IMAGE LATENTE
posulfite, la plaque ressemblait à un morceau de glace propre, sans aucune espèce de trace d'épreuve, ni vestige d^iodure et de bromure.
Or, sous l'application du développement au fer additionné d'argent, apparut une image distincte.
§ 3. Deuxième expérience. — Une plaque semblable fut sensibilisée et exposée comme tout àTheure. La plaque fut bientôt lavée, et, comme tout à rheure, sans développement, plongée dans une solution acide de pemitrate de mercure d'une force moyenne. Une très-faible solution de nitrate acide de mercure (150, IV) dissout l'image développée et laisse Tiodure et le bromure à peine affectés dans le temps voulu pour dissoudre l'image. Mais avec une solution plus forte et une action plus prolongée, Fiodureet le bromure eux-mêmes disparaissent.
La plaque non développée est donc laissée dans cette très-forte solution jusqu'à ce que soit enlevée la dernière trace d'iodure et de bromure. Elle est alors lavée et le coUo-développement appliqué; -une image distincte sort.
§ 4. Pour réussir cette expérience, il faut prendre quelques soins : la solution mercurielle doit se trouver dans un état convenable, et le lavage doit être complet. On peut réussir encore plus certainement de la manière suivante :
Prenez du pernitrate acide de mercure du commerce et diluez-le de cinq fois son volume d'eau. Ajoutez alors une solution faible de soude caustique (1339 ter), jusqu'à ce qu'il soit complètement neutralisé, ce dont nous nous apercevrons par la production d'un léger précipité qui ne se dissoudra pas. Filtrez et acidulez au moyen de quelques gouttes d'acide nitrique (1002).
Le lavage doit durer au moins une demi-heure sous un robinet. La première affusion d'eau trouble la clarté de la couche transparente par la précipitation de nitrate basique de mercure» mais celui-ci est dissous par un lavage prolongé. Malgré cela, quand même le mercure ne serait pas complètement enlevé, parce que le lavage aurait été trop court, j'ai réussi à développer une image, quoique je ne puisse trop recommander un lavage aussi prolongé que possible, sans lequel l'expérience est beaucoup plus chanceuse.
§5. Il ne faut pas se figurer que l'image ainsi obtenue soit une chose fugace, et qui laisse l'observateur dans le doute s'il voit ou ne voit pas ce qu'il croit remarquer. L'image est d'abord faible, mais elle se renforce régulièrement, la plaque est sujette à se voiler par places, mais non sur toute son étendue. Nous avons développé une de ces images invisibles sur une plaque aussi transparente qu'une glace propre, et nous Tavons amenée à une intensité suffisante pour donner des positifs.
Une partie de cette plaque était voilée, mais dans les autres parties l'image était aussi brillante et aussi belle que dans les meilleurs négatifs faits à la manière ordinaire. Les ombres épaisses sont représentées. par la glace pure, et les lumières fortes aussi épaisses que Ton peut le désu-er. Sans doute on ne réussira pas ceci à toutes les expériences, mais le lait s'est produit, donc la chose est possible.
IHAGE LATBNTR. 55
§ 6. Le point qui demande le premier à être élucidé est celui de savoir si les dissolvants, même les plus puissants, sont incapables de dissoudre le fondement de Timage latente, de connaître exactement ce qu'ils sont capables de dissoudre, et peut-être alors pourrons-nous en conclure quelle est la nature de Timage et ce qui reste là.
Tout ce qu'on sait de rhyposultîte de soude (795), c'est qu'il dissout aisément Tiodure et le bromure d'argent, mais non Targent métallique; quand à son action sur le sous-iodure d'argent, on ne connaît rien. C'est donc cela qu'il faut étudier.
Des morceaux de verre sont recouverts d'argent métallique; non de l'argent pulvérulent déposé par les développateurs photographiques, mais une couche brillante et miroitante, semblable à celle dont on se sert pour l'étamage des miroirs d'optique. Ces morceaux sont mis dans une faible solution alcoolique d'iode (828) jusqu'à ce que la surface de l'argent soit convertie en un sous-iodure foncé.
Ces morceaux sont alors coupés par moitié; une moitié plongée dans une forte solution d'hyposultite, où on les laisse un temps beaucoup plus long, qu'il n'est nécessaire pour les tlxages ordinaires, c'est-à-dire une demiheure ou davantage. Ces parties, bien lavées, sont alors soigneusement comparées avec leurs moitiés respectives et ne montrent aucun changement.
§ 7. Ëvidenunent, si l'hyposulfite eut été capable de dissoudre le sousiodure d'argent, la couche noire eût été enlevée et l'argent brillant fût ap-» paru. Rien de semblable n'apparaît; il faut en conclure nécessairement que le sous-iodure d'argent n'est pas dissous par l'hyposulfite de soude.
Pris en lui-même, ce résultat semble apporter une forte confirmation à la pensée de ceux qui prétendent que l'image latente est produite par la réduction de l'iodure en sous-iodure. Car, dira-t-on, quand une plaque exposée mais non développée est plongée dans l'hyposulfite, l'image latente composée de sous-iodure résiste au dissolvant, tandis que l'iodure est emporté. Or, cette prétention est tout à fait confirmée par les faits qui vont suivre.
§ 8. Une solution acide de pernitrate de mercure est capable, comme nous l'avons vu, de dissoudre l'iodure et le bromure d'argent. Pour s'en assurer de tout point, des morceaux de verre argenté, semblable, à ceux dont nous venons de parler; furent, après avoir été traités par l'iode, plongés précisément dans le même bain de pernitrate de mercure qui avait servi pour les plaques sensibilisées. Je ne puis ici proposer un semblable bain, variant peut-être en force et en acidité, mais enfin, c'était le bain même qui servait aux expériences précédentes.
En peu d'instants, tout disparut de la surface des plaques, argent, iodure et sous-iodure, et le verre demeura tout nettoyé. Cette expérience fut répétée mainte et mainte fois sur des spécimens différents et produisît toujours le même résultat. Rien, donc, n'est plus clair que cela : que ni l'argent, ni l'iodure, ni le sous-iodure ne résistent à l'action de la solution mercurielle. Et cependant, une plaque sensibilisée et exposée peut être mise en contact avec une semblable solution, et l'image latente échappe k son action et conserve la faculté d'être développée!
( X continuer.)