THÉORIE DE LA PHOTOGRAPHIE : {H. Vogel, 1863). (Phot
§ 1. La lumière donne à l’iodure (837), au bromure (184) et au chlorure d’argent (262) la faculté d’attirer et de fixer les molécules d’argent qui se précipitent à l’état naissant (652).
Toutes conditions égales, l’iodure d’argent acquiert cette faculté au degré le plus haut, puis vient le bromure, et, en troisième ligne, le chlorure d’argent. L'iodure d'argent prend dans le bain révélateur une couleur gris-noir, le bromure une teinte gris-brun, et le chlorure un brun jaunâtre pâle.
Cet effet de la lumière n’a aucun rapport avec son effet chimique, car il se produit au maximum chez l'iodure d’argent, qui ne subit aucune altération chimique sensible, et au minimum chez le chlorure d’argent, qui subit la plus forte décomposition. Chez le bromure d’argent, qui se laisse décomposer chimiquement, l’effet graphique a déjà dépassé un maximum et diminue avant que l’effet chimique (pour le papier ioduré) soit perceptible. En outre, chez le chlorure d’argent et le bromure d’argent, la coloration chimique ne marche pas de front avec la coloration photographique, car la première va encore en augmentant quand la dernière a déjà depuis longtemps dépassé un maximum et va en diminuant.
Du papier pur et soigneusement lavé dans le bain de nitrate d’argent (983) retient un reste de sel d’argent, prend dans la lumière une couleur brunâtre et offre alors une faible sensibilité photographique, c’est-à-dire qu’il se colore faiblement dans le bain révélateur.
§ 2. Le nitrate d’argent augmente la sensibilité photographique du chlorure d'argent (262), du bromure d’argent (184) et de l’iodure d’argent (537). Ce rapport de sensibilité photographique reste d’ail-
leurs le même; elle est la plus forte chez l’iodure d’argent et la plus faible chez le chlorure d’argent. La sensibilité photochimique , c’est-àdire la faculté de se noircir à la lumière du soleil, est, en contact avec le nitrate d’argent, la plus forte chez le bromure d’argent.
L’humidité n’exerce, chez les sels haloïdes purs de l’argent, aucune influence perceptible sur la sensibilité photographique.
Les acides, pendant et après l’exposition, diminuent ou détruisent cette sensibilité chez l’iodure d’argent et chez le bromure d’argent; l’action la plus forte est celle de l’acide nitrique (1002), la plus faible est celle de l’acide acétique (19).
§ 3. L’iodure de potassium (848) détruit complètement, pendant et après l’insolation, la sensibilité photographique de l’iodure d’argent.
Des mélanges de bromure et d’iodure d’argent ont une plus grande sensibilité photographique que l’iodure d’argent pur, c’est-à-dire, toutes conditions (durée d’exposition, mode de développement) égales, ils se noircissent dans le révélateur plus fortement que l’iodure d’argent. Il en est de même des mélanges de chlorure d’argent avec l’iodure d’argent. En général, il paraît que tous les sels d’argent qui se laissent décomposer chimiquement par la lumière, lorsqu’ils sont ajoutés à l’iodure d’argent, en augmentent la sensibilité photographique.
§ 4. L’effet graphique de la lumière sur les sels haloïdes d’argent, pendant une exposition de quelque durée, augmente d’abord rapidement jusqu’à un certain moment pour diminuer ensuite lentement (1329).
Cette augmentation et cette diminution sont simultanées pour le papier ioduré et brômuré; il s’ensuit que pour les deux papiers, le maximum d’effet photographique se produit en même temps.
Le temps pendant lequel la lumière exercé son maximum d’effet graphique dépend de l’intensité de la lumière. Plus celle-ci est intense, moins le temps sera long. .
Il est donc très-probable que pour produire le maximum, photographique, il faut un produit constant et exactement déterminé de l’intensité lumineuse et de sa durée.
(Davanne et Girard, 1863). ( Chim .)
§ 1 . L’opération désignée sous le nom de virage a pour but de changer la teinte de l’épreuve de manière à la placer dans les meilleures conditions possibles de stabilité, tout en lui donnant des tons agréables à la vue.
Pour obtenir ce résultat, le photographe prenant l’épreuve tantôt fixée à l’hyposulfite de soude (795), tantôt simplement lavée au sortir du châssis et imprégnée encore de tous les sels insolubles que la lumière n’a pas réduits, l’immerge dans des solations diverses où, par des réactions chimiques spéciales, doit se réaliser l’effet qu’il recherche.
Ces solutions diverses peuvent, par leur nature même, être rapportées à deux catégories bien distinctes. Dans la première figurent des sels ou même des composés imparfaitement définis, destinés à agir sur l’argent de l’épreuve, en modifiant la teinte originelle, par la modification même de l’état sous lequel se trouve ce métal; ce sont les bains connus sous le nom d ’hyposulfites vieux , d ’hyposulfites acidulés , d’hyposul fîtes chargés de sels d’argent, Dans la deuxième figurent uniquement des solutions de métaux plus électro-négatifs que l’argent, l’or (1025) presque toujours, quelquefois, mais rarement le platine.
§ 2. Il est parfaitement reconnu aujourd’hui, qu’il faut rejeter d'un travail sérieux la première catégorie de virages : car si ces méthodes procurent aux épreuves une teinte agréable, elles rachètent ce bienfait par un défaut capital, le manque absolu et nécessaire de solidité.
Il faut donc s’attacher seulement à l’étude des solutions diverses d’or et quelquefois de platine (1180) qu’emploient les photographes pour virer les épreuves positives sur papier.
§ 3. Ainsi que pouvait le laisser prévoir la théorie chimique, c’est par une simple opération de substitution que le virage s’opère; une portion d’or se dépose, une portion d'argent se dissout et lui cède la place ; il en est également ainsi lorsque le virage a lieu au moyen de solutions platinifères. Le résultat est le même dans quelque condition qu’on se place; que le papier soit collé ou non, le bain de virage acide, neutre ou alcalin, que le virage ait lieu après fixage ou avant fixage, toujours il se dépose de l'or. Sans doute, des différences notables se présentent suivant les cas, mais nous n’avons pas à tenir compte de ces différences pour l’instant, et nous bornant au fait général, nous disons : dans le virage une portion de l’argent disparaît et est remplacé par de l'or ou du platine.
La portion de métal ainsi déposé est assez régulière ; elle varie un peu, il est vrai, avec l’intensité de l’épreuve, le temps du virage, etc.; mais dans les conditions ordinaires des virages photographiques, elle se manifeste entre le quart et le cinquième de la quantité d’argent que porte l'épreuve. C'est ce que montre l’exemple suivant, provenant de l’analyse d’épreuves photographiques virées au chlorure d’or :
Argent 0sr-118
Or 0 . 028
Il en est de même des épreuves virées au platine, comme le montrent les nombres ci-dessous :
Argent Ogr-062
Platine 0.015
Dans le premier cas, la proportion égale 1/5 environ; dans le second, elle dépasse un peu 1/4 du poids de l’argent.
§ 4. Cette proportion varie un peu suivant différentes causes, et
surtout suivant le temps pendant lequel est prolongé le séjour de l’épreuve dans le bain de virage. Cependant, la substitution de l’or à l’argent ne saurait jamais être complète et l’argent disparaître en entier de l’épreuve. L’opinion contraire a été émise il y a quelques mois par M. Schnauss, d’Iéna, qui prétend à la possibilité d’une substitution absolue; mais cette opinion repose sur une erreur d’analyse; nous avons eu déjà occasion de la combattre et nous devons y revenir aujourd’hui.
L’expérience a été faite sur du papier simplement salé, afin d’écarter toutes causes d’erreur, le virage n’a eu lieu qu’ après un fixage complet, afin que s’il restait de l’argent après virage on ne puisse en attribuer la présence à des causes étrangères, albumine, etc. Les feuilles bien fixées et bien lavées ont été introduites dans le bain d’or, et on y a prolongé leur séjour pendant 30 heures , en renouvelant souvent le bain, dans la crainte que celui-ci venant à s'affaiblir, le virage ne pût plus se produire aussi librement. Ces feuilles fixées à nouveau, pour enlever le chlorure d’argent qu’avait dû engendrer la substitution de l’or et bien lavées, ont donné à l’analyse les nombres suivants :
Argent 08r-025
Or 0.074
Ces nombres sont sans doute fort différents de ceux que l’on obtient dans les conditions ordinaires, l'or y est en quantité bien plus considérable, mais cependant il ne remplace pas tout l’argent. Sur les mêmes épreuves non virées, l’analyse avait indiqué 0sr.l 16 d’argent, l’épreuve virée en renferme encore 0,025, et nous nous trouvons ainsi conduits à conclure quê l’or ne peut enlever tout l’argent, et qu’il reste toujours sur l’épreuve virée environ 1/4 ou 1/5 de ce qu’elle contenait avant le virage.
§ 5. Ce résultat n’a rien de surprenant au point de vue théorique. En effet, l’épreuve peut être considérée, avant d’entrer dans le bain de virage, comme une simple lame d’argent; plongée dans le bain, elle offre à l’action de celui-ci deux surfaces, l’une dans la pâte du papier, l’autre à la surface de celui-ci ; ces deux faces de la lame se dorent, et l’argent se dissout ; mais lorsque la couche d’or a acquis une certaine épaisseur, la partie médiane, placée entre les deux faces, ne peut plus être atteinte et reste indissoute. Cet effet, qui se produit toutes les fois qu’une lame métallique est plongée dans une solution aurifère, qui se produit, par exemple, dans la dorure au trempé, est connu de tous les chimistes.
Dans la dorure, en effet, entre la surface d’or et la surface du métal qui lui sert de support, se forme un véritable alliage; dans le cas actuel, cet alliage est d’argent et d’or, la proportion d’or y est trèsconsidérable (74/25), et les chimistes savent fort bien que les alliages de cette nature ne sont pas sensiblement attaquables par l’acide azotique (1002). C’est précisément pour ne pas tomber dans cet écueil que dans les essais quantitatifs que nous rapporterons, nous avons
toujours fait appel à l'inquartation, c'est-à-dire de ramener l’alliage à des conditions telles, que l’or n’y fût pas en quantité plus considérable que le quart de l’argent.
§ 6. Après avoir ainsi établi que la théorie du virage repose sur une substitution partielle de l’or à l’argent, nous avons dû envisager dans quelles conditions cette substitution a lieu, et si elle se produit dans les proportions qu’exigent les lois des équivalents (632). Ici commence la grande complexité de la question, car les procédés de virage basés sur l’emploi des sels d'or sont nombreux (nous laisserons de côté les virages au platine, très-rarement employés, et qui se comportent, d'ailleurs, comme les virages à l’or), et il est évident que la présence des réactifs ajoutés à l’or peut modifier considérablement les résultats, et par suite influer sur le ton, sur l’intensité, sur les diverses qualités de l’épreuve.
§ 7. Nous diviserons les nombreux procédés de virage proposés jusqu’à ce jour en quatre classes :
i° Virages dits acides , c’est-à-dire dus à l’emploi du chlorure d’or du commerce additionné le plus souvent d’une certaine quantité d’acide chlorhydrique;
2° Virage 'au chlorure d'or neutre, dû à l’emploi des chlorures doubles d’or et de potassium ou de sodium conseillé par M. Fordos;
3° Virage au protoxyde d’or, caractérisé par l’emploi de l’hyposulfite double d’or et de soude, connu des photographes sous le nom de sel G élis.
4° Virages dits alcalins, et dus à l’emploi du chlorure d'or, le plus souvent de chlorures doubles, additionnés de sels à réaction légèrement alcaline, tels que le bicarbonate, l’acétate, le phosphate et le borate de soude. Dans cette catégorie rentrent également les virages où l’on a conseillé l’emploi du chlorure de chaux qui, agissant sur les blancs purs de l'albumine par le chlore qu’il renferme, n'agit au point de vue du virage, que par l’excès de chaux dont il est chargé, et fournit ainsi un bain alcalin.
§ 8. Pour éclairer la véritable nature du virage dans tous ces cas, il a fallu, pour chacun d’eux, évaluer les proportions relatives d’or et d’argent portées par l'épreuve virée, et les comparer à la quantité d’argent renfermée par une épreuve non virée et préparée dans les mêmes conditions. Dans chaque procédé, il a fallu également considérer le cas où le virage avait lieu après fixage, et celui où le virage avait lieu avant fixage, et répéter chaque essai deux fois, en variant les temps de pose, de manière à n’ajouter foi qu’aux résultats concordants.
Ce n’est pas tout encore, et considérant que l'image est, d'après la théorie que nous avons établie, composée tout à la fois d’argent métallique et de matière organico-argentique, sorte de laque obtenue par une combinaison d’albumine, d’argpnt, de gélatine, etc., avec l’argent, et semblable, de tous points, aux véritables laques que forment les tissus avec les matières colorantes, nous avons dû faire pa-