I. — PREMIER PROJET DE CET OUVRAGE
Lorsque je commençai ce travail, il devait, dans ma pensée, comprendre une trentaine de pages.
Les jeunes professeurs de mon école de pédagogie musicale m’adressaient sans cesse la même demande : Donnez-nous des titres de morceaux... Que prendre à l’abonnement?... Que devons-nous faire jouer à nos élèves?....
Pour faciliter leur tâche, je résolus d'écrire un petit Répertoire d'œuvres choisies, et je me mis aussitôt à l’ouvrage.
Toutes les belles œuvres de nos Maîtres me repassaient par les mains pour être analysées à un point de vue spécial. Le champ est si vaste qu’à côté des vieux souvenirs scolaires, retrouvés avec amour, je faisais constamment d’heureuses découvertes.
Bientôt les étroites limites que je m’étais fixées reculèrent d’elles-mêmes; mon plan s’élargit;.il me parut regrettable de restreindre à l’usage de mon école seule des recherches qui pouvaient être utiles à tous ceux qui s'occupent de musique.
Bref, l e petit Répertoire projeté est devenu le Répertoire encyclopédique que je présente aujourd’hui au monde musical.
Si j’eusse écouté mes scrupules, jamais sans doute cet ouvrage n’aurait vu le
(1) Le lecteur pourrait certainement, sans aucune explication, s'orienter dans ce Répertoire. Une très courte pratique lui en donnerait la clé. Si, néanmoins, il prend la peine de lire cette Introduction jusqu’au bout, initié d’avance aux combinaisons qui ont présidé à l’ordonnance de ce Répertoire, il en trouvera, dès le premier jour, la manoeuvre aussi aisée que s'il en était lui-même fauteur.
jour. Le souci de ne rien omettre d’important, de donner à chaque auteur et à chaque œuvre la place qui lui est due par son mérite, a troublé bon nombre de mes nuits, et j’ai bien souvent recommencé mon travail pour parfaire maint détail qui ne me satisfaisait pas.
Mais, comme l’a dit Littré à propos de son Dictionnaire « c’est le tout qui est le juge suprême des parties ». Il fallait donc, sans plus m’attarder en chemin, aboutir et terminer. Je pris le parti d’en finir et donnai enfin à l’impression.
J’ai plaisir à évoquer le souvenir du grand homme qui raconte si simplement et avec tant de charme fliistoire d’un travail gigantesque ( , ). L’étroile amitié qui, de tout temps, nous a liées, M ,le Littré et moi, a rendu ma jeunesse témoin de ce prodigieux labeur du Dictionnaire, et c’est dans ce grand exemple que j’ai puisé la force et la patience nécessaires pour poursuivre ma tâche sans défaillance pendant de longues années.
La nature particulière de ce travail exigeait les plus minutieuses recherches; d’autre part je m’étais imposé l’obligation de jouer moi-meme, pour les analyser avec plus de précision, toutes les œuvres que j’indiquais; de sorte que, bien qu’il ne s’agisse ici que de deux petits volumes et de quelques centaines de pages, il ne m’en a pas moins fallu un temps considérable pour mener à bien cet ouvrage, n’y ayant pu consacrer que les heures non de loisir, mais dérobées au professorat et à la direction de mes fondations scolaires.