ACTE II, SCÈNE V
LISETTE
Vous voilà pourtant bien éveillée.
Qui a donc troublé ton repos ?
' ARAMINTE
Ne t* alarme point, ce n est pas ton mari ; je ne l'aime pas, au moins.
ANGÉLIQUE
Tu is fait une belle conquête, et je t'en félicite.
ARAMINTE
Il ne tient qu'à moi de le ruiner ; tout son bien est à mon service.
LISETTE
£h, mort de ma vie! prenez toujours à bon compte; il n'y a point de mal à ruiner un nari , quand sa femme parta^^e les revenant-bons de l'aventore.
ARAMINTE
Qu'il ne sache pas que vou^ êtes mes confidentes , je vous prie.
ANGÉLIQUE
Je n'abuserai pas de ton secret. A quoi as - tu passé la nuit ?
ARAMINTE
A chercher dans ma tête tous les moyens ima-
ginables de faire enra(];cr mon mari.
LISETTE
Voilà un amasement fort agréable.
ANGÉLIQUE
Ah! cesidées,t*ont fait plaisir; je ne m*étoiuie plus de te voir un si bon visage.
• aramiutb.
C'est un homme qui perd l'esprit , et qui me le fait perdre, n veut et ne^Tentplus dans le moment même : tant6t complaisant jusqu'à l'ezcèft , puis aussitôt brutal à la fureur : quelquefois content d'une chose,qui lui déplaît un quart d'heure après. U querelle toujours sans sujet; et, pour viTre en repos avec lui, on ne sait jamais quel parti prendre.
AITGÉLIQCE.
Voilà des inégalités impardonnables.
ARAM INTE.
n faut que vous m'aidiez à le rendre raisono»ble, et à me venger de ses caprices.
, LISETTE
Que ce soit donc en tout bien et en" tout Iran* neur. Pour mettre «n mari à la raison, on s'en écarte quelquefois; et ces biais - là ne valent jamais rien, quoiqu'ils soient les plus à la mode.
ARAMINTE
Pour moi, je ne sanrois mieux faire enrager mon bourru, qu'en lui attrapant de l'argent.