Extrait de l'ordre du jour de La
garde nationale, portant <iue, d'après les
ordres du ministre de la guerre, il partira au premier jour, pour Mois, un convoi de deux pièces de 4, deux caissons, 200 fusils réparas, 400 à réparer et 1,000 cartouches d'infanterie, accordés au département de Loir-et-Cher et conduits par les chevaux d'artillerie de la compagnie Winter.
Le Commandant général (Uanriot) ordonne aux réserves des sections de faire de fréquentes patrouilles, pour empêcher les tentatives des ennemis qui voudraient allumer la guerre civile. Ces patrouilles circuleront autour de l'Arsenal, du ci-devant Palais-Bourbon, des caisses et établissements publics et des prisons, elles ne quitteront le service qu'au jour. Le Commandant général invile ses camarades, les commandants des sections, à veiller à ces objets plus que jamais.
D'après les rapports de la force armée, deux particuliers ont été arrêtés à 2 heures du matin, emportant 17 pains, ils ont été conduits chez le commissaire de la section de Popincourt, qui a confisqué les pains au profit des pauvres du bureau de secours.
19 juin 1793.
Extrait non signé, A. JV., AEIV 1470.
70.'». — Rapport de l'observateur Dutard à Garât, ministre de l'intérieur, lui rendant compte d'une conversation qu'il avait tenue, la veille, dans l'après-midi, au café de Chartres, où il avait rencontré des gens comme il faut, grands discoureurs, plus ou moins bons raisonneurs, qui parlaient avec un certain dédain des gens de la campagne, nos paysans, qui devaient èlre bien fanatisés pour se battre avec autant de courage ; ce langage scandalisa fortement Dutard, qui répliqua que, si c'est par le courage que se reconnaissent
les fanatiques, il s'en trouvera très peu parmi les gens comme il faut, qui en général sont très lâches. Du Palais-Royal Dutard se rendit à la place ci-devant LouisXV, oit il put constater que les yens comme il faut sont de bien tristes personnages, ils accouraient à toutes jambes, munis do lorgnettes, de crainte de manquer le spectacle de la scène tragique qui allait se passer, etn'auraienl pour rien au mondequitté leur place. Dutard, moulé sur une charrette à S sols la place, vit, vers 3 heures, arriver le fatal cortège, où se trouvaient douze malheureux, notamment une mère de famille respectable, 2 demoiselles, l'une de 25 ans, l'autre de l'ô ans, plusieurs hommes de la meilleure société; malgré l'impression cruelle qu'il ressentit, Dutard tint à assister jusqu'au bout à ce spectacle déchirant, il montre la gendarmerie s'avançant l'œil morne, le peuple ne disant rien, mais regardant attentivement l'attitude et les gestes de tous ces malheureux que l'on a fait descendre, bientôt l'on en a fait monter un qui s'est retourné pour saluer le peuple, puis trois ou 4 hommes ont précédé les femmes, en 10 minutes tout a été fini, il a été frappé de la résignation de ces infortunés. Du côté des spectateurs, il a cru voir beaucoup d'in différence et de la curiosité, mêlée de pitié. Les gens comme il faut, en se retirant, péroraient longuement; les gens du peuple, surtout les femmes, faisaient des remarques, elles disaient, en parlant de la grande demoiselle : « Ah! comme elle avait une belle peau, comme elle avait les cuisses blanches », parce que son jupon s'était accroché, lorsqu'on l'avait jelée sur le monceau ensanglanté.
Dans le sentiment de Dutard, ces exécutions-là, en politique, produisent les plus grands effets et calment les ressentiments du peuple pour les maux qu'il éprouve, c'est ainsi que s'exerce sa vengeance; l'épouse qui a perdu son mari, le père qui a perdu son fils, le marchand qui n'a plus de commerce, ou qui paye tout si cher que son commerce se réduit presque à rien, se consolent de leurs maux à la vue d'hommes plus malheureux qu'eux; mais les Jacobins se garderont bien de
pousser les choses trop loin en ce qui concerne les 32, pan e qu'ils auraient à redouter qu'il ne prit fantaisie au peuple, alléché par ces grands exemples, de les guillotiner à leur tour.
L'assemblée de la section de Dutard était fixée à 4 heures, mais les gens comme il faut trouvèrent à propos de ne s'y rendre qu'à sept heures, le scrutin fut fermé à 9 heures, il y eut plus de 100 relui dataires, toujours des modérés, et qui, à (i heures, n'étaient même pas fixés sur celui qui aurait leurs suffrages. Sur 300 volants, M. Julio, chef de légion, a obtenu 191 voix, M. Raffet, 131, et Hanriot, 31; il est à remarquer que la section de Honne- .Nouvelle avait envoyé une députation pour inviter la section du Contrat-Social à ne pas nommer M. Raffet.
Dutard rapporte avoir monté la garde, la nuit précédente, en compagnie de gens fort distingués, qui ont dormi à merveille sur le lit de camp, au point que, de toute la nuit, il n'a pu avoir une place; il ajoute qu'en patrouille ils ont arrêté 2 volontaires, qui s'en allaient à Rueil et qui ont prétendu devoir partir le matin même pour la Vendée, paraissant réfractaires et insubordonnés ; ils en ont rencontré 3 autres qui venaient de Vendée, gens très décidés, qui ont déclaré s'en aller à Reims pour la formation d'autres bataillons.
Dutard fait part de l'impression que lui a fait éprouver une conversation suivie avec M- Julio, qui lui a paru un très honnête homme, mais nullement propre à occuper le poste de Commandant général, d'abord il n'est pas militaire et n'a jamais servi, de plus, n'a pas assez de moyens du côté de l'espril et de la dissimulation. M. Julio espérait, lui avait-il dit, que les Guirault et c" ne feraient plus la loi etque l'on parviendrait à chasser tous ces intrigants-là, et, à propos de l'affaire du 31, il a déclaré à Hanriot, en présence de plus de 40 personnes, que celui-ci avait failli nous faire égorger fous. Dans la section du Contrat-Social, ajouta Julio, un tiers de ceux qui sont à même de défendre la section sont à la campagne, un autre tiers se cache et le dernier tiers n'ose rien faire.
Dutard, la veille au soir, s'étant rendu
à la Commune, y vit Chaumette et Hébert, qui lui parurent soucieux et abattus plus qu'à l'ordinaire; on y procédait à la délivrance des certificats de civisme, tous les candidats, se trouvant sous l'inspection de Clavière, étaientajournés à 3 jours, jusqu'à ce que Destournelles eût fourni des renseignements sur leur compte; Chaumette fit observer que parmi les candidats se trouvaient beaucoup de domestiques des ex nobles, mais comme le Conseil général s'est aperçu que ce serait attaquer à peu près un tiers de Paris, surtout les factieux, plusieurs membres se sont élevés contre l'observation de Chaumette.
19 juin 1793.
Original non signé, A . N. , Flc III, Seine, 27. Ed. Ai). Schmidt, Tableaux de la Révolution française, t. II, p. 75.
70G. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, par lequel le Commandant général (Hanriot) témoigne à ses frères d'armes sa satisfaction de leur exactitude dans le service, et surtout de celle des patrouilles, et les engage à continuer cette même surveillance active, très nécessaire dans ce moment-ci. Il invite de nouveau ses frères d'armes à ne point faire battre la caisse après la retraite, à moins que ce ne soit par ordre des autorités constituées, pas même à la Convention, dans les Tuileries, lorsque la séance se prolonge passé 10 heures, afin de ne pas alarmer et troubler le repos public. Il renouvelle aussi l'ordre aux commandants des postes et patrouilles d'arrêter tous les militaires des différents corps, à la solde de la République, qui circulent dans Paris, et de les faire conduire rue Meslay, hôtel de la Gendarmerie, où leurs titres seront vérifiés.
20 juin 1793.
Extrait, signé de Clément, secrétaire de l'Etat-major, A. A'., AF'v 1470.
707. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, par lequel le Commandant général (Hanriot) déclare avoir vu avec plaisir, celte nuit, ses camarades d'armes faire le service avec exactitude, il faut continuer, dit-il, jusqu'à ce que les manœuvres des intrigants, des traîtres et
des conspirateurs soient déjouées, avec l'union, l'on évitera toute effusion de sang.
Les patrouilles se rendront toujours de même près le magasin à poudre de l'Arsenal, et le général lui-même se joindra à ses frères d'armes pour y faire le service en personne.
Les rapports de la force armée ne signalent que quelques arrestations de soldats et de gens sans cartes.
2 1 juin 1793.
Extrait non signe, .A. IV., AFIV 1470.
708. — Rapport de l'observateur Dutard à Garât, ministre de l'intérieur, commençant par déchirer que l'historique de Paris ne présente rien de remarquable depuis la veille, puis, faisant connaître d'une façon sommaire les principaux placards et affiches qu'il a aperçus dans Paris depuis plusieurs jours : 1° l'afliche de l'interrogatoire de M. d'Orléans et de son fils, rectifié et rendant M. d'Egalité net et blanc comme neige; 2° une lettre ou adresse du maire Paehe aux départements qui voudraient marcher contre Paris, dans laquelle il justifie l'insurrection du 31, et y dit tout ce que le factieux le plus enragé pourrait dire, mais, en même temps, y expose les vrais principes de la Révolution, elle est très bien faite, nefas propter fas'; 3° une adresse des canonniers de Paris à la Convention, et une adresse des mêmes canonniers aux 48 sections, dans laquelle ils déclarent guerre ouverte aux aristocrates et aux anarchistes; ils se plaignent aussi de ce que la section de la Réunion es a calomniés, ils y étaient allés demander l'examen de l'affaire du citoyen Caecile, commandant des canonniers, mis en état d'arrestation par le Comité révolutionnaire de cette section, mais la section a prétendu qu'ils y étaient allés pour forcer ses délibérations; 4° un placard ayant pour titre : Un ami de lu Liberté aux Parisiens, dans lequel l'auteur les invite à demander le rappel des32, attendu que la fermentation, qui agite les déparlements, tire sa source de celte dissolution de la. représentation nationale; d'après Dutard, ce placard ne peut produire aucun effet, attendu que les mécontents commencent par être modé-
rés, puis aristocrates et presque en même temps contre-révolutionnaires, de sorte que ce n'est plus l'intégrité de la Convention que celle partie du peuple demande, mais bien un roi et le retour à l'ancien régime; aussi leur proposer de demander le rappel des 32, ce serait presque soumettre à leur avis, si la représentation nationale doit encore exister. Dans le cas où l'on ferait voler par appel nominal si les 32 doivent être guillotinés, les yens comme il faut accourraient de toutes les campagnes voisines pour exprimer leur vœu, et aucun de ceux de Paris ne manquerait à sa section. Si la représentation nationale reste encore saine, cela lient à ce que plusieurs des factieux ont baissé pavillon, à la vue des dangers qui menaçaient leurs familles, leurs femmes et leurs enfants, dans la Vendée et ailleurs. Cette question, celle du parti que doit prendre la Convention à l'égard des 32, est extrêmement délicate, et Dutard ajoute qu'elle fera désormais l'objet de ses réflexions. Une seconde question, plus délicale encore, c'est celle des mesures à prendre pour empêcher les rebelles de la Vendée de faire des progrès, que n'entrave nullement la Convention. Dutard prévoit ce qui va se passer. Les rebelles vont s'étendre, se renforcer et leur aimée va se grossir, la lamine est inévitable dans les deux tiers de la France, la guerre civile doit nécessairement la suivre, elle est commencée, mais deviendra générale ; les aristocrates (lisent actuellement que l'année des rebelles porte le nom d'armée royale et chrétienne, au lieu de celui qu'elle prenait auparavant, et qu'on ne dit plus la messe que les dimanches et jours de fêle, aussi l'on prévoit que, dans moins de deux mois, l'armée royale aura parcouru les deux tiers de la France et que l'autre tiers sera réduit par la famine el les dissensions de toute espèce.
Les gens comme il faut commencent à se rendre à leur poste, ils y font en général assez laide grimace, surtout les vieillards, ils sont tout honteux de ne pas savoir manier leurs fusils, et ceux qui n'ont que des piques sont encore plus honteux. On les voit dans les corps de garde, tout
bouffis, rêveurs, dormeurs. Les jeunes gens, par exemple, surtout ceux qui ont sabre et fusil, paraissent bien contents de se voir ainsi chamarrés, et sont en général très gais. Les officiers de l'étatmajor, observe Dutard, sont bien condamnables d'accorder des exemptions et de permettre des remplacements, ils ne savent pas tout le mal qu'ils font à la chose publique.
Dutard avait appris, la veille au soir, que la section de lion-Conseil avait donné la majorité à Hanriot, elle avait fait afficher à la porte de ses séances de ne point donner de voix à M. Raffet, parce que, disait-elle, c'était un contre-révolutionnaireavéré. Dutard a entendu le peuple raisonner dans les groupes ; les Sans-culottes et les enragés ne parlent rien moins que de dépouiller les riches, ce sont eux, paraît-il, qui sont la cause de la cherté générale, il n'y a qu'eux qui peuvent donner bon marché, et, au lieu de cela, ils augmentent tous les jours les marchandises (une chandelle valant actuellement 7 sols). D'ici à Rouen, disait l'un d'eux, il y a plus de cent magasins pleins, enfouis dans la terre, qu'on rende un décret enjoignant à tous marchands d'avoir leurs magasins ouverts, sous peine de mort, alors il leur faudra des commis pour tous ces magasins, d'ailleurs, il serai t bon de laisser le cours et le prix libres.
Les modérés cherchent à rallier tous les partis, mais le nombre en est bien petit, et les aristocrates ne désirent rien tant que la contre-révolution. D'après le récit d'un épicier, recueilli par Dutard, certain particulier du nombre de ceux qui, désœuvrés, ont le talent de se procurer assez d'argent pour être toujours ivres, criai t à tue-lète, dans le faubourg Saint-Antoine : « Autrefois, le savon ne valait que 12 sols, aujourd'hui il en vaut 10, Vive la République ! Le sucre 20 sols, aujourd'hui 1 livres, Vive la République ! » Cet individu a été arrêté par les ordres du Comité révolutionnaire, c'est la même répétition d'un bout de Paris à l'autre.
2! juin 1793, 9 heures du matin.
Original non signé, A. N., FK' III, Seine, 27. Ed- An. ScHMIDT, Tableaux de la Révolution française, t. II, p. 7!).
709. — Extrait de l'ordre du jour de la sarde nationale, par lequel le Commandant général adjoint (Recordon) renouvelle la requête, par lui déjà présentée, pourque le décret de la Convention qui demande 1,000 hommes, principalement en canonniers, soit promptement exécuté. Cette mesure est d'autant plus urgente que le salut de la chose publique en dépend, et si chaque compagnie de section fournissait un seul homme, il y en aurait bientôt plus que le nombre demandé par le décret. Le Commandant général invite donc de nouveau les capitaines de chaque compagnie à engager un citoyen à partir, et à les faire enregistrer chez le commandant de la section, afin de connaître bientôt le nombre de volontaires déterminés à partir pour la Vendée. Il engage aussi ses concitoyens à envoyer au commissaire de l'artillerie, à l'Arsenal, tous les charretiers en état de conduire, ils auront une bonne paye et l'étape de la cavalerie.
22 juin 1793.
Extrait non signé, .4. N., AFIV 1470.
garde nationale, portant qu'il partira, aujourd'hui, un convoi d'artillerie pour l'armée du Nord ; le lendemain 24, il en partira un autre, composé de bouches à feu et de munitions de guerre pour l'armée des Pyrénées-Occidentales.
Le poste de la place de la porte Saint- Antoine fournira, tous les jours, un factionnaire à la place au charbon de la rue d'Aval, l'adjudant général de la légion veillera à l'exécution de cet ordre.
Les rapports de la force armée mentionnent ce fait que, du poste du quai de l'Ecole on a porté à celui du Muséum, et de là au Comité de la section, un enfant de 9 à 10 ans, qu'on a trouvé noyé.
23 juin 1793.
Extrait non signé, A. N., AF1V 1470.
711. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, par lequel le Commandant général (Hanriot) invile les commandants de sections et capitaines à lui envoyer, le plus tô( possible, les noms des
citoyens partis pour la Vendre, et qui en sont revenus avec ou sans congé.
24 juin 1793.
Extrait, signé de Clément, secrétaire de l'Etat-major, A. N., AFIV 1170.
712. -- Rapport de l'observateur Dutard à Garât, ministre de l'intérieur, expliquant que, s'il ne lui a point donné de bulletin la veille, c'est qu'il se proposait d'assister à la l'été (civique des Champs- Elysées). Il raconte ensuite qu'à 11 heures du malin, il s'est rendu à la place de Crève, oïi il a vu descendre de l'Hôtel de Ville une quantité prodigieuse de monde, chacun se mettant en rang pour former le cortège, mais la foule n'était pas considérable, le peuple ne se précipitant plus pour voir les fêles, tout était calme et silencieux. Par un détour, Dutard devançant le cortège, se plaça en tête de la cavalerie, et s'achemina par la rue Saint-Honoré au Palais-ROyal et au Carrousel. Dans la rue Saint-Honoré, il y avait très peu de monde, tous, pauvres et riches, hommes et femmes, l iaient calmes et paraissaient dégoûtés, pas un cri de Vive la Nation ou Vive la République ; le peuple voyait passer le cortège, comme il regardait jadis passer un convoi funèbre. Dès le début, une femme déguenillée, grosse Margot, du nombre de celles qui portent les hottes à la Halle, s'était mise à la tète du cortège derrière la cavalerie, les gendarmes en ont ri beaucoup, mais n'ont eu garde de la déplacer, parce qu'elle avait une cocarde et un gros bouquet, et quoiqu'un jacobin, costumé comme un coupeur de têtes, qui faisait la police, eût voulu l'évincer, cette femme, au nom de l'Egalité, resta à son poste. Arrivé au Carrousel, Dutard s'est appliqué à examiner Hanriot, et en trace ce portrait, peu tlatté : « C'est une espèce d'artisan de bas étage, qui semble avoir été soldat, qui a une ligure très dure, grimacière et faisant des grimaces qui dénotent un vilain homme, coléreux par caractère, un peu rélléchi et très grossier. Quand il parle, une voix sépulcrale sort de sa bouche, ou plutôt il vocifère, et, quand il a parlé, sa ligure ne reprend son équilibre qu'après des contractions. Il m'a paru, ajoute Dutard, n'a-
voir fréquenté que des hommes désordonnés, je suis sûr qu'on trouverait en lui l'amour du jeu, du vin, des femmes, et tout ce qui peut constituer un mauvais sujet. » Le cortège défila devant le général Hanriot, qui recul force salutations de la part de petits artisans, sortant des rangs, voulant à tout prix montrer qu'ils connaissaient M. Hanriot, lequel répondait en soldat en portant la main au front. Tous les chefs, en passant, ont fait le salut avec le sabre, trois entre autres, âgés, fort élégants et de très bonne mine, l'ont salué avec beaucoup de bonne grâce, par contre un jeune homme, de 24 à 2"> ans, a refusé le salut et a défilé en reculant, et comme on lui faisait observer qu'il allait passer devant le général, il a répondu à sa Iroupe : Allez loujours. Après le cortège arrivèrent en foule, pèlemèle, les membres des autorités constituées, ils ressemblaient à des fous, tous ces magistrats du nouveau régime, devenus hommes d'importance. Si l'on juge le cortège dans son ensemble, le corps des canonniers est plutôt bon que mauvais, ce sont presque tous de gros marchands, ou des artistes aisés el, même parmi ceuxci, des petits maîtres qui, à coup sûr, ne sont pas des Maratistes.
Aux Champs-Elysées on a fait des proclamations, Osselin, Dufourny et autres y ont péroré, mais le peuple y a gardé un sang-froid qui semblait tenir de l'ennui cl de la lassitude, chacun rêvait à son art, à son commerce, à la cherté et à la disette des subsistances. On a crié à plusieurs reprises : Vive la Nation! Vive la République! niais la très grande majorité, tout en levant son chapeau en l'air, ne disait mot et paraissait au contraire se moquer de la fête. Dutard, qui rencontra M. Ralfet, donne l'impression qu'il lui lit : il lui a paru vieux soldat, fort réjoui el fort aimé de sa troupe, el de plus honnête homme, mais n'ayant ni beaucoup d'usage du monde, ni beaucoup d'esprit, c'est ainsi qu'il jasait avec ses soldats el qu'en parlant d'Hanriot, il a dit que celui-ci se promenait pour se faire voir. M. Hanriot a rassemblé son état-major, et, avant de partir, il a donné des ordres
240 CHAPITRE Ie''. —
à un cavalier, auquel il a voulu serrer la main.
L'un des agents de la petite l'action disait, la veille au soir, qu'il fallait que le peuple se levât en masse pour aller se joindre aux communes restées fidèles à celle de Paris, et de là se porter contre les départements scissionnaires, c'est la dernière mesure de salut public, il faut en faire usage. A ce propos, Dutard estime qu'il ne doit pas rester dans tout Paris .'(,000 révolutionnaires décidés.
D'après des renseignements recueillis à la Halle, les bouchers de l'une et de l'autre classe, haute et basse, sont aristocratisés ; les femmes de la Halle, à part celles soldées ou dont les maris sont jacobins, jurent, sacrent, maugréent, mais n'osent pas parler trop haut, parce qu'elles craignent toutes le Comité révolutionnaire et la guillotine. Au grand étonnemenl de Dutard, un calme absolu règne dans les Halles, les aboyeurs de la faction paraissent désirer l'abolition de la permanence des sections, sous prétexte que l'aristocratie y remplit partout les assemblées et qu'on n'y peut rien faire ; Dutard trouve que l'on a fait un très mauvais choix comme chef de la force armée, et que, par exemple au lieu de Raffet, il eût été préférable de prendre l'un des chefs de la gendarmerie.
On parle beaucoup du carême civique mais les Parisiens, en général très carnassiers, n'en veulent pas. Dutard regarde pourtant cette mesure comme indispensable dans ce moment, parce qu'infailliblement la viande va encore augmenter et que bientôt elle manquera entièrement, si l'on n'adopte pas cet expédient, il pourra en résulter des scènes désastreuses dont les administrateurs porteraient tout le poids.
24 juin 1793, 10 heures du matin.
Original non signé, A. JV., Flc III, Seine, 27. Ed. An. ScHMIDT, Tableaux de la Révolution française, t. II, p. 84.
713. — Rapport de l'observateur Dutard à Garât, ministre de l'intérieur, l'instruisant des propos tenus par l'un de ses amis, jadis aristocrate, devenu jacobin, au sujet du plan de conspiration formé par
Rrissot et Petion, qui ont figuré dans La coalition avec les puissances, qui ont attiré la guerre des puissances contre la France, et qui leur ont vendu la France entière, faits qui sont avérés, au sujet des 800 sociétés populaires qui ont juré fidélité à celle de Paris, et qui ont donné leur adhésion à l'insurrection du 31. Dutard fait connaître qu'il est allé, la veille, au Palais-Royal et que, sur 100 personnes distribuées en divers groupes, il n'a pas aperçu un seul patriote, qu'à son auberge, sur 12 personnes, il n'a vu que des aristocrates. L'un d'eux a donné des nouvelles de la Vendée, affirmant avoir lu une lettre du général Chabot à l'un de ses amis, où il lui disait que la cavalerie des rebelles était si bien composée et les troupes si bien disciplinées, qu'il était impossible de leur résister, si l'on n'avait à leur opposer que des volontaires. Reaucoup de ceux-ci, laits prisonniers par les rebelles et qui ont été relâchés, sont de retour à Paris; ils rapportent qu'ils n'ont pas été maltraités, qu'au contraire, on les a traités avec honnêteté, sur leur déclaration de renoncer au service et de s'en retourner chez eux, on leur a simplement coupé leurs cheveux et enlevé leurs parements, ils débitent tout cela et disent que, fidèles à leur serment, ils ne veulent plus servir contre l'armée des rebelles, ce qui n'amuse pas la faction, elle délibère en ce moment sur le parti qu'elle doit prendre à l'égard de ces volontaires.
La veille au soir, deux ofliciers municipaux sont venus à la section de Dutard, pour annoncer l'achèvement de la Constitution, ils ont invité la section à chanter l'hymne des Marseillais et à illuminer, ce qui a été fait. Un certain Guerrier, artisan, ancien militaire, envoyé en qualité de commissaire dans la Vendée, a fait un rapport de ce qu'il avait vu, mais s'est très mal expliqué, il avait l'air fort agité, même indigné, il a prétendu qu'il y avait eu les plus grandes trahisons de la part des généraux, surtout à Saumur; sans les habitants de cette ville, plus de 4,000 volontaires, faits prisonniers, seraient morts de faim. Le ci-devant marquis d'Autichamp a eu l'impudence de se chamarrer de son
cordon, comme sous l'ancien régime; le commissaire en question a conclu en demandant à l'Assemblée de prendre des mesures pour exclure et chasser tous les nobles existant aux armées, ce qui a été adopté. Un volontaire, relâché par les rebelles, a déclaré qu'en Vendée le peuple se trouvait beaucoup mieux depuis que les rebelles y étaient, le pain n'y vaut que 2 sols la livre. Dutard s'étant mêlé aux aboyeurs de sa section, a remarqué que la plupart d'entre eux étaient là pour semer la division et, qu'en réalité, c'étaient des contrerévolutionnaires.
L'avant-veille au soir, Dutard s'était trouvé en conflit avec l'un des assistants, l'un des beaux esprits, qui avait fait prendre un arrêté, portant que ceux qui manqueraient à leur service seraient privés de leurs droits civils et politiques, tandis que Dutard avait proposé seulement de les mettre au violon pour 24 heures. Dutard dit que, le lendemain, il le frotta d'importance, et le motionnaire, sans oser convenir de ses torts, demanda qu'on revint sur l'arrêté précédent; par un nouvel arrêté il fut décidé que 4 volontaires iraient chercher chez eux ceux qui manqueraient au poste, et que, s'ils refusaient de s'y rendre, on les enverrait pour 3 jours ;i l'Abbaye.
Dutard termine par une remarque essentielle, c'est que le peuple, et surtout les artisans habitués des sections, hommes à gros poumons, sont humiliés en euxmêmes de s'être mêlés d'administration, et de s'en être aussi mal acquittés; leur proposer au jourd'hui de revenir en arrière, ce serait leur donner la mort, aussi c'est vraiment les tuer que de raisonner devant eux ou de parler le langage de la loi et des principes, tout ce que l'on peut faire, c'est de les laisser aller leur train.
25 juin 1793, 11 heures du matin. Original non signé, A.N., F)c III, Seine, 27. française, t. II, p. 88.
714. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, donnant les renseignements suivants :
T. IX
1" Plus on murmure contre la cherté des denrées, plus elles augmentent. Les marchands paraissent se plaire à annoncer qu'on paiera tout encore plus cher, de sorte que cette gent mercantile fait infiniment de mal, aigrit les esprits et porte les malheureux à maudire la Révolution.
On désirerait un exemple légal contre le premier marchand qui serait convaincu d'avoir annoncé une augmentation prochaine des denrées, qui ne sont déjà que trop chères et au-dessus des moyens de la majeure partie des vrais Sans- culottes qui ont fait la Révolution.
2° On continue à se plaindre des troupes casernées dans les environs de Paris et en particulier de la compagnie des chasseurs du Midi ; on voit avec beaucoup de peine l'insouciance soit des ministres, soit du Conseil exécutif, relativement aux différentes dénonciations qui leur sont faites, et l'on cite un trait entre autres qui doit donner une idée affreuse de la manière dont sont composées ces troupes : Douze brigands, habillés en gardes nationaux, se sont portés au plus fort moulin de Gonesse, ont fait ouvrir, au nom sacré de la loi, ont attaché le meunier, sa femme et son enfant, leur ont bouché les yeux et ont enfoncé une armoire dans laquelle ils ont pris 7,000 livres en assignats, 8 couverts, une écuelle et trois timbales d'argent. Si ce vol restait impuni, ces scélérats renouveleraient leurs brigandages et les propriétés se trouveraient violées par ceux-là même qui sont payés pour veiller à leur conservation.
3° L'on est sans crainte au su jet des ennemis de l'extérieur, et l'on commence à espérer le succès des troupes de l'intérieur, mais ces différentes circonstances ne font qu'irriter davantage les malveillants, qui agitent le peuple de mille manières. On dit que les gros marchands qui craignent le pillage, font sortir impunément leurs marchandises de Paris, ce qui, en diminuant la quantité, en augmente le prix. On jette l'alarme en annonçant que les passages des approvisionnements de Paris sont interceptés par les rebelles; on va jusqu'à persuader qu'il n'y pas de farine pour un mois. Par tous ces bruits
ir,
242 CHAPITRE t*T. — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION
qu'enfante l'aristocratie, on fatigue le peuple, que l'on regrette de voir aussi calme.
4° L'achèvement de la Constitution et la fête à laquelle cette heureuse circonstance a donné lieu, a encore une fois déconcerté les royalistes, fédéralistes, modérés et autres animaux de cette espèce. L'opinion puhlique y a infiniment gagné, et l'espoir d'avoir hientôt des lois sages à exécuter accable ceux qui crient à l'anarchie.
5° Les marchands d'argent sont plus impudents que jamais à la Bourse, où est leur rassemblement considérable. On désirerait voir fondre sur eux en force, et l'on se persuade qu'on n'y trouverait pas un bon sujet.
Les louis se paient 100 livres.
En tête de cette feuille des rapports du 25 juin, se trouve la mention suivante :
« Cette feuille a été suspendue pendant quelques jours à cause de l'extrême stérilité des rapports, mais on est maintenant en état de lui rendre toute son activité et l'intérêt dont elle est susceptible. »
La copie de la feuille en question est accompagnée d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
25, 2C juin 1793.
Extrait et original signé (2 pièces), A. N., AF'v 1470.
715. — Extrait de l'ordre du jour de la force armée de Paris, par lequel le Commandant général (Hanriot), invite ses concitoyens à mettre en état d'arrestation le nommé Roussel, s'il est vêtu de l'uniforme d'aide de camp de la force armée de Paris, ainsi que tous les faux patriotes qui pourraient s'en revêtir.
Le Commandant général renouvelle l'invitation qu'il a déjà faite, pour que tous les charretiers aillent se faire inscrire chez le citoyen Rolland, commissaire général de l'artillerie à l'Arsenal ; les charretiers et conducteurs de l'artillerie sont invités à rentrera 10 heures du soir à leur caserne, hôtel Soubise,pour leur éviter le désagrément d'être arrêtés par les patrouilles.
Les officiers, sous-officiers et soldats volontaires, revenus de l'armée, seront conduits à la caserne de la Courtille, les litres
dont ils seront porteurs seront reconnus par les commissaires des guerres, qui se rendront tous les jours à la caserne.
Le 28 de ce mois, partira de l'Arsenal un convoi d'artillerie destiné à l'armée du Nord.
Le Commandant général ne cessera de renouveler la demande qu'il a déjà faite pour le complément des 1,000 hommes pour la Vendée ; il a mis à l'ordre à cet effet, le 25 juin, la lettre du commissaire ordonnateur pour en accélérer l'exécution, qui devient de plus en plus urgente.
26 juin 1793.
Extrait non signé, A. N., AFIV 1470.
716. — Extrait de l'ordre du jour de la force armée de Paris, portant que les militaires, qui viennent de la Vendée ou des autres armées, seront arrêtés par la force armée et conduits à la caserne de la Courtille, où un commissaire des guerres leur donnera les instructions nécessaires et le départ. En conséquence, les postes ou patrouilles, qui arrêteront ces militaires, les conduiront directement à ladite caserne, sans les amener à la Maison commune. On recommande de nouveau la plus grande exactitude dans les réserves des sections, qui doivent être de 25 hommes. Les adjudants-majors de sections veilleront à ce qu'elles soient toujours bien complètes et les patrouilles fréquentes.
Les rapports de la force armée signalent, la veille au soir, un attroupement de femmes à la Grenouillère et au port Saint- Nicolas ; la force armée s'y est portée et le calme s'est rétabli. C'était pour un bateau de savon que l'on voulait piller. Ce malin, l'attroupement s'est reformé, mais il a été de même dissipé au moyen de la force armée. L'on a conduit, la veille, dans la section des Récollets, sous l'escorte de 4 fusiliers, un chariot attelé de 4 chevaux et très chargé, sa charge a élé dénoncée comme suspecte par un citoyen de la Courtille.
27 juin 1793.
Extrait non signé, A. N., AFIV 1470.
717. — Extrait des déclarations et rapports faits au Rureau de surveillance de la
Police, du 27 au 29 juin, donnant les renseignements suivants :
1° L'agitation est toujours la même, les malveillants sont un peu intimidés, mais leurs menées n'en sont que plus sourdes et plus dangereuses. Les femmes égarées, celles payées, ont toujours le même acharnement et paraissent renoncer difficilement à leurs projets de pillage. Cependant l'événement du 27 a prouvé que ceux qui tiennent à leur serment sont encore plus nombreux que ceux qui ne connaissent rien de sacré.
2° L'inquiétude touchant les subsistances s'accroît chaque jour. Les bruits, répandus avec profusion, que les boulangers vont fermer, faute de farine, et que les approvisionnements sont interceptés, tout contribue à fomenter la fermentation, qui ne peut totalement s'anéantir que par une diminution sensible dans le prix des denrées de première nécessité.
3° On voit avec indignation les marchands en général, et ceux des ports en particulier, insulter aux malheureux, en leur annonçant que toutes les marchandises renchériront encore, et en attribuer la cause à l'établissement de la République. On sait que cette classe en masse est la seule qui ait profité de la Révolution.
4° Le nombre des lâches de la Vendée et des frontières, qui trouvent le moyen de se travestir, est considérable et s'augmente chaque jour, il en est de même des militaires de tous grades et de tous corps, qui, au mépris des ordres du ministre, restent à Paris et y mènent la vie la plus scandaleuse. On se demande s'il n'y a pas quelque moyen efficace et de rigueur de les contraindre à rejoindre leurs corps, en déclarant traîtres à la patrie et en poursuivant comme tels ceux qui, dans le délai de 3 jours, se trouveraient à Paris sans mission expresse de leurs corps.
y0 La masse des patriotes ne diminue pas, quelques-uns faiblissent dans les circonstances difficiles, mais le plus grand nombre est immuable.
Cette copie de la feuille des rapports et déclarations faits au Rureau de surveillance de la Police est accompagnée d'une
lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif, en date du 30 juin.