aimable, Douce... une autre Henriette, en un mot, s'il en est. J'aurai beaucoup d'enfants; le grand nombre m'en plaît: Le ciel bénit toujours les nombreuses familles. Ma femme, c'est tout simple, élèvera les filles : Mais les garçons n'auront de précepteur que moi ; C'est le plus doux plaisir, c'est la première loi. Je saurai démêler leur goût, leur caractère ; L'un sera dans la robe, et l'autre militaire. ^
Ils me feront honneur. Que je suis fortuné !
Mon voisin , vous serez parrain de mon aîné. Je n'irai pas bien loin lui chercher une femme :
lACTE V^ÇjGENï: ^ 3i9
( montrant mademoiselle dOrfeuil. ) Il pourroitépouser 1^ fille de madame.
, {.àM.dtOrfeuil.) Trop heureux ! Tous alors , nous serons vos enfants. Vous sourirez, mon père, à nos éoins caressants. A cent ans , vous direz : « Je n'avois qu'une fille ; « Et tout ce qui m'entoure est pourtant ma famille. » Voilà ce qui s'appelle un projet bien sensé.
VICTOR
Mon maître, finissant comme il a commencé. Tout en parlant. raison,. bat encor la campagne, Ne veut plus faire et fait des châteaux en Espagne. •