‹ Répertoire général de bio-bibliographie bretonneChapitre 23 sur 33 · Id. dans l'Univers illustré du 16 janvier · texte numérisé non relu

Id. dans l'Univers illustré du 16 janvier

8. — Le général Boulanger, — notice signée : « Commandai Entz : pour copie conforme, Pierre et Paul »; — Paris, Schilla s. d. (février 1886) gr. in-8°, 6 p. et portrait dit grosse-lôl par Demare.

C'est le n° 229 de la série des Hommes d'aujourd'hui, et je trouve à son propos l'article suivant, signé Régis, dans le Figaro du 6 février 1886 : (Article publié au moment de l'affaire dite des régiments de cavalerie suspects de noblesse : voy. ci-dessous au second chapitre).

« Nous avons sous les yeux une petite publication, qui a donné une biographie du général Boulanger. Cette page d'histoire est signée : Commandant Entz, et contresignée : Pierre et Paul, Quel est ce mystère ? Nous y lisons ceci : il s'agit de la décision de la Commission de la révision des grades qui fit rétrograder M. Boulanger^ nommé colonel provisoire, au grade de lieutenantcolonel :

« S'appuyant sur cet expédient inique que les grades conférés par le gouvernement de la Défense nationale ne pouvaient être que des grades provisoires, elle replaça le colonel Boulanger comme lieutenant-colonel au 109® d'infanterie ; — les balles et les blessures reçues n'étaient cependant ni des balles ni des blessures provisoires. — Nous sommes convaincus que si le jeune colonel avait eu un nom orné de la moindre particule nobiliaire^ ses actions d'éclat et ses blessures auraient trouvé grâce devant cette commission que la vindicte publique a fait passer à la postérité en la décorant ironiquement du titre de Commission des marquis. Un avancement aussi rapide, quelque justifié H mérité qu'il puisse être, ne pouvait être le partage d'un roturier. »

« A la bonne heure, le commandant Entz connaît son héros ; il a fouillé son âme et lui a arraché son secret -, il montre la blessure et on croirait entendre la victime elle-même exhaler sa rancune. Ah ! il n'aime pas la noblesse ! le général Boulanger. Et les marquis lui paieront le déboire que lui a fait éprouver cette commission nécessaire, dont l'œuvre peut, comme toutes les œuvres humaines, n'avoir pas été exempte de quelques erreurs, mais dont les jugements ont, pour la plus grande partie, été marqués au sceau d'une parfaite équité, — cettft Commission, que la vindicte des désappointés a, paraît-il, nous l'ignorions, haineusement baptisée du nom de Commission des marquis.

« Il nous semble cependant, si nous avons bonne mémoire, que cette haine, si fièremeat affichée du ministre de la guerre pour tout ce qui porte un titre ou une particule, a eu des intermittences. Lorsque le général Boulanger était colonel du 133* d'infanterie à Bourg,il se trouvait sous les ordres du duc d'Aumale, alors commandant le 7* corps d'armée. Celui-ci faisait grand cas de ses services et le cotait même très avantageusement. Dans ce temps-là, — quantum mutalus ab illol — ce farouche égalitaire, ce républicain en bronze, d'une sfîule coulée, donnait à son chef du « Moriseigneur » à l'en fatiguer, môme dans les relations de service.

< Aujourd'hui, s'il arrivait au général Boulanger de retomber dans ce péché de jeunesse, il devrait logiquement se mettre luimême en non-activité, ou, tout au moins, s'imposer un changement de garnison. . . Régis ».

9. — Le général Boulanger. — S. 1. {Paris, impr. Clavel). En vente chez tous les libraires (juillet) 1886, in-8'*, 8 p., avec portrait en buste, en tête de la première page. 2 vignettes dans le texte, et une couverture illustrée repn''3entant le grnéral à cheval

et saluant. Au clos : a Revue du 14 juillet 1886. Défilé desti (lu Tonkin devant le général Boulanger. »

Cette brochure anonyme fit un bruit du diable. Le Figaro taqua le premier, le 15 août, par un article signé : F. M. bous' litre « Le général Boulanger illustré ». Ei voici quelques liga(

€ ... Nous serions assez curieux de savoir ce que M. de FrtJ cinet pense de la petite brochure à images dont nous avons hier et qui se vend à profusion sur le boulevard, comme autrêfioi les publications pornographiques.

€ Le portrait du général à cheval saluant un public imagini la chromo-lithographie qui représente le défilé des troupes Tonkin devant le général Boulanger seul, un autre dessin qui montre blessé, porté par des sapeurs et entraînant ses soldats i l'attaque (la chose se passe, parait-il, à Ghampigny), tout cela peut être fait que dans un dessein de propagande, dont le bï reste sans doute incertain, mais qui ne saurait plus être nié.

« Aucun des ministres de la guerre n'a eu jusqu'ici le mauve goût de faire crier sa biographie et de faire vendre son poi sur les boulevards. On a accusé M. le comte de Paris et M. le d'Aumale de conspiration ; mais ils n'ont jamais rien osé de si hard de si contraire à l'esprit de retenue et de solidarité que l'armée d( conserver comme un dépôt sacré.... »

On s'amusa surtout du portrait écrit :

0 L'œil bleu est vif et clair, le nez d'un dessin très pur, surmont une forte moustache blonde qui vient rejoindre une barbe cachant une bouche qui sourit rarement. . . » — Ah î si, général, vous devez^ sourire en nous voyant si naïfs. Est-ce tout? Non! — c Le front très large est entouré de cheveuv châtain cla'.r. L'ensemble est correct et d'une superbe allure militaire. »

« Evidemment, disait F. M., depuis le fer Bravais et la loterie des Arts décoratifs, on n'a rien tenté de plus curieux comme elfort de publicité. On peut sourire, mais le coup est porté et l'on est obligé de penser à ce général extraordinaire qui n'a aucun fait darmes exceptionnel à son actif, qui nie courageusement l'existence des lettres écrites par lui, mais dont le nez est d'un dessin si pur et qui nous promet « l'ordre dans la liberté » comme tous les candidats présents, passés et futurs à une dictature d'occasion. . . »

L'article signé F. M. a été reproduit en entier dans le recuea de Georges Grison, cité ci-dessous, p. 175 à 178. — Il faut lui joindre celui de M. Joseph Reinach, daté du 16 août, qui a été puh\ié'ûa.ns.\Gi République françaisr sons le titre < Cai)otinage », puis recueilli dans son livre « La Foire du Boulangisme, p. 18 à 24.

Or, le Petit Caporal prétendit que M. Reinach était l'auteur de cette biographie. — D'autre part, la République française^ dont M. Reinach était directeur, protesta contre cette allégation et demanda instamment que l'auteur se fit connaître. — Le journal Paris ayant fait, le 18 août, le rapprochement do ces deux assertions contraires en disant que la remarque en avait été faite parle général lui-mAme, l'^^^nce //ara* communiqua, le 18 août, à toute la presse, une déclaration alfirmant que le Ministre de la guerre n'avait adressé de note à ce sujet à aucun journal. — Encore un mensonge de plus, écrivait Paris le 19 t la note que nous avons

publiée et commentée, a été, en effet, dictée hier, vers midi, aux reporters envoyés dans les bureaux du ministre. . . »

Le journal la France ota les voiles le 23 août, et remarqua que la biograpliie Glavel n'était que la mise au point d'une biographie publiée le l^' octobre 1881 dans le Paris-Journal, au moment où le général partait pour les Etats-Unis ; et afin de mieux prouver son dire, il reproduisait sur deux colonnes les textes de 1881 et de 1886.

La République française observa de plus, le 24, qu'une édition en avait été laite en 1884, pour être répandue en Tunisie.

Ce qu'il y a de sur, c'est que le 16 août, le général Boulanger envoyait défense par huissier à l'éditeur Glavel, de continuer sa publication, attendu « qu'elle était faite et mise en vente sans autorisation aucune et sans l'assentiment du requérant >» (Recueil Grison, p. 182) -, et qu'il écrivit le 8 février 1887 une lettre officielle au préfet de police pour lui demander de faire cesser la vente (voy. le réquisitoire' de M. Quesnay de Beaurepaire pour le procès devant la Haute Cour).

Glavel se défendit et constitua avoué prétendant que la sommation était illégale : mais il n'avait pas à ee plaindre, car 125 000 exemplaires avaient été vendus à 2 sous, et on continua à en vendre à 10 sous en cachette. Le réquisitoire de M. Quesnay de Beaurepaire affirme que la saisie avait été concertée entre l'éditeur et le capitaine Driant, officier d'ordonnance du général et son futur gendre, pour donner le change à l'opinion.

L'auteur, Pech de Cadel, réalisa aussi un fort joli bénéfice. Le réquisitoire de M. Quesnay de Beaurepaire fait une biographie complète de ce biographe. On y Ut en particulier :

« Lorsque Boulanger commença à faire parler de lui, Pech publia dans le Paris-Journal une biographie qui parut ensuite en bi ochure, avec portrait et illustrations. Le mois suivant, il en fit publier une autre, et ensuite une troisième. Il est également l'auteur d'une brochure intitulée : « La vérité sur le général^outo/î^'^r.»

« Dans toutes ses publications, Pech ne visait que la question dtî gain, et le programme du général qu'il avait créé en 1888. Nous avons tous ces renseignements sur Pech de Gadel, et à mon parquet j'en ai trouvé un autre, qui a été mis dans le dossier : c'est un renseignement qui émane de Pech lui-môme : l'année dernière, • Pech a porté plainte en escroquerie et abus de confiance contre Boulanger, qui ne voulait pas lui remettre la totahté des émoluments qu'il lui avait jadis promis pour ses droits et frais de courtage.

« Et trois jours après avoir déposé cette plainte à mon parquet, M. Pech de Gadel m'envoya ou envoya à mon prédécesseur une lettre de désistement en annonçant que, avis ayant été donné par lui da la plainte qu'il avait portée, il avait reçu satisfaction pécuniaire dans l'intervalle... »

Et voy. le Pilori du. 22 et la Lanterne d'Arlequin du 29.

10. — Notice avec portrait dans le Monde illustré du 24 juillet 1886.

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