FOUQUE
élève de Chauvet et d’.
S 9 — l'iviiir/; (Aro*/ce)
œuvres que deux productions : un opéra-comique resté inédit et un chant national aujourd’hui épuisé. Un des anciens disciples de Franck, M. Coquard, voit dans cette longue éclipse une période de recueillement et de méditation où le jeune compositeur cherchait sa voie. Entre temps la vie familiale du maître s’était fixée par un mariage d’inclination avec M,,e Desmousseaux, célébré le 22 février 1848, en pleine révolution, h l’église de Notre-Dame de Lorette où Franck était alors organiste. Nommé maître de chapelle à Sainte-Clotilde, en 1858, il y devint, l’année suivante, titulaire du grand orgue L Comme organiste improvisateur, Franck était, paraît -il, sans rival. La Messe solennelle , la Messe à trois voix , de nombreux motets, les 6 Pièces pour grand orgue dont la grande Pièce symphonique 1 2, etc., furent les productions de cette période qui aboutit à la conception des Béatitudes, considérées par l’auteur comme l’œuvre de sa vie. « C’est au bruit des canons allemands que furent écrites les suaves et sublimes invocations à la pitié, à la justice, à la pai$ 3. » En 1871, Franck se fit naturaliser Français, hommage filial rendu par l’artiste à sa patrie d’adoption à l’une des plus sombres heures de son histoire. En 1872, la chaire d’orgue au Conservatoire se trouva libre par la mort de Benoist. M. Théodore Dubois alla trouver Ambroise Thomas, alors directeur, et lui dit : « Il n’y a qu’un homme vraiment digne d’occuper aujourd’hui ce poste : c’est César Franck. » — « C'est vrai, » répondit Ambroise Thomas, et il- le fit nommer.
Après la guerre, on vit éclore une sorte de renaissance musicale dans notre pays. La Société Nationale de musique est fondée4. De jeunes musiciens de ce temps, Bizet, Lalo, Saint-Saëns, Massenet, y font entendre leurs œuvres. César Franck se joint à eux et prend une part active à ce mouvement. « Il rentra dans la vie musicale comme on revient d’une longue absence, » dit M. Pierre Lalo. Mais la célébrité qui s’attache aujourd’hui à son nom ne fut conquise que pas à pas , à coups de chefs-d’œuvre. « La foule l’ignorait ou le méconnaissait, son art grave et noble ennuyait et rebutait le public. Mais, alors qu’il lui eût été aisé de s’incliner vers la foule et de complaire à ses goûts, rien ne put lui faire écrire une page, une ligne, une mesure qui ne fût l’expression entièrement sincère de son sentiment intérieur... Il ne fut jamais de probité plus vaillante et plus ingénue5.» II connut donc, comme tous les novateurs, l’indifférence, l'injustice, l’hostilité. « Mais il ne faudrait pas croire qu’il ait cruellement soufTert de se voir méconnu. 11 n’eut rien des révoltes d’ün Berlioz pour qui le succès des médiocrités était un supplice sans pareil... Franck était, par le caractère, un homme d’un autre âge. Il pensait que l’homme vaut plus par le cœur que par l’esprit et par le génie môme. Aussi a-t-il été bon avant d'être grand... Aux heures trop rares où il était mis en contact avec le public, Franck ne voyait, n’entendait que sa musique, et si l'œuvre exécutée lui paraissait égale à la vision qu’il en avait eue, il était le plus heureux des hommes. La froideur du public, sans la dédaigner, il ne la soupçonnait pas; et pour peu qu’une demi -douzaine
(1) M. Théodore Dubois, dans un discours ému prononcé à l’inauguration du monument de César Franck (le 12 octobre 1904 ), rappelle qu'en 1858, « encore élève au Conservatoire, il alla, Bans aucune recommandation, Be présenter à Franck qui, après lui avoir fait passer un examen, le choisit séance tenante pour son organiste accompagnateur. » En 1859, M. Théodore Dnbois succéda à Franck comme maître de chapelle, et les relations les plus affectueuses se nouèrent entre les deux artistes, « pleines de bienveillance d’un côté , de déférence et d’admiration de l’autre. »
(2) a Celle-ci est la première en date de toutes les symphonies pour orgue dont s’est enrichie la musique moderne... Cette façon d’écrire la symphonie au moyen des timbres si nombreux et si divers qu’offre l’orgue d’un Cavaillé-Coll , me paraît bien préférable au système qui consiste à lui adjoindre l’orchestre, dit M. V. d’Indy.... Berlioz, génie de la chimie des timbres, signalait déjà la vacuité de cette combinaison lorsqu’il écrivait dans son Traité d' orchestration... « L’orchestre est empereur, l'orgue est pape. Il vaut mieux ne point renouveler en musique la querelle des Investitures...» César Franck.
(3) Julien Tiersot.
(4) La Société Nationale, dont Franck devint plus tard le président, fit connaître ses anciennes œuvres, surtout les trios. Ses nouvelles oeuvres y fureot exécutées' au fur et à mesure qu'il les produisait.
(5) Pierre Lalo, Feuilleton musical du « Temps » (18 octobre 1904).
JFrancii ( Notice ) — SX
d’amis vinssent, après l’audition, lui exprimer leur enthousiasme, il allait jusqu à croire au succès... C’était donc un naïf? Oui, il eut la naïveté des cœurs simples et bons, unie à l’intelligence la plus ferme et la plus haute. Sans celte dualité qui forme un contraste si saisissant, on ne saurait comprendre César Franck *. »
Il acheva ainsi sa vie, toujours créant de nobles œuvres, toujours ignoré et méconnu de, la multitude, toujours inaltérable dans sa droiture et sa sérénité. Lorsqu’il mourut, quelques musiciens furent seuls à s’émouvoir*. Le 8 novembre 1890, dans un coin retiré du cimetière de Montrouge, la dépouille du grand artiste se recouvrait de terre. « Aucune délégation officielle n’accompagna le corps de Franck à sa dernière demeure; seuls les nombreux élèves du maître formèrent une couronne de respectueuse admiration autour du cercueil 1 * 3. »
Le 22 octobre 1904, ce fut l'apothéose de ce maître, l’inauguration de son monument, les discours officiels, la glorification de l’homme et de l’artiste. « ...La mort a racheté les torts de la vie 4. »
Après avoir retracé les grandes lignes de la vie de César Franck , il convient de parler de son enseignement et de ses œuvres. Tous ses anciens élèves s’accordent à le montrer non seulement comme un maître incomparable, mais comme un père plein de dévouement. « En leur enseignant les lois de son art, il leur apprenait à le pratiquer avec amour et dignité, à le servir plutôt qu’à se servir de lui 5. » « Pour enseigner un art avec fruit, il est nécessaire de connaître le métier d’abord, Y art ensuite et enfin l'élève que l’on s’est chargé d’initier à cet art. Franck, philosophe sans le savoir, faisait, presque malgré lui, la psychologie de ses disciples et savait ainsi donner à chacun d’eux la direction et la matière artistique qui convenaient à son tempérament. II excellait à pénétrer dans la pensée de l’élève et à s’en emparer, tout en respectant scrupuleusement les aptitudes de chacun; c'est pourquoi il est remarquable que les musiciens formés à son école, qui, taus, sont pourvus d’une science solide, ont cependant conservé, en leurs productions, un aspect différent et personnel 6 7 8. » « Jamais professeur ne fut moins tyrannique et plus écouté », dit un de ses biographes 7. M. A. Coquard insiste auési sur un trait particulier de son maître : la simplicité avec laquelle il acceptait la critique. « Plus d’une l’ois, dit -il, il nous est arrivé de lui faire • des observations qu’il écoutait avec la plus grande attention, et, quand on l’avait convaincu, il ne craignait pas de se remettre à l’œuvre. Puis, un beau jour, on le voyait revenir l'air radieux, nous disant avec une candeur sans pareille :
« Vous savez, le passage en question? Je l’ai changé, vous allez voir. Je crois que vous serez contents *. »
L’étude de la composition devait, d'après César Franck, être entièrement fondée sur la construction tonale. « Aucun art, en effet, n’a plus de rapport avec la
(1) Arthur Coquard, Élude tur César Franck (nouvelle édition, chez Costallat ). — Les lignes qui précèdent fo nt allusion à nn Festival- Franck, organisé par les amis et les élèves du maitre, qui eut lieu le 30 janvier 1887 au cirque dHiver, tons la direction de Pasdeloup. L’auteur conduisit lui -même des fragments des Béatitude».
M. Louis Diémer exécuta les Variation » symphoniques avec orchestre.
(3) Franck mourut victime d’un accident. Marchant rapidement et distraitement dans la rue, il reçut dans la poitrine le timon d’un omnibus. Les suites de cette blessure mal soignée déterminèrent une pleurésie qui l’emporta en quelques mois.
(3) V. d’Indy, Cétar Franck.
(4) Pierre Lalo, Feuilleton musical du « Temps » ( 18 octobre 1904).
(5) Victor Debay, Le Courrier musical t.l«r décembre 1900).
f6) V. d’Indy. — Dans sa remarquable étude sur César Franck, M. V. d’Indy nomme comme ayant reçu l’enseignement particulier dn maitre MM. Henri Duparc, Arthur Coquard. Albert Cahen, Alexis de Castillon, Vincent d’Indy, Camille Benoit, Augusta Holmès , Ernest Chausson, Pierre de Bréville, Paul de Wailly, Henri Kunkelmann, Louis de Serres, Gaston Vallin, Charles Bordes, Guy Roportz, Guillaume Lekeu ; et parmi les élèves de sa classe d’orgue au Conservatoire : Samuel Rousseau, Gabriel Pierné, Auguste Chapuis, Georges Marty, Dallier , Dutatq , Galeotti, Mahaut, Saint-René Taillandier, Tournemire, Paul Vidal ; et M. d’Indy ajoute : « C’est en grande partie dans l’intention de perpétuer cet enseignement que trois des élèves ou admirateurs du maître regretté. Alexandre Guilmant, Charles Bordes et moi-mème, avons fondé la Schola Cantorum. »
(7) G. Derepas.
(8) A. Coquard, Étude sur César Franck.
84 — F ranch ( Notice )
musique que l'architecture. C’est ce que Franck savait admirablement faire comprendre à ses disciples. Au&i vit -on s'élever tout à coup une nouvelle école française pleine de sève créatrice et d’audace juvénile , experte en l’art symphonique et en la musique de chambre1... » La facilité extraordinaire de Franck lui permit de laisser un œuvre considérable comme compositeur, alors qu'il donnait couramment dix ou douze leçons par jour. « A la façon des grands ancêtres, il aborda tous les genres et s’y montra également supérieur2. » — Musique religieuse : il faut citer surtout la Messe en ré, op. 12, et le Panis Angelicus qui fut adjoint à la Messe et devint rapidement célèbre 3. Des hymnes, des motets, des offertoires et les admirables chorals d'orgue « qui racontent sa foi », dit M. Victor Debay en ajoutant : « Si Sébastien Bach lut le sfiint Paul de la musique religieuse, César Franck en est le saint François d’Assise. » Les trois derniers chorals furent écrits quelques jours avant la mort de l’auteur, qui se traîna à son orgue de Sainte- Clotilde pour en fixer la registration. On doit encore à Franck un recueil, l'Organiste, qui comprend 59 pièces d'harmonium. Il devait y en avoir 100; la mort empêcha l’auteur de les compléter. — Oratorios : « La prédilection du maître pour la forme oratorio, qu'il a cultivée avec tant d’originalité et de bonheur, s’explique par la sincérité absolue de ses sentiments religieux4. » Citons : Ruth (1840), églogue biblique, aujourd’hui âgée de soixante ans, et qui reste une œuvre exquise. Rédemption , poème-symphonie en deux parties et intermède (1871). « J’écrirai cela parce que j'y crois ! » s’écria Franck en acceptant le poème de Rédemption. Aussi, « où trouver des phrases plus poétiques, plus suaves, plus célestes que les mélodies chantées par les anges de Rédemption? César Franck sera surnommé le musicien des anges comme Fra Angelico a mérité d’en être appelé \é peintre5. » Les Béatitudes, pour soli, chœurs et orchestre. « Cette composition n’est pas seulement une des plus vastes qu'on ait écriles depuis Beethoven, disait naguère M. René de Récy, elle me semble l’emporter sur toutes les autres de ce temps -ci. J'en sais peut-être de plus parfaites, je n'en connais aucune inspirée de plus haut et soutenue d’un tel souffle... 6. » « Le chef-d’œuvre le plus profond et le plus vrai de notre temps, dit aujourd'hui M. Romain Rolland. Le plus vrai, car c’est la qualité qui frappe avant tout dans l’œuvre de César Franck : son absolue sincérité. Il n’y a là rien ou presque rien pour l’art. C’est ce qui fait l'émotion unique d'une telle musique : la douleur, la foi, l’espérance n’y sont point « artistiques », mais réelles. On est en présence d'un homme, et non plus d'un artiste. Jamais la foi ne s'est exprimée avec une telle sincérité. Franck est le seul musicien, avec Bach, qui ait réellement vu le Christ et qui le fasse voir7. Rebecca, scène biblique ( 1881 ), « œuvre attrayante et délicate... il en faut détacher surtout le joli chœur des Chameliers qui est d’un accent très original » 8. La Tour de Babel (inédit). — Musique symphonique : Les Éolides, poème symphonique pour orchestre (1877)9 . Le Chasseur maudit , poème symphonique pour orchestre, d'après la célèbre ballade
(1) V. d’Indy.
(2) A. Bruneau, La Musique Française.
N.-B. — Veut -on Bavoir combien la composition a rapporté à César Franck? Jamais un sou. Il dut donner gratuitement à ses éditeurs toute sa musique symphonique, musique de chambre, musique instrumentale et musique religieuse (Renseignement donné par le Monde Musical).
(3) Messe composée en 1860 et exécutée à Sainte-Clotilde le jour de Pâques, en 1878.
(4) Georges Servières.
(5) V. d’Indy. — Cette œuvre subit un assez grand nombre de remaniements successifs. Il y eut une première audition fragmentaire en 1873, au concert spiritnel du Jeudi-Saint, à l’Odéon. Ces concerts fondés à l’Odéonen 1873, par G. Hartmann, et dirigés par M. E. Colonne, furent, on se le rappelle, l’origine de r.dssoctation Artistique.
(6) Revue bleue (1894). Cette «épopée musicale», comme l’appelle M. V. d’Indy, fut commencée vers 1846, reprise en 1869, achevée en 1879 et exécutée intégralement deux fois seulement et après la mort de l’auteur, en 1893 et en 1903, aux Concerts Colonne.
(7) Romain Rolland, Revue Musicale, mars 1903, à propos de l’audition intégrale des Béatitudes, donnée au Châtelet le 1er mars 1903, par M. E. Colonne, pour le 30» anniversaire de la fondation de ses concerts.
(8) A. Pougin, Ménestrel , 29 avril 1906.
(9) Cette œuvre fut exécutée en Ire audition à la Société Nationale. Donnée en 18SJ au Concert Lamourenx, elle fut sifflée. Le succès ne vint qu’en 1894 , après la mort de l’auteur.
JFVffttc*/.* ( Notice ) — SS
de Biirger (1384). Les Djinns , pour piano et orchestre (1885), d’après l'orientale de Victor Hugo. (Première audition au Concert Colonne, avec notre grand virtuose Louis Diémer au piano.) Les Variations symphoniques, pour piano et orchestre (1886) (exécutées également en première audition par L. Diémer à la Société Nationale). Psyché , symphonie à programme (1888), « dont la deuxième partie, la scène d'amour, est une des merveilles de l’art symphonique moderne1.» Symphonie en ré mineur , donnée en première audition au Concert du Conservatoire, le 17 février 1889, « une des plus remarquables productions symphoniques de la musique française contemporaine*. » — Musique de chambre : 4 trios, op. 1 et 2 (1840-41). Dès cette première œuvre, l’auteur, âgé de seize ans, s'inspirant de la troisième manière de Beethoven, chercha à introduire dans la musique de chambre une unité de pensée reliant les divers mouvements au moyen d’une idée-mère , c’est-à-dire d’un thème générateur. « Franck sut créer ce que nous nommons maintenant le style cyclique , dit M. Vincent d Indy. ...Trouvaille aussi importante dans l'ordre symphonique que le fut le style wagnérien dans les manifestations dramatiques a. » Le Quintette en fa mineur, pour piano et co'rdes (1880); la Sonate en la, piano et violon (1886), et le Quatuor pour cordes, en ré (1890), dernières compositions de Franck, aujourd'hui universellement admirées, résument et réalisent complètement l’idéal du maître dans la musique de chambre4. — Musique dramatique : Le Valet de Ferme (1851-52, opéra-comique inédit), et deux drames lyriques posthumes : llulda (1885) et Ghisèle (1889), représentés tous deux à Monte-Carlo en 1894 et 1896». — Musique vocale : Des chœurs pour voix d’hommes et pour voix d’enfants, dont un Cantique de Racine et une Vierge à la Crèche , ainsi qu'un grand nombre de mélodies. Il faut tirer hors de pair une des dernières : La Procession , page émouvante écrite en 1888, et l’une des toutes premières : L’Ange et l'Enfant , composée en 1846. « Dans cette suave inspiration, Franck entrevoyait pour la première fois ces « Anges » qu'il devait plus tard faire chanter avec tant de bonheur6. » Musique de piano : Après avoir écrit dans sa jeunesse des morceaux de piano dans \e goût de l'époque, et auxquels, plus tard, il n’attachait aucune importance 7, Franck, dans sa maturité, produisit pour le piano des pages splendides, notamment : Prélude , Choral et Fugue (1884), que l'on peut comparer aux plus belles œuvres de Bach 8 (Voir au tableau des œuvres de piano).
(1) Arthur Coquard. Donnée d’abord à la Société Nationale , Psyché fut exécutée en 2» audition au Concert Colonne, en 1890.
(21 Julien Tiersot (Ménestrel, 23 octobre 1904).
(3) « Beethoven , dans ses dernières œuvres , modifia la forme tonale par l’association au plan architectural de la sonate de deux autres formes qui, jusqu’alors, en avaient été essentiellement séparées. L’une, la fugue..., 1 autre, la grande variation, qui n’a rien de commun avec le thème varié... De là partit un système de structure tout nouveau, mais cependant basé solidement sur l'antique tradition. (Voir les sonates op. 106 et 110 et les quatuors op. 127, 131 et 132.) » V. dlndy, César Franck.
N.-B. — Mais les derniers quatuors de Beethoven étaient loin d’être compris au moment où Franck commençait à composer, témoin ces ligues publiées en 1856 et signées de Scudo, un des critiques les plus autorisés de ce temps : « Les derniers quatuors de Beethoven, source troublée où sont allés puiser tous les mauvais musiciens qui ont voulu se partager l’empire d’Alexandre : mais les Richard Wagner, les Liszt, les Berlioz et môme Schumann, qui est un altiste de vrai mérite, ne bâtissent que sur le sable, et seront la fable de l’avenir , comme 11b le sont de 4a génération présente. »( îl! ) #
(4) Franck eut la joie de voir le succès de cette dernière œuvre, dont la De audition eut lieu à la Société Nationale le 19 avril 1690. M. A. Coquard en raconte ainsi les péripéties : « Dès le début, le public était conquis ;... bientôt ce fut de l’enthousiasme, nu vrai délire, et l’auteur dut se montrer sur l’estrade. Le moins étonné ne fut certes pas Franck , qui , au lendemain de ce triomphe , disait avec sa bonhomie charmante : « Allons I allons ! le public commence à venir à moi. »
(6) llulda fut commencée en 1679 et terminée en 1885. « Le musicien, sans s’asservir aux formes anciennes de l’opéra, ne s’en écarte pas sensiblement, » dit M. Georges Servières. L’orchestration de Ghislle fut terminée par cinq des anciens disciples de Franck : Chausson, d’Indy, de Bréville, Samuel Rousseau et Coquard.
(6) Arthur Coquard.
(7) Op. 3. Églogue ; op. 4. Dno à 4 ms sur God sare the King; op. 5. grand Caprice ; op. 7. Souvenir d Aixla-Chapelle ; op. 9. Ballade. Deux de ces pièces, Y Églogue et la Ballade ( 1842 et 1844), présentaient, parait -il, une grande recherche de nouvelles formes instrumentales. Elles sont introuvables aujourd'hui.
(8) Aveo l'assentiment de la veuve et du fils du compositeur , ce morceau a été orchestré par M. Gabriel Pierné, et fut exécuté fous cette nouvelle forme, en 1rs audition, le 27 décembre 1904, au Concert Colonne.
S 6 — FfvmrA* (Notice)
De 1 ensemble de l’œuvre de Franck, il convient de dégager les caractères essentiels qui constituent la personnalité du compositeur. Citons l’appréciation des juges les plus autorisés. « La langue de César Franck est rigoureusement individuelle, d’un timbre et d’un accent jusque-là inusités. La frappe harmonique, le contour de sa mélodie, la distinguent de toute autre aussi nettement qu’une phrase de Wagner ou de Chopin L » « La qualité maîtresse de César Franck, celle « qui se retrouve partout, dans les pages les plus simples, aussi bien que dans les compositions les plus vastes : c’est l’originalité harmonique. Il est hors de doute que César Franck a manié le contrepoint comme personne, qu’il a jeté dans le monde musical une incroyable quantité d'harmonies nouvelles, se présentant sous les formes les plus imprévues et constituant un riche trésor où puisera 1 avenir pendant de longues années*. » « Ces harmonies sont constituées par un mélange du chromatisme moderne plutôt harmonique que mélodique, avec un diatonisme tout classique, et, ce qui en fait le trait original, la pratique des anciens modes. D’aucuns avaient déjà employé ces ressources diverses , mais toujours de façon distincte et pour ainsi dire exclusive les unes des autres. Franck, avec son génie de combinaison, les a fondues ensemble et en a constitué la langue qui reste sienne1 2 3. » « Ses idées, ses harmonies, ses modulations sont prodigieusement imprévues, audacieuses et n’appartiennent qu’à lui. Cependant , pour édifier son œuvre, il n’a eu besoin de rien démolir, et il s’est élevé d’autant plus qu’il a bâti plus solidement sur les fortes assises qu’il a trouvées. Il a élargi la symphonie et la musique de chambre, non pas en en brisant les formes , mais en leur apportant l’indépendance et la jeunesse. Déjà sont « classiques », malgré les doutes et les protestations du début, sa sonate, son quatuor, son quintette et sa symphonie4. » « Franck fut tout le contraire d’un renaissant. Bien loin de regarder la forme comme une fin , ainsi que le firent la plupart des peintres et architectes de la Renaissance, Franck ne considéra jamais cette manifestation de l’œuvre qu’on appelle forme que comme la partie corporelle de « l'être, œuvre d'art », destinée à servir d'enveloppe apparente à l'idée qu’il nommait lui-même «l’âme de la musique », et nous verrons, en effet, dans ses œuvres , la forme se modifier selon la nature de Vidée, tout en restant fermement fondée sur les grandes assises qui constituent la tradition naturelle de tout art. Si, par la pureté et la lumière dans l’invention, César Franck peut être rattaché aux primitifs italiens de la belle époque qui précéda le xvie siècle, et si son origine wallonne peut expliquer la facilité de son intelligence à embrasser sans efforts les combinaisons les plus compliquées, il est et il restera éminemment français par l’esprit d’ordre, .de style et de pondération qui règne dans son œuvre entier5. » Enfin M. Vincent d’Indy synthétise ainsi le génie de son ancien maître : « Noblesse et valeur expressive de la phrase mélodique; originalité de l’agrégation harmonique; solide eurythmie de l’architecture musicale. »
« Le musicien, qui a conscience de son rôle de créateur, doit savoir attendre que le public s’élève jusqu’à lui, dit M. Guy Roparlz. Un seul désir est légitime pour le compositeur : l'exécution de son œuvre telle qu’elle fut écrite. Qu'importe, par ailleurs, que l’œuvre soit comprise et appréciée de la foule, un peu plus tard, un peu plus tôt! » Franck a attendu sans compromissions. Mais il n’eut pas la joie d’entendre intégralement ses œuvres, pas même Les Béatitudes , son œuvre préférée. C’est là le côté profondément triste d'une justice trop tardive. « Franck nous apparaît comme la résurrection de ces vieux maîtres de l’Allemagne aux xvne et xvine siècles, qui produisaient pour le seul bonheur de
(1) Paul Dukas , Chronique de» Arts, 1904, no 33.
(2) Arthur Coquard, Étude sur César Franck (Costallat).
13) Julien Tiersot, Étude sur César Franck ( Le Ménestrel , 23 octobre 1904).
(4) Alfred Bruneau, La Musique Française (Rapport à l’Exposition Universelle de 1900) (Musiques d’ Hier et de Demain).
(5) V. d’Indy. César Franck (Alcan, 1906).
Fr fi »• ois (Notice) — S 7
travailler, et accumulaient œuvres sur œuvres sans se soucier d’en tirer profit, ni même de les faire connaître1. « « ... Il composait parfois à la seule gloire de Dieu... Vénéré par ses élèves qui lui avaient voué des sentiments d affection et de reconnaissance touchants, il a formé toute une génération de musiciens dont plusieurs sont devenus des maîtres; il a laissé des œuvres qui marqueront dans l’histoire de la musique. César Franck ne doit pas être plaint, il a eu la destinee que lui-même aurait choisie 2. »
/wnvjiKK nnrafNAT.FS - - - -
U B Voir le catalogue complet des œuvres de Franck ( publiées , épuisées
et inédites') dans le livre de M. Y. d’Indy : César Franck ( Alcan 1906). Tout ce qui intéresse le piano est signalé dans le tableau ci - dessous.
. Lemoine
. . Édit. Mut.
. Enoch
n AMCT T.rWTP fn min 9^ .
DJINNS (LES) avec orches., réd. pr 2e piano {GD— 38
. Schott
PL AI IN I Lb JJ U IN -ti ruurijij .
Morceau composé vers 1865, pour une de Bes élèves, Mlle Gabrielle Oeschger.
PRÉLUDE, ARIA ET FINAL ;D et GD— 2G1» .
Il AM ELLE
. Litolff
Œuvre exécutée en 1rs audition à la Société Nationale par M®* Bordes-Pène, le 12 mAi 1888.