ÉPHSUVES POSmVBS SUR PAPIER PAR L'ANIUHE
{WiLLis, 1865). (Phot,)
§ I. Les premières années qui ont suivi la publication du procédé de M. Fox Talbot ont été remarquables par le grand nombre et Textrême variété des méthodes du même ordre qu'elles ont vues naître. L'annonce fréquente de procédés nouveaux dans lesquels figuraient pour la première fois
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des substances et des manipulations inconnues en photographie, donnait alors au nouvel art un caractère d'intérêt qu1l a perdu depuis, sous le règne monotone des clichés au collodion et des positives sur papier albuminé. Il est vrai que, pour la plus grande partie, ces procédés étaient plus curieux qu'utiles, et qu'ils sont, depuis, tombés en désuétude. Il y en avait cependant qui auraient pu, avec succès, pénétrer dans la pratique, comme celui auquel M. Hunt a donné le nom de chromatypie.
Dans ce procédé, on recouvre le papier d'une couche de bichromate de potasse et de sulfate de cuivre (1368), puis, après exposition à la lumière sous un dessin ou tout autre objet, on immerge ce papier dans une solution de nitrate d'argent (985) et de mercure (150), et on voit alors limage se développer et prendre une belle coloration rouge. Ceux qui ont pratiqué ce procédé savent avec quelle facilité on obtient ainsi des demi-teintes et avec quelle perfection la photographie reproduit, dans ce cas, le dessin sous lequel elle a été exposée. On fait, de cette manière, une positive par une seule opération, de telle sorte qu'il n'est pas nécessaire de tirer d'abord un négatif. Mais, il faut le dire, les objets sont alors représentés par un demi-rouge ou orangé, et si cette coloration convient admirablement pour rendre les sanguines des vieux maîtres, elle ne saurait être admise pour la reproduction de paysages ou de dessins ordinaires.
§ 2. Frappé de la fidélité avec laquelle les chromât ypes (1041) reproduisent les originaux, l'auteur s'était attaché à découvrir un moyen d'en modifier la coloration et de rendre celle-ci noire ou brune, de manière à obtenir des images semblables aux épreuves photographiques [ordinaires, aux gravures, aux dessins, etc.
§ 3. Ses essais les plus anciens étaient restreints au traitement des chromatypes développés à l'argent (112-113) et à la transformation de leur couleur rouge en une couleur noire. Il reconnut que la conversion du cluromate d'argent en chlorure (262), suivie d'une exposition à la lumière, c'est-à-dire le procédé d'abord proposé par M. Hunt, permet d'obtenir une série de colorations qui varient du pourpre au bleu ardoisé. En plongeant répreuve ainsi obtenue dans une solution de sulfure alcalin, on lui communique une teinte brune agréable ; mais c'est en plaçant le chromatype dans une solution de tartrate alcalin (40, Y) neutre que l'on obtient la plus belle coloration. Cette solution blanchit d'abord l'épreuve, mais il suffit de l'exposer ensuite à la lumière pour lui donner un bon ton brun van Dyck.
§ 4. Parmi les méthodes que l'auteur employa alors, une des plus curieuses est celle qui consiste à exposer le chromatype devant le feu, jusqu'à ce que le papier soit presque roussi ; la réduction partielle de l'oxyde de chrome (20, IV) et de l'oxyde d'argent (1030 bis, 214, IV) donne alors une belle teinte noire. A la longue, celte teinte verdit .sans doute par suite de la conversion de l'oxyde d'argent en sulfate (218, 111) et de la mise en liberté de l'oxyde de chrome vert.
§ 5. 11 est très-difficile, lorsqu'on traite les chromatypes de cette manière, de conserver aux blancs leur pureté. Cette difficulté provient de la lénacité avec laquelle le sel d'argent employé au développement reste
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adhérent au papier. Cet inconvénient a finalement décidé Fauteur à abandonner toutes les recherches entreprises sur le développement des dirômatypes au moyen des sels d'argent, et à diriger ses efforts vers la découverte d'une substance capable de développer Tépreuve en couleur foncée, par sa seule application immédiatement après l'action de la lumière. Les meilleurs résultats obtenus dans cette direction ont été dus à l'emploi du tannin sous ses diverses formes, telles que : infusion de sumac, de valonia, de noix de galle (475, 111), de cachou, etc. Ce dernier, notamment, donnait des bruns très-riches, et la catéchine, de belles colorations terre de Sienne. C'est Ihématoxyline, matière colorante du bois de Campêche, qui donnait les plus beaux noirs. Mais, quelle que fût la substance employée, le fond des images restait toujours coloré, et les épreuves étaient sombres par suite de la dissolution du sel de chrome non réduit dans l'infusion colorante.
§ 6. L'auteur en élait la et n'espérait plus de succès quand il lut dans un ouvrage moderne de chimie : « L'acide chromique (289) mis en contact avec les sels d'aniline (85), les transforme en des matières vertes, bleues ou noires, suivant leur degré de concentration. » 11 pensa alors que le chromatype, après Tinsolation, renfermant précisément de Tacide chromique libre ou non combiné en certains points, tandis que dans les jautres il existe uniquement de l'oxyde de chrome, il suffirait de plonger une épreuve de ce genre dans une solution d'un sel d'aniline pour noircir les parties formées d'acide chromique sans toucher aux autres. 11 prépara alors un sel d'aniline, et, en y plongeant un chromatype, il reconnut que celui-ci prenait une belle teinte d'un noir pourpré. Cependant le fond de l'épreuve lui-même était coloré, et l'image paraissait sombre exactement comme si elle avait été développée à l'argent (112-115) et au tannin (1598). Ce défaut peut être évité partiellement en étalant sur la surface du papier la quantité de sel d'aniline précisément nécessaire à la coloration de l'épreuve, évitant ainsi tout excès. Le nitrate d'aniline fut ensuite reconnu comme donnant les meilleurs résultats.
§ 7. Une solution différente dont la formule avait été donnée par Hallein, fut ensuite préparée. Cette solution, formée de chromate de cuivre dissous dans l'acide sulfurique (158), conduisit à d'importantes décou*vertes. On reconnut que les plus grands changements se produisent dans la teinte de l'épreuve, suivant qu'il reste plus ou moins d'acide sulfurique libre à la surface du papier ainsi préparé. Avec un excès d'acide* les épreuves devenaient d'un beau vert, résultat aussi intéressant qu'inattendu, car jusque-là aucun procédé n'avait fourni des épreuves de cette couleur. On fut*alors conduit à penser que l'acide sulfurique libre, existant dans répreuve, ne pourrait être employé à former le sel d'aniline, et qu'on pourrait ainsi éviter de préparer expressément ce sel pour la circonstance ; mais comme l'aniline, à l'état concentré, ne saurait être appliquée sur une épreuve sans l'altérer, des solutions de cet alcaloïde dans la benzine (152)^ l'alcool (68),réther (657), etc., furent préparées, et les épreuves immergées dans les liquides ainsi obtenus. Le résultat fut favorable; le sel d'aniline nécessaire s'était formé, et le développement eut lieu. Pour avoir
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une épreuve complète, il suffit ensuite de suspendre ia feuille de papier, afin de permettre Tévaporation de la benzine et de Taniline en excès.
§ 8. Cependant, en opérant de cette façon, les épreuves étaient encore voilées. L'auteur revint alors à l'emploi du cilrate d'aniline. Une circonstance inattendue vînt modifier complètement sa manière d'opérer. Une épreuve qui avait été rapidement, mais seulement en une de ses parties, recouverte de liquide révélateur, fut placée dans un carton, afin de laisser son développement s'effectuer dans l'obscurité ; mais en la retirant une heure après de ce carton, le développement s'était étendu même sur les parties qui n'avaient pas été mouillées par le révélateur. Une partie de l'aniline (80, V) s'était vaporisée, et était allée se fixer sur les parties non mouillées, de manière à en opérer le développement. Immédiatement, un essai fut entrepris dans le but de développer par la vapeur seule. Dans le fond d'un vase cylindrique, on versa une solution de citrate d'aniline, puis on y suspendit une épreuve chromatype. Au bout de quelques minutes, celle-ci était développée de la façon la plus remarquable. Les blancs étaient clairs et brillants, tandis que l'image elle-même n'était en aucune façon barbouillée. On aurait pu prévoir ce dernier résultat, en réfléchissant que les composés sensibilisateurs n'avaient pas été amenés à l'état de solution.
§ 9. Lorsque les feuilles étaient suspendues horizontalement sur une solution de citrate d'aniline, le développement avait lieu sans voiles; mais, quand elles étaient suspendues sur une solution d'aniline pure, les blancs de l'épreuve chromatye se trouvaient toujours plus ou moins colorés. L'emploi d'une solution d'aniline dans la benzine (152) est encore préférable à celui du citrate d'aniline, parce que cette solution ne contient pas d'eau qui peut nuire, même à l'état de vapeur, à la netteté de l'i* mage.
§ 10. Voici la méthode à suivre pour employer celte solution d'aniline dans la benzine.
Au fond d'une boite ou d'une cuvette, dont les dimensions dépassent un peu celles de la plus grande feuille que l'on compte employer, on dispose deux ou trois doubles de papier buvard : on verse ensuite sur ces feuilles de papier la solution d'aniline^ en laissant tomber celle-ci goutte à goutte, de manière à iormer des lignes ou bandes de deux en deux pouces. La feuiUe que l'on se propose de développer est attachée, au moyen d'épingles, à la partie inférieure d'un couvercle que l'on pose ensuite sur la cuvette, en le faisant reposer sur les côtés de celle-ci. Les vapeurs d'ani*' Une et de benzine s'élèvent alors, et viennent colorer toutes les parties de la feuille qui n'ont pas été réduites par la lumière. D'habitude, on termine, en changeant de place l'épreuve et le papier imbibé d'aniline; c'est-à-dire que l'on dispose la première la face en dessus au fond de la cuvette, tandis que l'on emploie celui-ci à former le couverclci
§ 11. On obtient ainsi une variété fort embarrassante et tout à fait indéterminée de colorations, non pas sur une épreuve donnée, car chaque épreuve se développe toujours avec une remarquable unifonnité, mais d une épreuve à la suivante ; les matériaux, en eflet, et les manipulations
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peuvent se modifier à Tinfîni. Pour produire une différence dans la teinte des épreuves, il suffit des causes en apparence les plus insignifiantes, par exemple, un changement de papier, ou remploi d'une solution sensibilisatrice fraîchement préparée. Le plus grand défaut que présentent ces épreuves est une tendance à se développer en vert, ou à prendre cette teinte après quelques jours de préparation. Pour combattre ce défaut, on entreprit de nouvelles expériences, dans le but de voir quelle influence exercerait sur la coloration définitive des épreuves Tintroduction de divers sels métalliques dans la préparation du papier chromatype. Il fut reconnu que la coloration de Tépreuve dépend beaucoup plus de la quantité d'acide mélangée au sel chromique que de la présence dans le mélange d'une matière étrangère quelconque.
§ 12. Pendant longtemps, la présence d'un sel de cuivre parut nécessaire à Fobtention d'un beau noir, mais on sait aujourd'hui que l'on détient une couleur tout aussi intense lorsqu'on fait usage d'un bichromate alcalin (160) mélangé d'une petite quantité d'acide sulfurique (1580) ou d'acide phosphorique (1146). Cette dernière expérience semble prouver que la coloration dépend de l'intensité ef de la rapidité avec lesquelles l'aniline est oxydée par l'acide chromique (289) ; la quantité d'acide qui se trouve en présence, agit également pour modifier la couleur ainsi produite. Lorsque la quantité d'acide est très-petite, l'épreuve ne se développe pas du tout ; si la quantité est un peu plus forte, elle se développe lentement, en prenant une teinte rouge ; si la quantité est plus considérable, l'épreuve devient noire ; enfin, si elle est encore plus grande, l'épreuve prend une coloration bleue ou verte.
§ 15. D'autres expériences furent faites dans le but de vérifier si quelque substance différente de l'aniline pourrait être employée pour produire un développement semblable. La toluidine, lorsqu'elle est pure, donne une teinte orangée. Les échantillons de ce corps, que l'on rencontre dans le commerce, développent à peu près comme l'aniline ; leur action peut sans doute être attribuée aux proportions de cette base qu'ils renferment à l'état d'impureté. Un grand nombre d'autres bases ont été essayées : toutes ont donné des signes de coloration. Une d'entre elles possède cette propriété à un si haut degré, qu'elle surpasse beaucoup l'aniline, au point de vue de l'intensité 'du noir et du brun qu'elle fournit; ces colorations sont aussi d une plus grande solidité. Le caractère le plus remarquable de cette base, qu'on ne trouve pas encore dans le commerce, est de donner, au contact de l'acide chromique, une matière colorante qui résiste aux réactifs les plus énergiques. Les acides et les alcalis minéraux en altèrent à peine la teinte, et par suite on peut considérer les épreuves qu'elles fournissent comme étant d'une permanence absolue.
§ 14. En résumé, dans ce procédé, la liqueur sensibilisatrice consiste en une solution de bichromate de potasse (100), ou d'ammoniaque (159) chargée d'une petite quantité d'acide sulfurique ou phosphorique. On applicpie cette liqueur, soit en imprégnant le papier au moyen d'une éuonse, soit en appliquant sa surface sur le bain. Une fois sec, le papier
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est exposé à la lumière sous une épreuve photographique positive ou sous un dessin, après quoi on le place dans une atmosphère chargée de vapeur d^aniline. Enfin, la feuille est lavée, soit dans de Teau ordinaire, soit d'abord dans une eau acidulée, puis une deuxième fois dans de Teau ordinaire.
§ 15. D'après Fauteur, cette méthode présente les avantages suivants.
1* Grande simplicité dans les manipulations. — La marche suivie pour préparer les papiers et les exposer à la lumière est In plus simple qu'on puisse imaginer, et le développement ne demande pas plus de soin que s'il s'agissait de placer une épreuve dans un portefeuille. Ce développement fixe en même temps l'épreuve, et si l'on n'est pas gêné par une teinte légère qu'aurait prise le papier, et qui voilerait un peu l'épreuve, tout lavage postérieur est inutile. Cependant, l'épreuve s'améliore lorsque, pendant 10 minutes, on la plonge dans de l'eau ordinaire. Ilya là, cfciles, une grande différence avec les lavages si longs et si laborieux qu'exige la préparation des épreuves à l'argent ; c'est une considération importante, surtout lorsqu'il s'agit d'épreuves de grandes dimensions.
§ 16. 2" Extrême sensibilité à la lumière. Le temps qu'exige l'exposition n*est guère que le tiers de celui qui est nécessaire pour les épreuves à l'argent. Au soleil, une reproduction n'exige que de 2 à iO minutes, suivant l'intensité du dessin primitif; à la lumière diffuse, il ne faut jamais plus d'un quart d'heure à une demi-heure.
§ 17. 3" Extrême bon marché des produits. C'est là un avantage trè«considérable : les produits chimiques nécessaires à la manipulation ne coûtent presque rien, et il est très-facile de se les procurer. On pourra, par ce moyen, obtenir, à des prix modérés, des portraits de grandeur naturelle.
§ 18. Le procédé a aussi des défauts ; le plus saillant est le manque de transparence des images. Les ombres ont, plus ou moins, une apparence mate qui empêche l'apparition de tous les détails. On pourra sans doute écarter cet inconvénient lorsqu'on aura découvert le moyen de maintenir à la surface du papier les produits chimiques qui concourent à la formation de l'image. Malheureusement on ne peut espérer résoudre ce problème au moyen de substances telles que l'albumine, parce qu'il se forme alors,'sous Faction de la lumière, des composés insolubles qu'on ne peut ensuite enlever par le lavage.
§ 19. L'emploi de cette méthode photographique est limité au tirage des positives au moyen des positives. A cause de cela et à cause du grain du papier, elle sera utilisée surtout par les ingénieurs, les architectes et les industriels pour les reproductions de plans. Ceux-ci sont faits généralement sur du papier à calquer, et par conséquent assez transparent pour se prêter à la reproduction.
§ 20. Une autre application facile de cette méthode est la reproduction des dessins d'artistes. On pourra se procurer ainsi des fac-similé de croquis et à bien meilleur marché que par les procédés actuels de gravure. Il en sera de même pour les manuscrits, les documents légaux, les cartes, la musique, etc.
K^ 1. janvier 1866. 2
IMPRESSION l'HOTOCHROMATlQUE SUR TISSUS.
Au point de vue de la photographie ordinaire, on trouvera peut-être là le meilleur moyen pour faire des épreuves agrandies de grandeur naturelle; le grain du papier, si nuisible aux petits sujets, sera, au contraire, un avantage dans ce cas.