SCÈNE I
ANGÉLIQUE, LISETTE
LISETTE
Oh ça, madame, parlons un peu raison, s*il nous est possible.
ANGÉLIQUE
Oh, ma chère enfant! laisse-moi en repos^ je ' te prie ; le seul mot de raison me fait mourir. A mon àf^Bj faite comme je suis, je passerois pour folle dans le monde, si Ton me soupçonnoit seulement de savoir ce que c'est que la raison.
LISETTE
Hé bien, soit; parlons donc caprice, puisque le terme de raison vous effarouche. Gomment vous accommodez-vous de celui qui a pris à ma* dame votre- mère de vouloir vous faire épouser votre vieux cousin ?
y3^ L'Été D£8 coquettes.
AltciLlQUE.
Le mieux du monde. Ma mère me passe tant de bagatelles ; je serois bien injuste de ne lai pas soufiFrir au moins la liberté de youloir de certaines choses.
LISETTE
Quoi ! TOUS l'ëpouserez ?
ASGÉLIQUE.
Nullement.
LISETTE
£t madame votre mère ?
augélique.
Je serai toujours complaisante et soumise à ses volontés ; je me ferai un devoir de lui obéir aveuglément i mais je prendrai si bien mes mesures , que monsieur mon cousin ne voudra point de moi.
LISETTE
U n'y a rien de mieux imaginé.
AlfOéLIQUE.
Je ne regarde le mariage qu'avec frayeur; ce que j'en entends dire me fait frémir ; c'est un engagement que mille personnes se repentent d'avoir pris , et dont aueune n'est satisfaite. Il n'est point de femmes qui s'en louent, et les plus modestes croient beaucoup faire de ne s'en pas plaindre.