ANALYSE CHIMIQUE APPLIQUÉE A LA PHOTOGRAPHIE : (F
Thomas, 18(53). ( Chim .). IVe art. suite. Y. 304 — 317 — 341, III.
§ 26. Analyse chimique appliquée aux corps simples non métalliques.
Nous diviserons pour les besoins de notre traité spécial de chimie photographique, la chimie, en chimie minérale et en chimie organique . Nous diviserons de même la chimie minérale en chimie des corps non métalliques et en chimie des corps métalliques. Nous examinerons en particulier chaque corps usité en photographie, ou qui nous paraîtra susceptible d’être employé, et nous étudierons à sa suite tous ses composés naturels, sous le rapport exclusif de l'analyse chimique, bien entendu. Ne pouvant pas entrer ici dans tous les détails, et surtout n’examinant les corps qu’au point de vue analytique, nous renverrons souvent le photographe à la partie non périodique de ce Recueil pour les points que nous avons à traiter.
N° 1. Janvier 1864.
§ 27. L'oxygène (1033) n’a pas été appliqué directement à la photographie, mais il n’y a pas de doute qu’il ne concoure activement aux diverses réactions qui se présentent lors des manipulations photographiques. Quand il est électrisé, il a l’odeur qui s’échappe des corps fortement électrisés et prend, à cause de cette odeur, le nom d 'ozone (1 76, III) (du grec w^rj, odeur) ; il possède alors des affinités plus énergiques pour les divers corps. Il bleuit immédiatement une bande de papier imprégné d’iodure de potassium (848) K I, mêlé d’empois d’amidon (87), parce qu’il s’empare du potassium Iv pour former de la potasse (1209) KO, et met en liberté l’iode (828) qui forme avec l’amidon de l’iodure d’amidon qui est bleu. La couleur bleue est en raison directe de la quantité d’ozone contenue dans l’air atmosphérique. M. Schœnbein a profité de cette propriété pour construire un petit instrument appelé ozonoscope (de ozone et du mot grec cxotow, j’examine), qui sert à comparer les degrés d’intensité de coloration des papiers ainsi préparés, et, par suite, à mesurer les diverses quantités d’ozone contenues dans le gaz qu’on examine. Ajoutons, pour terminer ce paragraphe, que l’air ordinaire n’agit le plus souvent que par son oxygène, et que cette action est augmentée par l’ozone qui se trouve pour ainsi dire, toujours dans l’air, en quantité plus ou moins forte.
§ 28. Puisque nous venons de traiter de l’oxygène, parlons un peu du nitrogène, parce qu’il sert, avec le premier, à composer l’air atmosphérique dont il forme les 4/5 environ. Ce corps est connu sous le nom très-impropre d 'azote (125), des mots grecs a, qui signifie le manque, et M, vie, parce que, à l’époque où l’on fit la découverte de ce gaz, on croyait qu’il ne pouvait pas entretenir la vie. Depuis, on a reconnu, au contraire, qu’il sert à la nutrition de tous les êtres vivants, et qu’ils ne peuvent pas subsister sans lui. C’est pour cela que, contrairement à l’usage, nous l’appellerons nitrogène , expression plus rationnelle qui indique qu’il sert à former le nitre (1001), nom sous lequel on désignait autrefois le nitrate de potasse KO, NO5 (995). Nous lui donnerons toujours pour notation la lettre N au lieu de Az, formule qui a prévalu à tort. De même, nous dirons acide nitrique (1002), hyponitrique , nitrate d'argent (983), etc., au lieu de acide azotique, hypoazotique, azotate d’argent, etc.
§ 29. L 'acide nitrique monohydraté (N Ob, Aq, c’est-à-dire qui a un équivalent d’eau) est un des corps les plus usités, parce qu'il dissout, surtout à chaud, tous les métaux usuels, ou, au moins, leurs oxydes, si ce n’est l’or (1025) et le platine (1180). Ce dernier lui-même n’est inattaquable par cet acide qu’à la condition de n’être pas allié à l’argent (112), sans quoi il s’y dissout, de même que ce dernier, en proportion notable. Ainsi, l’acide nitrique est à la fois un agent dissolvant et un agent oxydant. On peut se le procurer partout sous le nom d’eau forte. Mais dans cet état, il est très-impur, car, provenant de la réaction de l’acide sulfurique (1380) du commerce sur le nitrate de soude (200, 111) du commerce, il contient de l'acide sulfurique, de
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l’acide chlorhydrique (254) , des vapeurs nitreuses , de l'arsenic (HO), etc. On s’assure de ces impuretés par les moyens analytiques suivants :
§ 30. L’acide sulfurique se reconnaît au moyen du nitrate de baryte (987) BaO, NO5; parce qu’il se forme un précipité de sulfate de baryte, BaO, S O3, insoluble dans un excès d’eau.
§ 31. L’acide chlorhydrique (254) se voit par une dissolution de nitrate d’argent (983), car il se produit un précipité cailleboteux de chlorure d’argent Ag Cl (262) qui se rassemble promptement au fond du vase, surtout par l’agitation.
§ 32. L’arsenic (116) se voit par V appareil de Marsh, dont nous expliquerons plus loin le principe, à propos de l’acide sulfurique.
Quant aux vapeurs nitreuses, loin d’être un inconvénient, elles sont très-utiles, parce qu’elles forment des agents encore plus oxydants que l'acide nitrique lui-mème. Nous donnerons plus loin la composition de ces corps.
Pour purifier l’acide nitrique du commerce, il suffira donc de précipiter l'acide sulfurique par un peu de nitrate de baryte (987), l’acide chlorhydrique (254) par le nitrate d’argent (983), l'arsenic par un léger courant d’hydrogène sulfuré (787), et de distiller ensuite.
L’acide provenant du nitrate de soude du commerce (260, III) pourrait contenir de l’iode (828) soit libre, soit à l’état d’acide iodique (211, III), parce que les cendres des plantes marines qui servent à la production du nitrate de soude, contiennent de l'iode. Ce corps disparaît en mettant un peu de cuivre dans l’acide avant de le distiller, et après l’avoir traité comme il est dit ci-dessus.
§ 33. La distillation (514) de l’acide nitrique présentant des dangers pour le chimiste novice, nous n’entrerons pas dans d’autres détails à ce sujet. Du reste, on peut avoir un acide nitrique suffisamment pur (pour aciduler les bains d’argent, par exemple) en versant dans Veau fortè du commerce une dissolution de nitrate d’argent, jusqu’à ce qu’il ne.se forme plus aucun précipité, et, quand le dépôt s’est formé, en filtrant sur l’amiante (89, III). Cet acide ne peut pas servir à faire de Veau régale (531), parce que, contenant de l’argent en dissolution, il fournirait du chlorure d’argent (252) par l’addition de l’acide chlorhydrique (254).
En résumé, l’acide nitrique (1002) est suffisamment pur si, étendu de 10 parties d’eau distillée, il ne donne pas de précipité ni par une solution de nitrate de baryte (987), ni par une solution de nitrate d’argent (983); si enfin, chauffé sur une lame de platine (1180), il se volatilise sans laisser de résidu ou sans altérer la lame.
§ 34. Nous ne dirons rien de l’acide hyponitrique NO4, si ce n’est qu’il apparaît sous forme de vapeurs rousses très-dangereuses à respirer, lorsqu’on attaque un métal (l’argent, par exemple) par l'acide nitrique. C’est ùn oxydant très-énergique.
( Sera continué.)
BEAU ARTISTIQUE (dü).
2. — APPAREIL A DÉGRADER les Epreuves positives sur Papier : (E. Gordon, 1863). (. Phot .). V. 861.
§ 1 . L’appareil représenté fig. 337 est détaché du châssis positif
(240) sur lequel il se place. A est une espèce de cadre repoussé en fer étamé portant au fond une ouverture ovale.
B est un morceau de carton bristol mince placé sur le fond du cadre, où il est maintenu en place par un rebord d’étain soudé au fond : ce bristol porte une ouverture ovale C.
§ 2. Au-dessous du plus grand ovale, et sur le plus petit côté du cadre, est un châssis de fer étamé portant une glace dépolie D. Ce châssis ovale tourne sur un pivot qui permet à la glace dépolie de recouvrir l’ouverture C. L'appareil entier est fort et très-léger.
§ 3. Les dimensions intérieures du cadre sont les mêmes que celles des joues intérieures du châssis, par conséquent il se place juste dans les châssis positifs ordinaires. Pour s’en servir, on le pose sur le châssis positif, la glace dépolie vers l’extérieur, après que le négatif, le papier, etc., sont placés comme d’habitude. Le diaphragme en bristol B peut être enlevé et remplacé par un autre différant de grandeur ou de forme, et peut être monté ou descendu en glissant pour l’ajuster et l’amener ainsi en face de telle partie de l’ovale où l'artiste juge qu’une action spéciale est nécessaire.
§ 4. Un point important de cet appareil, c'est qu'il existe un espace considérable entre le négatif et l’abri B, et aussi entre cet abri et la glace dépolie, et de plus, que ces distances peuvent être modifiées.
3. — BEAU ARTISTIQUE (Du) : (E. Cartier, 1863). (Esthét.) 2e art., suite. Y. 343, III.
§ 9. Après avoir signalé les causes de la grandeur et de la chute de l’art païen, examinons rapidement l’histoire de l’art chrétien.
BEAU ARTISTIQUE (du).
L’art chrétien,, parti de Rome avec les prédicateurs de l’Evangile, étend ses conquêtes à l’Orient et à l’Occident, variant* ses moyens selon le climat et le génie des peuples. 11 revêt à Constantinople cette forme particulière qu’on appelle l’art byzantin, et qu’on a trop loué et trop déprécié. Les artistes de Byzance subirent nécessairement la triste influence de la corruption du Bas-Empire et finirent, comme les Grecs de la décadence, par faire des œuvres plus riches que belles. Lorsque les peintres mutilés par les iconoclastes, se réfugièrent en Italie, l’Occident reçut avec vénération ces types qu'ils apportaient dans leurs mains sanglantes; et ces images consacrées par la persécution furent naturellement souvent reproduites. 11 y avait d’ailleurs dans ces lignes hiératiques et sévères une grandeur véritable que nous pouvons admirer encore.
Au XIIIe siècle se développa cette peinture italienne qui est le plus brillant épisode de l’art. Une longue génération d’artistes en naquit, et les peuples y puisèrent d’abondantes inspirations.
En Italie, Nicolas de Pise, fra Sisto, fra Ristoro, Giotto, Orcagna, Taddeo Gaddi, fra Angelico, le Pérugin, et tant d’autres, quels qu’aient été leur temps et leur patrie, ne formèrent qu’une même famille unie par la même foi.
Enfin, lorsque Raphaël, le descendant et l’héritier de ces grands hommes, vint assiter au combat de géants que se livraient à Florence Léonard de Vinci et Michel- Ange, ce fut à Saint-Marc qu’il reçut des mains de fra Bartolomeo, avec ses dernières instructions, les destinées de l’art.
Après avoir peint ses grands poèmes du Vatican, Raphaël alla inaugurer à la Farnesine le siècle de la Renaissance.
Ces progrès que Fart devait au christianisme, cessèrent tout-àcoup, et la décadence fut rapide comme la foudre qui punirait un blasphème.
L’art tomba si vite et si bas, qu'un demi-siècle plus tard l’école des Carrache fut regardée comme une résurrection, et ses types vulgaires passèrent pour des merveilles. Le Bernin vint ensuite avec son insolente faconde, mêler ses œuvres aux œuvres de Raphaël, et Roine fut incapable d’en remarquer la différence. Comment pouvoir, en effet, apprécier le beau, quand le goût s’est corrompu dans l’émotion des sens?
C’est alors que la Renaissance formula ses lois. Le code publié avec l’érudition des Médicis et l'argent des banquiers de Florence, est celui qui nous régit encore.
§ 10. Les doctrines grossières de l’art 'pour l'art et du réalisme semblent avoir prévalu. L’antiquité païenne elle-même avait reconnu nécessaire l’alliance du beau naturel et du beau moral; mais de nos jours la faveur publique applaudit leur séparation.
Après avoir esquissé à grands traits cette marche ascendante et descendante de l’art, nous ne devons pas omettre les considérations accessoires qui naissent de l'influence du milieu où vivent les artistes et
BEAU ARTISTIQUE (ou).
des progrès tantôt lents, tantôt rapides des idées et des découvertes de son siècle. Celui qui nous emporte, est remarquable à ce point de vue. Les progrès, les découvertes, les inventions, y suivent une marche si rapide, si foudroyante, pour ainsi dire, que l'homme de la veille n’est plus au niveau du lendemain.
Or, la vie d’un homme a pour éléments primitifs sa patrie et son siècle. La naissance nous assigne un point de l'espace et du temps dont nous subissons nécessairement l’influence. Chaque pays à ses horizons, sa lumière, sa fécondité ; chaque époque sa civilisation, ses croyances, ses évènements, et ce sont ces choses qui nous font ce que nous sommes. Notre corps tire de la terre qui le porte le développement de ses sens; notre âme se nourrit des idées qui l’entourent et en compose sa puissance. Personne ne s’isole de son siècle et personne ne lui commande; les grands hommes eux-mêmes subissent cette loi : ils paraissent conduire leurs contemporains, ils les précèdent seulement.
L’artiste est, plus que tout autre, le fils de ce que lui donnent son siècle et sa patrie ; ces deux choses seules peuvent faire comprendre la nature de ses inspirations.
§ 11. La naissance, le progrès, la grandeur et la décadence d’un art chez un peuple, s’expliquent par les rapports de cet art avec les deux lois fondamentales de toute société : l’autorité et la liberté. Ces deux lois sont au monde moral ce que sont au monde physique les deux forces qui le régissent. L’autorité sans la liberté produit l’immobilité, la stérilité; la liberté sans l’autorité conduit à l’isolement, à l’anarchie. La perfection naît seulement de l’heureuse alliance de l’autorité et de la liberté, delà, pour l’art, trois périodes distinctes.
La première est la période hiératique. Dire que l’art vient des besoins et du caprice de l’homme, c’est mentir à la raison et à l’histoire. Si la nécessité est mère de l’industrie, la religion seule est mère des beaux-arts.
La seconde période de l’art est la période savante. Non-seulement l’homme y accepte des croyances, mais son intelligence les étudie et les travaille; sa volonté se passionne pour elles, et ne se contente pas de ces formes simples qui ne rendent plus ses pensées; il va librement chercher dans la nature toutes les beautés dont il peut les revêtir. 11 demande aux lignes leur souplesse et leurs proportions ; à la couleur, ses variétés et ses richesses; à la lumière, ses gradations et ses harmonies, et il ne se repose qu’après avoir rendu son œuvre digne delà vérité qui a éclairé son esprit. Cette équation entre le beau naturel et le beau moral est la perfection de l’art. Mais l’homme se maintient difficilement à cette hauteur. Le beau naturel qu’il a trouvé exerce sur lui une séduction puissante, et l’entraîne rapidement dans la troisième période de l’art, qui est la période naturaliste.
L’élément hiératique ou religieux est oublié ; l’art perd sa grandeur et son unité. Chacun cherche à imiter, selon son caprice, les beautés