I.NTHODUCÏIO.N
venaient encore aggraver la situation en faisant naître des troubles pour ainsi dire quotidiens; ainsi une véritable émeute, fomentée par certains boulangers réunis à une troupe de femmes, éclata tout d'un coup ii la Halle au blé, où les manifestants, transportés de fureur, vomissaient mille injures contre la Municipalité et voulaient absolument pendre le citoyen Garin, administrateur dt^s Subsistances, en exécration dans le peuple : ce malheureux eut grand' peine à s'échapper de leurs mains.
Le 19 mars, Gohier rendit compte à la Convention des investigations auxquelles il s'était livré pour arriver à la découverte des conspirateurs des 9 et 10 mars, investigations qui, en somme, aboutirent à un résultat négatif. Gohier avait cependant joué de tous les ressorts; il avait cherché à se renseigner auprès des foncliouiiaires publics les plus mêlés au peuple, et qui par leurs rapports incessants avec lui, étaient plus à portée de connaître les moyens que l'on employait pour l'égarer; l'administration de Police, mise en mouvement, avait répondu, après enquête approfondie, au maire de Paris qu'elle n'avait rien trouvé qui pût faire soupçonner l'existence d'un Comité d'insurrection. Les démarches personnelles du ministre, à la suite de diverses dénonciations qu'il avait reçues, lui avaient bien permis de co;islator la tenue de réunions do plusieurs membres de la Société des Jacobins au Café Corazza, réunions qui toutefois n'avaient point le caractère d'un comité insurrectionnel. On lui avait signalé également un certain nombre d'individus qu'on pouvait qualifier d'insurrectionnaires, qui devenaient dangereux lorsqu'ils étaient mêlés à des mouvemonis populaires. Son attention s'était portée principalement sur les trois agitateurs qui, dans la nuit du 9 au 10 mars, s'étaient chargés de remettre au Conseil général de la Commune une délibération incendiaire, Varlet, Fournier et Champion, sur d'autres encore, tels que Lazowski, Desfieux et un certain Jourdan, qui passaient pour avoir joué un rôle considérable; mais les insiruclions ouvertes n'avaient donné aucun résultat et les poursuites aussitôt entamées avaient dû être abandonnées.
Les derniers jours du mois de mars furent marqués par une recrudescence de la fermentation populaire, tant en raison des graves nouvelles reçues de la Belgique que de l'occupai ion de l'ilc do Noirmoutiers par les insurgés de l'Ouest. Le mercredi 27 mars, sur l'invitation du Comité de défense générale, qui désirait se rendre compte de la situalion de Paris, Santerre annonça avoir pris toutes les précautions propres à empêcher les soulèvements et les troubles que les malveillants s'ellorçaioiit d'exciter. Dans une nouvelle réunion que tint le Comité à sept heures du soir, à laquelle assistaient les ministres, deux membres du Direcloire du Département, le procureur de la Commune et deux officiers municipaux, on
IMHODLCTION xxv
conféra sur les mesures à prendre « pour déconcerter l'arislocratie et tous les conspirateurs qui cherchaient à opérer des soulèvements ». Le Comité arrêta et la Convention décréta le lendemain : 1° que la municipalité de Paris suspendrait la délivrance des passeports jusqu'après l'exécution du décret qui avait ordonné le désarmement des suspects, ce qui serait effectué le jour même ; 2° qu'elle était autorisée à établir dur.int 24 heures une garde aux barrières et à y envoyer des commissaires à l'elfet de procéder à l'arrestation de tous individus se présentant sans passeports ou avec des passeporis des municipalités de Boulogne-sur-Mor et de Calais, ainsi que de toutes personnes suspectes; 8" que le Conseil exécutif enverrait des courriers aux municipalités environnantes pour arrêter et désarmer les suspects et surveiller les châteaux ; 4° qu'il serait fait une adresse au peuple français pour le prémunir contre les hommes coupables qui voudraient l'égarer.
Un député girondin, Salle, qui écrivait après la réunion du Comité de défense générale, à Bicquilley, vice-président du directoire du déparlement de la Meiirthc, résume en ces termes ses impressions sur ce qui se passait en ce moment :
« Les Montagnards ont voulu faire croire que les conspirateurs du 10 mars étaient des aristocrates; mais à mon sens, les mouvements qui Se préparent ne sont point dangereux; on veut simplement plâtrer la conspiration du 10 mars, il doit y avoir un simulacre de fermeture de barrières et d'insurrection, le peuple de l'aris va être tout entier mis sur pied. » Mais le même député ne se fait pas illusion sur la gravité de la situation. Si cette semaine, ajoute-t-il, se passe sans accidents, il ne s'en suit pas pour cela que tous dangers soient écartés, au contraire les craintes sont plus que jamais fondées.
Salle avait dit vrai ; l'on assista à un étrange spectacle : dès l'aube et durant toute la matinée, l'on battit le rajipel dans tous les quartiers; à midi toutes les sections étaient sous les armes, toutes les barrières, toutes les rues, tous les passages étaient interceptés, personne ne pouvait plus circuler sans sa carte ou son certificat de civisme; il fut procédé à des visites domiciliaires jour le désarmement des suspects et à de nombreuses arrestations. Grâce à ce déploiement extraordinaire de force armée, Santerre put annoncer à 6 heures du soir à la Convention que la tranquiililéavait été parfaite à Paris dans la journée du 28, que le service s'était fait avec beaucoup d'exactitude, et que les patrouilles avaient été tiès fréquentes. Pour faciliter les visites domiciliaires et les arrestations de suspects, le Conseil général de la Conmmne prit, le 28 mars, un arrêté enjoignant aux propriétaires des maisons d'afficher à l'extérieur en caractères bien lisibles les
xxvj INTIlODrcriON
noms, i\gos cl professions de tous les habitants, en ayant soin (l'indiquer les mutations, et chargea 6 commissaires de porter cet arrêté à la Convention nationale et do demander sa sanction; le vendredi 29, les barrières furent gardées comme la veille et les visites domiciliaires continuèrent.
Les événements allaient se précipiter et entrer dans une nouvelle phase, lii jdiase critique; on sentait que l'on approchait non plus d'ébauches de mouvements insurrectionnels, mais d'une véritable insurrection.
Journées des ai mal, V et 3 juin.
La salle de rEvêcJié, où siégeaient en permanence les électeurs du département de Paris, était devenue un foyer de troubles et d'agitation révolutionnaire, dontLanjuinais avait déjtà dénoncé l'existence, le 5 mars, à la tribune de la Convention, lorsqu'il faisait allusion au Comité d'insurrection, présidé par l'un des membres do l'Assemblée électorale et alors fréquenté par les volontaires.
Vers la fin de mars, ce centre de ralliement, resté dans l'ombre depuis le mouvement avorté du 10 de ce même mois, affirma de nouveau son existence. Quoique d'après Bûchez et Roux cette nouvelle conspiration ait été tramée par les mêmes agitateurs qui avaient provoqué l'insurrection du 10 mars et que l'adhésion des sections ait été surprise par Varlet et antres démagogues qui, en invoquant un arrêté (\c la section des Droils de l'Homme, se ser.iient installés à l'Evèché.il n'est pas douteux que ce fut la section des Droils de l'Homme qui prit l'initiative de ce groupement séditieux et qui envoya, le 27 mars, une adresse aux sections pour les engager à déléguer des commissaires à l'Evèché dans le but de former un Comité contrai révolutionnaire, comité que Gorsas qualifia de conventiciile d'insurrection, se déguisant sous l'appellation de Commission de salut public. Le 28 mars, vingt-sept seclions donnèrent leur adhésion et envoyèrent leurs commissaires à l'Evêché. A la date du 1" avril, une dépntation de ces commissaires, réunis pour délibérer sur les moyens de salut public, se présenta au sein de la Comnmne et demanda qu'il leur fùl alloué des Irais de bureau. Chaumelte fut d'avis de sanctionner la réunion de ces délégués des sections, en faisant observer qu'ils ne s'assemblaient à l'Evêché que
IN'THODUr.TIOX xxvij
f.Mile d'un local suffisant dans la Miiison Commune: en conséquence des frais de bureau furent accordés.
Le 2 avril, l'Assemblée électorale, avisée en mémo temps de la formation de ce Comité central de solid piif/lic et de correspondance avec les départements, et du reirait par la plupnrt des sections des pouvoirs qu'elles avaient donnés à leurs commissaires pour participer à cet établissement, décida l'envoi d'une dépulation de cinq membres au Conseil général de la Commune pour lui faire part de l'indignation éprouvée par l'Assemblée électorale, en présence d'un rassemblement d'individus qui méconnaissaient hautement la souveraineté du peuple et avaient l'audace de se qualifier Comité central de salut public. Le corps électoral invita le Conseil général de la Commune ù dénoncer sur-le-champ aux 48 sections la formation illégale de ce prétendu Comité, dont quelques-uns des membres avaient perdu la confiance publique, ou ne l'avaient pas encore méritée. Tels étaient Germain Truchon (1), de la section des Gravilliers, un certain Cronicr, clerc de procureur, vice-président de la scclion de la Réunion, qui ayant eu la malencontreuse idée de venir aux Jacobins, le 1" avril, pour notifier la formation de cette Assemblée centrale de salut public, fut pris à partie par Marat, lequel l'accusa de nourrir des desseins anticiviques, arrêté séance tenante, et conduit, malgré ses protestations, au Comité de sûreté générale (2), Landrin (3), de la section du Panthéon- Français, soupçonné de vouloir soulever les ouvriers contre les patriotes de cetle section, enfin, le citoyen Varlet, de la section des Droits de l'Homme, auteur de la pétition qui avait provoqué toutes ces mesures dangereuses et perfides. L'Assemblée électorale croyait de son devoir de dénoncer au Conseil général de la Commune ce projet infâme tendant à la
(1) Ti-uchon (Germain), lioiinue lie lettres, dérenseur officieux, président de la Commune du 10 août, fut dénoncé par le Comité révolutionnaire de la section des Gravilliers et arrêté comme suspect, le 8 prairial an II, sous l'inculpation de n'avoir pas rendu un compte exact, en qualité de commissaire chargé d'examiner les comptes de la section de l'Unité au sujet des objets provenant des victimes du 2 septembre, notamment de Viguier de Curny. Incarcéré le i) prairial au Luxomliourg, puis rue de la Bourbe et au l'Iossis, il élait encore détenu le 30 fructidor an III et se plaignait o de |)érir de faim, de misère et de nudité, d'être sans argent, les fruits de ses vignes en Uourgogne ayant été dilapidés, brigandés». Le Comité des Gravilliers lui reprochait d'être un modéré, d'avoir sauvé dos prisonniers le '2 septembre 17'.)'2. En effet, Truchon se vanta d'avoir fait sortir tous ceux de Saime-Pélapie et une partie de ceux de la Force, entr'aulres la jeune demoiselle de Tourzel et JI"" de Saint-Brico, et par une singularité bizarre, il déclarait être détenu comme terroriste. Il sortit de prison en frimaire an IV. (V. son dossier, F'' 4775^^).
(2) .\ulard, L.i Société des Jacobins, t. VI p, 118; Charavay, Assemblce électorale, t. III, y. 406, 467.
(3) Landrin ou Laudrin remplit les fonctions de secrétaire greflier du Comité révolutionnaire de la section du Panthéon Français, à partir du 21 avril ; le 18 mai, on voit qu'il servait dans la compagnie Lacour et fut mena'-é par les volontaires; un arrêté de son Comité, du 13 juillet, enjoignit de l'arrêter, ce qui fut fait peu après; le l" août il était écroué à la Force. (1 "'' 2520).
xxviij INTHODIJCTIOX
désorganisation do lotis les pouvoirs, à l'usiirpalion de l'aulorité souveraine et reprcsenlative au moment où la chose publi(iuc (Hiil dans le plus grand danger et oii l'union et la rigueur des mesures pouvaient seuls la sxuver. La dépulalion do l'Assemblée électorale remplit sa mission le 2 avril el. fil observer que quatre seclions, celles de l'Arsenal, des Marais, des Gravilliers cl des Arcis, avnienl retiré les pouvoirs donnés à leurs délégués pour constituer ce Comité; en outre la section des Droits de l'Homme s'empressa de déclarer que l'on avait faussement interprété son arrêté, qui avait dclerminé la convocation de ces commissaires.
En conséquence le Conseil général de la Commune revint sur su décision de la veille relativement aux frais de bureau alloués en principe, hi senlimenl général se montra plutôt hostile à ce Comité issu d'intrigues, el comme le dit Corsas, Pans qu'on cherchait à mettre en étal d'insurrection, montra qu'il voulait être tranquille et ne ressentait pas le besoin d'un foyer d'émeutes. Du reste toutes les sections ne paclisèi-enl pas avec les révolutionnaires; celle de la lUilte dos Moulins, dès le I" avril, protesta contre les fondions que s'arrogeaient les commissaires appelés à composer ce Comité central, qu'on pouvait à bon droit suspecter d'intentions contre-révoliilionnaires, el en demanda la dissolution. La seclion de Bcaurepaire, réunie en assemblée générale le 2 avril, donna son adhésion à l'arrêté de la seclion de l'Arsenal, qui venait d'interdire à ses propres commissaires d'assister désormais aux assemblées de ces délégués des seclions, tenues à l'Evèché, les trois jours précédents, lesquels s'étaient témérairement constiiués en Assemblée centrale de salut pablic et de correspondance avec tous les départements ; la section de Beaurepaire ajoutait qu'elle avait déjà été avisée de la « prévarication de colle assemblée de l'Evèché » par ses commissaires, dont elle approuvait la conduite, et elle cul soin de notifier son arrêté à la Municipalité, au Département et au président de la Convention n.itionalo. La seclion du Mail, également le l"' avril, après lecture de l'arrêté pris par les commissaires des seclions réunis à l'Evèché pour la formation d'une Assemblée centrale de salut public, corresp mdantavec les déparlements sous la sauvegarde du peuple, considérant que cet arrêté ferait entrer en lutte les sections avec les autorités constituées, l'improuva foimellement et adressa à la Convenlion, aux sociétés populaires, à la Commune elau corps électoral sa délibéral ion, qui fut imprimée à d,8d0 exemplaires par les soins de la Convention el envoyée dans les départements. Ce même jour, la Convenlion nationale, sur la molioîi de Barère, rendit un décret jjortant qui- la section du Mail avait bien mérité de la patrie, convoquant le maire de Paris à l'oiret de rendre compte de la connaissance qu'il avait pu acquérir du rassemblement des
INTRODUCTION Txix
commissaires des sections à rEvèché, le 31 mars précédent, mandant également à la barre les commissaires des sections qui avaient pris l'arrêté du 31 mars, pour donner des explications sur les motifs de cet arrêté, en produisant leurs registres, déclarant enfin à tous les citoyens de la République que la même fermeté qu'elle avait déployée dans le jugement du tyran, dirigerait ses délibérations pour abatire la nouvelle tyrannie qui s'élevait et qui menaçait d'usurper ou d'anéantir la représentalion nationale.
L'éveil était donné, Ton sentait désormais le besoin de se tenir sur ses gardes et d'engager la lutte contre le pouvoir occulte qui en sourdine cberchait à préparer les voies d'une révolution. Aux termes d'un drcret rendu le mercredi matin 3 avril, la Convention manda sur-le-champ à sa barre le Conseil exécutif provisoire, le Conseil général de la Commune et le Commandant de la garde nationale, afin de leur exposer les circonstances dans lesquelles se trouvait la République et de leur faire sentir la nécessité de redoubler de surveillance, de telle sorte que l'ordre le plus parfait continuât à régner dans Paris. Au cours de cette môme séance, la municipalité de Paris, admise à la barre, annonça qu'aussitôt instruite des délibérations illégales prises par les commissaires des sections, elle avait improuvé et annulé ces délibérations et envoyé aux 48 sections la rétractation des pouvoirs de quelques-unes d'entre elles, ainsi que la dénonciation de l'Assemblée électorale contre ces mêmes commissaires.
Cette convocation de prétendus commissaires de la majorité des sections cachait, on n'en pouvait douter, des desseins perfides. Le procureur syndic de la Commune, Chaumette, les ayant interrogés sur leurs intentions, n'obtint des meneurs qu'une réponse très vague; à les entendre, le but de la réunion était simplement la rédaction d'une adresse à la Convention nationale. Du reste, dès le 28 mars, la Municipalité avait reçu avis d'un complot contre-révolutionnaire et de la préparation d'une attaque contre la Convention. En prévision de quelques troubles, Sanlerre avait ordonné, ce même jour, aux légions d'organiser de fortes et fréquentes patrouilles autour de la Convention. Le 1" avril, le Comité des inspecteurs de la salle ayant appris que le Commandant général avait mis sur pied une garde extraordinaire pour la sûreté de l'Assemblée, décida que ces forces seraient réparties entre les corps de garde du Manège et des Feuillants, en tête de la rue du Manège, sur la terrasse des Feuillants, pour y faire de nombreuses patrouilles, avec disposition d'une réserve sur la place Vendôme : en outre les deux compagnies de gendarmes de la Convention reçurent comme consigne de ne laisser entrer dans les couloirs de l'Assemblée que les personnes munies de cartes de députés, de jour-
XXX INTRODUCTION
iialisles cl de commis des bureaux. Indépciidainmeut des mesures adoptées pour la sûreté de la Convention, de fréquentes patrouilles furent ordonnées autour des caisses publiques, de l'atelier des assignats, de l'Arsenal et des prisons.
D'après les rapports de police envoyés à la Mairie, il était question, dans les sociétés populaires, d'un grand coup pour le soir du l" ou du 2 avril, on disait même que là tocsin allait être sonné pour se porter aux prisons et massacrer tous les prisonniers ; dans le jardin de l'Égalité (Palais Royal) certains individus ne parlaient que de couper les têtes des accapareurs, des marchands, des signataires de pétitions modérées, même de quelques membres de la Convention ; il fallait, s'écriaient-ils, se porter en foule à l'Assemblée et la forcer, les armes à la main, de rendre les décrets réclamés depuis longtemps par les sections louchant la vente du numérairo, !a taxe des blés et des comestibles. Dans les groupes, notamment sur la terrasse de la Convention, dos malveillants cbcrcbaicnt à* répandre l'alarme et à décourager les patriotes, à soulever le peuple et à allumer la guerre civile dans Paris ; au dire de ces agents provocateurs il fallait, avant de marcher contre Dumouriez, massacrer les aristocrates cl tous les scélérats renfermés dans les prisons, sonner le tocsin et mettre tout en combustion. Fort heureusement que les esprits se calmèrent, que dès le S avril, les groupes et lieux publics semblaient fort tranquilles, et qu'on pouvait constater que l'état de Paris n'offrait plus rien d'alarmant.
Le Comité central de salut public siégeant à l'Evêché avait inscrit dans son programme l'établissement dune correspondance avec les départements de la Républiqu'fe: la Commune de Paris reprit celte idée et décida, dès le 2 avril, la création d'un Comité ou bureau de correspondance avec les 44,000 municipalités; elle désigna pour composer ce Comité cinq de ses membres, savoir, Scipion Durourc, Joseph Bodson, Michel Dorat-Cu bières, Jean-Michel Seguy et Antoine-Prosper Soulès, auxquels furent adjoints, le 21 avril, les citoyens Renouard, Blin, Lauvin, Boucher-René et Cailleux jeune. Dans la pensée de la commune de Paris, il s'agissait d'opposer à la fédération girondine des départements une fédération montagnarde des communes, destinée à servir de contrepoids. Ce bureau projeté devait renseigner exactement les communes de Franco sur l'esprit public de Paris et les tenir au courant des résolutions vigoureuses que prendrait la commune de Paris pour sauver la chose publique. Le 23 avril, le Conseil général de la Commune, sur le réquisitoire de Chaumelle, donna mandai à son Comité de correspondance de rédiger une circulaire à toutes les municipalités de la République, circulaire qui devait être imprimée et aflichée, ayant pour base cette déclaration, que la commune de Paris
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entendait communiquer avec toute la République et qu'elle n'adoptait que celte seule espèce de fédéralisme.
Le conflit entre les Girondins et les Montagnards prit un caractère do plus en plus marqué, lorsque fut connue à Paris la trahison de Dumouriez; l'accusation de complicité, limcée dans la séance du 3 avril par Robespierre contre Brissol, i'uu des chefs du parti (iiroiidin, promoteur de la guerre conti'c l'Autriche, fut le début des hostilités. Les sections de Paris ne tardèrent pas k entrer en campagne. Le 8 aviil, la section de Bon-Conseil envoya à la Convention nationale une dépulalion chargée de présenter une adresse demandant l'examen le plus sévère et le pins approfondi de la conspiration de Dumouriez et un décret d'accusation contre ses complices au sein même de la Convention. « Depuis assez longtemps, disait-elle, la voix publique vous indique les Brissot, les Gensonné, les Vcrgniaud, les Barbaioux, les Buzot, les Louvet, les Guadet, tous ces chefs de factions, qui depuis si longtemps fomentent la guerre civile de concert avec leur complice Roland. Représentants du peuple, patriotes de la Montagne, c'est à vous que s'adresse la section de Bon Conseil, c'est sur vous qu'elle se repose du soin de désigner les traîtres, de livrer aux tribunaux ces membres que l'opinion publique a déjà proscrits, de livrer une guerre à mort à ces modérés, à ces Feuillants, ces prolées aristocrates. »
Sur la demande de Marat, les honnieurs de la séance furent accordés aux pétitionnaires. L'adresse en question fut lue aux Jacobins, que présidait Marat, et approuvée, bien qu'Albittc, qdi ne se donnait pas comme modéré, eût déclaré qu'il trouvait la pétition prématurée.
C'est à ce même moment qu'une autre section, celle de la Halle-au-Blé, faisait circuler dans Paris un projet d'adresse à la Convention, conçue en termes aussi peu mesurés, dont Pétion donna lecture à l'Assemblée conventionnelle le tt) avril au malin. Non contents do dénoncer à lu Convention les infidèles mandataires qui abusaient de sa confiance et de réclamer la mise en état d'arrestation de cette majorité corrompue, les auteurs de l'adresse demandaient la tète de Roland, l'épuration des administrations et terminaient en adjurant la Montagne de sauver la République, en déclarant que, si elle ne se sentait pas assez forte pour assumer celte tâche, ils se chargeraient de la sauver.
La lecture de cette adresse déchaîna dans la salle et dans les tribunes un violent tumulte et provoqua une vive discussion, au cours de laquelle prirent successivement la parole Pétion, Danton, Guadet, Robespierre et Vergniaud, discussion qui se termina par un décret portant que les citoyens Bocqueba, président de la section de la Halle-au-Blé, et Maîlrejean, secrétaire, dont l?s noms se trouvaient au bas du projet d'adresse et d'une
xxxij INTRODUCTION
délibération du 7 avril, seraient mandés à la barre pour attester la vérité ou la fausseté des signatures apposées au bas de ladite délibération, et que les registres de la section seraient produits au bureau.
Ce fut le 15 avril que se pro.luisit une manifeslalion caractéristique du sentiment populaire contre les Girondins. L'adresse comminatoire, dont la section de la Halle-au-Blé avait pris l'initiative, avait réuni les adhésions de 33 sections; il en fut donné lecture, le 15 avril, au Conseil général de la Commune, qui, après adoption de la rédaction proposée, chargea le Maire, accompagné d'une dépntation de la Municipalité, de la présenter à la Convention nationale, à la tèti! des commissaires de la majorité des sections. Ce même jour, l'adresse de la Commune de Paris, demandant l'expulsion des 22 députés girondins, fut apportée à la Convention et lue par Alexandre Rousselin, jeune jacobin, protégé île Danton. Le texte de cette pétition des sections de Paris, qui figure parmi les pièces annexes du procès-verbal de la Convention, n'a aucun rapport avec le projet d'adresse, communiqué le 10 avril par Pélion, lequel, en dehors de Roland, ne visait spécialement aucun des Girondins; cette fois, c'est un réquisitoire en règle contre' les 22 députés, qui y sont désignés par leurs noms, réquisitoire où se trouvent rappelés les griefs énumérés le 10 avril par Robespierre : fédéralisme, appel à la guerre civile, calomnies contre Paris, connivence avec Dumouricz, rien n'est oublié de ce qui pouvait établir la culpabilité des Girondins. La pétition en question est revêtue de nombreuses signatures, parmi lesquelles on remarque celles de Truchon, Etienne Feuillant, Ilassenfratz, Hébert, avec son titre do substitut; fut-cllo rédigée à l'Evèché par les délégués des sections, comme le marque M. Jaurès ? rien ne semble l'indiquer.
L'assemblée générale des sections de Paris émit le vœu que cette adresse, expression formelle des sentiments unanimes, réfléchis et constants des sections composant la Commune de Paris, fût communiquée à tous les départements par des courriers extraordinaires, en ayant soin d'y annexer la liste des mandataires coupables du crime de félonie envers le peuple souverain. En effet, le Conseil général de la Commune, à la suite de son arrêté du 15 avril, décida que l'adresse des sections serait imprimée et envoyée à toutes les municipalités de la République. On possède le mémoire d'impression, daté du 13 avril et signé de Phulpin (1), président des commissaires, dont le nom figure en tête de ceux des signataires
(1) Pliulpin était juge de paix de la section des Arcis et président de l'Assemblée générale ne cette «ection.
INTRODUCTION xxxiij
« d'une pétition pour les citoyens commissaires des 48 sections », qui fut fourni par la veuve Guillot, imprimeur-libraire, rue Christine, n° 11, et montant à la somme de 68 livres, papier compris. Ce mémoire est accompagné d'un rapport de Rousselin, approuvé par Paré, rapport cou(;u en ces termes :
La citoyenne veuve Guillot réclame le payement de 68 livres pour frais d'impression do la pétition du lîl avril contre les 22 députés fédéralistes. Ce payement très légitime n'a été retardé que par l'espèce de confusion bien heureuse qui a amené la Itévolution du 31 mai et les événements importants qui n'ont pas permis de rappeler avant leur succès absolu la réclamation d'une somme aussi petite. Le ministre est prié d'ordonner co payement, que le citoyen Faipoul m'a prié de lui présenter moi-même, attendu la connaissance particulière que j'ai des faits.
Signé : A. Rousselin.
Approuvé : Paré.
Gorsas, l'un des Girondins visés par la pétition du 15 avril, commentant cette pétition dans son Courrier des départemmts du 17 avril, déclara qu'elle n'avait fait que provoquer le mépris et que ce vœu des sections pour l'expulsion des mandataires infidèles n'était que prétendu, c'est-à-dire fictif, attendu que l'adresse en question n'avait nullement été rédigée par les sections, mais par les Jacobins qui avaient nommé des commissaires ad hoc, notamment Robespierre et Hébert; il le répète encore dans le numéro du 18 avril, où donnant un extrait de la pétition affichée par ordre de la Municipalité, en ce qui le visait personnellement, il s'attache à réfuter les accusations portées contre lui, surtout au sujet de sa présence clandestine au Temple. Qu'y a-t-il de fondé dans celte réfutation de Gorsas? il serait difficile de tirer au clair la chose; ce qui n'est pas douteux, c'est que la signature d'Hébert, accompagnée de son titre de substitut, figure au milieu des autres et indique clairement son adhésion formelle.
La Convention mit les pétitionnaires en demeure de signer leur dénonciation; Pache lui-même, qui commença par déclarer qu'il n'était pas du nombre des pétitionnaires, fut obligé de s'exécuter et apposa sa signature au-dessous de toutes les autres, comme à regret.
La discussion sur la pétition des sections de Paris à la Convention fut ajournée, mais la Commune de Paris ne la perdit pas de vue et décida, le 18 avril, que 12,000 exemplaires de la pétition contre les 22 seraient imprimés et distribués par les soins de son Comité de correspondance, qui se composerait à l'avenir de 9 membres et serait incessamment mis en activité, que Ion enverrait à toutes les Commissions du Conseil un arrêté invitant tous les membres à y mettre leur signature. Les adhésions données à cette pétition, souvent avec une certaine précipitation, ne furent pas toujours raisonnées ; on en a la preuve dans les explications fort T. IX.
xxxiv INTRODUCTION
embrouillées que fournit h cet égard l'un des membres du Conseil général de la Commune, Jacques-François Lepître, ancien professeur de rhétorique au collège de Lisieux, lequel se plaignit de ce que l'on avait mal interprété les motifs qui l'avaient déterminé à effacer sa signature sur la liste d'adhésions, ayant cru d'abord, prétendait-il, ne signer qu'une simple feuille de présence ; le Conseil général ne goûta nullement ces raisons, dénuées d'ailleurs de toute vraisemblance, et, par un arrêté, pris le 23 avril, déclara que le sieur Lepître dans celte circonstance avait ajouté le mensonge à la lAchelé et méritait d'èlre censuré.
Par un décret du 20 avril la Convention improuva comme calomnieuse la pétition qui lui avait été présentée le 13 avril par la majorité des sections.
La section de la Ilalle-au-Blé, d'où était parti le mouvement qui aboutit à cette adresse des sections, fit une propagande acharnée pour recueillir des signatures, envoyant à domicile 6 fusiliers et 4 tambours pour inviter les citoyens à signer ladite pétition, sous peine de passer pour de mauvais patriotes, et étendit son champ d'action aux sections voisines.
Deux questions auxquelles la Commune de Paris attachait une égale importance et qui en ce moment inspiraient ses actes, étaient : 1° celle de la défense nationale, que les revers militaires avaient placée au premier plan ; 2° celle des subsistances, non moins vitale pour la population parisienne, en raison des craintes perpétuelles de disette qui hantaient les esprits. Le i 8 avril , le Maire, les officiers municipaux et les administrateurs du Département, réunis aux Jacobins, y avaient élaboré une pétition à l'effet d'obtenir, ce que réclamait le peuple, l'établissement du maximum, spécialement appliqué aux grains, pétition qu'ils portèrent à la Convention, qui la renvoya au Comité d'agriculture. Le soir même, le Conseil général de la Commune déclara qu'il serait en état de révolution, tant que les subsistances ne seraient pas assurées. Le mot de récolutiun sonnait mal aux oreilles du parti girondin ; la Convention, par un décret du 20 avril, ordonna au maire de Paris et au procureur de la Commune d'apporter sur-le-cliamp les l'egistres des délibérations du Conseil général de la Commune pour connaître les arrêtés qu'il avait pris, ce qui fut exécuté par les soins d'ofliciers municipaux. Le lendemain, Real, substitut du procureur de la Commune, rendit compte au Conseil de la manière dont lui et ses collègues avaient été reçus à la Convention et fit le tableau de toutes les scènes affligeantes qui s'étaient passées ainsi que des efforts d'un certain parti pour jeter la défaveur sur la commune de Paris; par contre il se loua beaucoup de l'accueil que leur avait fait le parti patriote, accueil qui les avait amplement dédommagés des désagréments qu'ils avaient essuyés de la part des aristocrates. Real termina
INTUUOUCTION XXXV
eu déclarant qu'après une agitation de six heures et une lutte des plus indécentes, ils avaient été aulorisés à assister à la séance (par 143 votants de la Montagne). '
L'humiliation ressentie ce jour lit par la (commune ne fit qu'accentuer son hostilité contre le parti girondin. Sur ces entrefaites une circonstance imprévue vint remettre en lumière l'Assemblée révolutionnaire de l'Evèché, qui depuis ses échecs successifs du 10 mars et du 1" avril, restait dans l'ombre, attendant une occasion favorable pour rentrer dans la mêlée : ce fut la mort do Claude Lazowski, commandant du bataillon de Saint- Marcel, l'un des membres les plus actifs du Comité insurrectionnel de l'Évêché et qui avait été l'un des organisateurs de la tentative du 9 mars. Ce Lazowski venait de décéder le 23 avril dans sa maison d'Issy, et le bruit se répandit qu'il avait été empoisonné ; on ne voulut jamais admettre que cette mort fût naturelle et l'on ne manqua pas d'accuser Ja faction Brissotine. Des rapports de police donnèrent une version toute ditl'érentc et allèrent jusqu'à rapporter qu'il avait élé assassiné dans la nuit du 22 au 2.S en soviant des Jacobins par un certain Filhol, le Grand Jourdan et quelques autres démagogues avec lesquels il avait eu des altercations très violon tes (1). Le Comité révolutionnaire de la section du Finistère arrêta, le 24 avril, que tous les Comités révolutionnaires des sections seraient convoqués à ses obsèques et dépêcha des commissaires auprès do la Commune pour demander une tenture aux trois couleui's en vue de ces funérailles. Le Conseil général de la Commune décida de leur donner un caractère solennel, en envoyant une députalion du Conseil, maire en tête, accompagnée du Conseil général du 10 août, et en faisant figurer à la cérémonie le tableau des morts et des blessés de celle mémorable journée, où Lazowski, comme Ion sait, avait joué un rôle important. Le dimanche 28 avril, le corps de Lazowski fut apporté de la section du Finistère à la Maison Commune, reçu au perron par lo Maire et déposé au milieu de la salle du Conseil. Le président do la section du Finistère exprima le premier ses regrets, Destournelles prononça l'oraison funèbre du héros du 20 juin et du 10 août, et Lescot- Fleuriot demanda l'adoption de la lille de Lazowski par la Commune, puis le cortège se rendit à la place de la Réunion pour y procéder à l'inhumation. Les Jacobins s'associèrent aux regrets causés par la mort prématurée de Lazow.ski, et dans la séance du 27 avril, Robespierre fit le panégyrique de son ami intime, « le père du peuple, héros de la République et do la Liberté ». Dans le parti girondin, l'impression fut toute autre: Lanjuinais,
(I) V. le t. IX de iiolrc Réperloirc, n» 54'i.
xxxvj INTHODUCTION
dans une lellre du 20 avril à ses amis de Rennes, annonce en ces iermcs la morl « du vertueux ami du vertueux Robespierre » : « Lazowski, chef des bandils qui devaient, le iO mars, massacrer la Convention, et qui sortit, ce jour, des Jacobins h la tête de sa troupe, avec Fournier, se rendant aux Cordeliers et à la Municipalilé pour les derniers préparatifs de cette bonne œuvre, Lazowski vient de mourir. »
En présence des graves dangers qui menaçaient la patrie, un élan patriotique des plus remarquables se manifesta dans les sections qui rivalisèrent d'ardeur pour envoyer leurs volontaires à l'ennemi et s'imposèrent les plus lourds sacrifices; mais aux sentiments patriotiques qu'elles exprimaient se mêlèrent souvent des objurgations énergiques à l'adresse de la Convention, qui prirent bientôt un caractère inquiétant. Lors de la présentation de leur contingent de volontaires, elles crurent devoir mettre la Convention en garde contre ses ennemis intérieurs, c'est-à-dire les passions, la mollesse, le vil égoïsme, l'intérêt particulier. C'est ainsi que, le 27 avril, la section des Droits de l'Homme déplora hautement les divisions qui régnaient au sein de la Convention et exprima en outre le regret de voir toujours Paris en butte à la calomnie et voué chaque jour à la haine des départements par des hommes auxquels la capitale finissait par refuser sa confiance. Le même langage fut tenu par une députation du faubourg Saint-Antoine qui, suivie d'un flot de populaire, se présenta le 1" mai à la Convention. « Mandataires du souverain, déclaraient ces délégués du Faubourg au début de leur adresse, les hommes des 5 et G octobre, 14 juillet, 20 juin et 10 août et de tous les jours de crise sont dans votre sein pour vous y dire des vérités dures, mais que des républicains ne rougissent et ne craignent pas de dire à leurs mandataires. »Ils leur reprochaient ensuite de ne s'être occupés que d'intérêts particuliers, que de dénonciations, d'avoir beaucoup promis et rien tenu, puis, après avoir exposé les mesures qui, aux yeux des trois sections du Faubourg, pouvaient seules sauver la chose publique, savoir : départ de tous les soldats, impôt forcé sur les riches, ils terminaient par cette phrase comminatoire : « Mandataires, voilà nos moyens de sauver la chose publique...; si vous ne les adoptez pas, nous vous déclarons, nous qui voulons la sauver, que nous sommes en étal d'insurrection » (1).
Taine, selon son habitude, travestit singulièrement les faits; il ne voit dans ces pseudo députés du Faubourg qu'une cinquantaine de bandits inconnus, conduits par un ci-devant tapissier, devenu commissaire
(1) Original signé. Arch, nat., C 255, n» 479.
INTKODUCTION xxxvij
de police, qui entraînèrent à leur suite tout ce qu'ils rencontrèrent dans les ateliers et boutiques. L'ancien tapissier auquel il fait allusion est François Alusinc, qui devint en effet secrétaire-greffier, puis commissaire de police de la section de Mon treuil : celui-ci ne semble avoir participé en rien à la démonstration du 1" mai; il figure en qualité de capitaine du 8' bataillon de Paris comme signataire de l'adresse présentée le 13 mai à lii tlonvenlion par les républicains du faubourg Saint-Antoin^avanl leur départ pour la Vendée (1). L'adi'osse des délégués du faubouig Saint- Antoine porte, entre auti'es signatures, celles de Suchet, président; Dautriche, président par intérim : ce dernier était de la section des Quinze- Vingts.
Pour en revenir à cette adresse, les paroles imprudentes qui en formaient la conclusion causèrent une vive émolion. La Convention déclara qu'elle ne statuerait sur la pétition dos prétendus commissaires du faubourg Saiiit-Auloiiie que loi'squ'elle aurait entendu une seconde députation qui attendait dans les couloirs. Cetle dépulalion, admise dans la salle, désavoua les paroles peu mesurées dont s'était servi l'orateur de la première députation : sur ce, la (jonvention accorda à tous les pétitionnaires les Iionncnrs de la séance.
Après cette séance tumultueuse, un député Girondin, Lasource, crut devoir remontrer au Comité de salut public le péril auquel la Convention venait d'échapper, accusant le Maire et le Commandant général d'avoir manqué à leui' devoir, attendu que ni l'un ni l'autre n'avaient donné avis du mouvement qui s'était produit, bien que la salle se fût trouvée investie pendant la séance par plus de 10,000 hommes. Santerre répondit à ces reproches en attestant que Paris avait été tranquille, que fréquemment il se portait autant de monde à la Convention qu'il en était venu ce jour, que le peuple s'était comporté avec décence, qu'il n'y avait pas en la moindre apparence de troubles, quoiqu'on eût paru vouloir provoquer le peuple, lequel était resté calme, en dépit dos calomnies et des outrages.
La situation déjà si critique du parti girondin s'aggravait de jour en jour, on ne comptait plus les attaques sans cesse dirigées contre lui : c'est la section do la Cité qui, à la date du 2 mai, flétrit la conduite exécrable des mandataires infidèles du peuple français et demande que la ville de Paris présente, sous forme d'acte d'accusation, une pétition dans laquelle seront désignés nominativement les contre-révolutionnaires qui au sein
(1) V. le t. VIII de notre Répertoire, n» 2147. l'rançoU Musine fut fait prisonnier par Us Vendéens, incarcéré i. Cliolet où il resta 3 mois prisonnier; il fut arrêté à son retour à Paris et ne recouvra sa liberté que le 27 vendémiaire an III. (V. le dossier Musine, F' 4775'''').
xxxïiij I.NTItuDICTKlN
(le la Convention s'opposent toujours à l'exécution des mesures de salut public proposées par les députés de la Montagne; c'est la section du Faubourg-Montmartre réclamant la mise en état d'accusation de ces hommes dangereux qui, sous le masque d'une feinte soumission aux lois, ne respirent que guerre civile; car, disent les délégués de cette section, si d'un côté les citoyens vont répandre leur sang pour défendre et alTermir la liberté, il fatit qu'ils aient la certitude que de l'autre on ne leur préparera pas des fers.
Au moment où la Gironde était ainsi attaquée, une autre section osa faire entendre à la Convention un langage tout différent. A>ix termes d'une adresse présentée le a mai, les citoyens de la section de Bon Conseil, voyant la représentation nationale avilie, livrée à l'infamie, désignée aux. poignards 'des assassins, convaincus qu'il ne pouvait exister do liberté et de république sans respect pour la représentation nationale, avaient senti la nécessité de se rallier autour de la Convention et s'étaient engagés sous la foi du serment à témoigner à tous les députés indistinctement le respect dû à leur caractère, h maintenir la liberté des opinions des représentants du peuple et à ne plus souffrir qu'une poignée d'intrigants, sous le masque du patriotisme, opprimât davantage les bons citoyens grâce à une popularité usurpée (1). Dans sa réponse le président fit l'éloge des pétitionnaires, « qu'on ne voyait pas, dit-il, sans cesse inoccupés et errants dans les places et dans les rues, le patriotisme à la bouche et la rébellion dans le cœur ». La Convention vota la mention honorable, l'insertion au Jinllet'm et l'envoi aux départements de cette adresse. Mais dans les circonstances où l'on se trouvait, prendre la défense des représentants appartenant au parti de la Gironde était un crime, les pétitionnaires en firent la cruelle expérience. Les délégués de la section de Bon Conseil étaient au nombre de six, entr'autres Fortin (Jean-Joseph), ancien procureur, président de la section par suite du refus du commandant de la force armée; François-Louis Sagnier, homme de loi, clerc de Fortin ; Raymond Pages, sans profession, spéculant à la Bourse; Petil-Coupray, peintre, qui porta la parole au nom de la députation. Un mandat d'amener fut lancé, le î) mai, par les administrateurs de Police, Bodson et Michel, contre les sieurs Sagnier et Pages, mandat qui fut mis à exécution le 6 mai, comme l'annonça une lettre de Fortin au président de la Convention, déclarant que c'était par ordre de la Municipalité de Paris. Séance tenante, la
(1) V. la formule même de ce'serment dans l'interrogatoire du citoyen Saenier, du 8 mai 1793. Arch. nat , F' 4775».
iNTRnniurnnx xxxix
Convenlion on verlu d'un d(''crct ordonna au maire de Paris de rendre compte immédiatement par écrit des motifs do l'arreslalion des citoyens on question. Pache Iransniit, aussitôt, expédition de ce décret aux administrateurs du Département de Police, les priant de lo mettre à même de renseigner ]a Convenlion, et renouvela sa demande, lo 9 mai, par imc lettre entièrement do sa main, les invitant à lui faire parvenir le résultat des interrogatoires des citoyens arrêtés, afin de le communiquer à la Convention, si les circnnstmices l'exigent (1). D'après une lettre des administrateurs de Police, qui procédèrent, le 8 mai, à l'interrogatoire de Sagnier, et lo 10 mai, à celui de l'agès, lettre que Pache envoya à la Convention, ils n'avaient point connaissance d'arrestation de pétitionnaires de la seclion do Bon Conseil, mais déclaraient que sur une plainte du procureur général syndic Lulier, en raison de propos insuilanls tenus sur son compte, ils avaient mis en état d'arrestation le nommé Sagnier, clerc du procureur Fortin, ainsi que lenoinmé Raymond Pages, celui-ci pour avoir ju'ovoqué une rixe dans l'assemblée de la section de Bon Conseil : tout cela n'était que faux-fuyants pour déguiser une mesure arbitraire et révolutionnaire. Sagnier, qui était vice-président de cette section, adressa, le 20 mai, une lellre au président do la Convenlion, où il disait que le véritable motif de son arrestation et do son incarcération dans les prisons de la M;iirie était lo t'ait d'avoir présenté la pétition du 4 mai et qu'il ne demandait qu'à comparaître à la barre. Dans un curieux appel adressé par Fortin à ses concitoyens, qu'il appelle « les premiers martyrs du 31 mai », il raconte comment les faits s'étaient passés, et s'exprime en ces termes au sujet du rôle assez louche joué par Pache dans cotte allaire : « J'eus le bonheur d'obtenir un décret qui ordonnait au rebelle Pache, maire de Paris, de venir rendre compte do sa conduite à la barre de la Convention : il n'osa y venir, malgré l'appuy d'une minorité jacobile et factieuse, il préféra de mettre le citoyen Sagnier en liberté » (2).
Dans la soirée du i) mai, lo médecin empyrique Jean-François Tranchelahausse, président de la section du Mail, recevant les représentants Sallongros et Dumont, de la Somme, du nombre des 96 envoyés par la Convention dans les sections pour hj\tor les opérations du recrutement, leur adressa un discours tout aussi significatif, où il déclarait que la seclion duMail voulait que l'autorité toute enlière résidî'it dans la Convention nationale, qu'elle entendait maintenir la représonlalion une et indivisible, qu'elle
(I) V. Ic^ riossiors S<v-'iiipi- et l'aerès, Arrli. nat., V l'TJ^. (•-') V. lo dossier rortin, Arcli. nal., F' kn&'i.
xl IMROUUCTION
avait juré haiue à l'anarchie et de périr toute entière avant de souflrir qu'il fût porlé atteinte aux droits des pères de la pairie. A la suite de ce discours, plusieurs citoyens rappelèrent que la section avait dénoncé à la Convention les tendances de la Municipalilé et du Département à s'ériger en dictature, de concert avec les Comités révolutionnaires des sections; la réunion prit fin et les députés se retirèrent, aux cris répétés de « Vive la République! Vive la Convention nationale! A bas l'anarchie! » C'est à cette même date du 9 mai que les citoyens de Bordeaux, dans une adresse à la Convention nationale, manifestèrent toute leur indignation à la nouvelle que 300 représentants du peuple étaient voués aux proscriptions et 22 à la hache liberticide des centurions; conjurant la Convention et les Parisiens de sauver les députés du peuple, menaçant de s'élancer sur les scélérats qui voulaient troubler Paris et jurant de sauver les représentants de la nation ou de périr sur leur tombeau. Un décret de la Convention, du 14 mai, décida l'impression, l'envoi aux départements et l'affichage dans Paris de l'adresse des citoyens de Bordeaux, rendant ainsi hommage au civisme et au courage des habitants de la Gironde, et ordonna, en outre, à son Comité de législation, réuni au Comité de sûreté générale, de lui faire un rapport sur les complots qui pouvaient menacer la représentation nationale. Comme contre-partie, le même jour, le Conseil général de la Commune résolut d'écrire aux autorités constituées, aux sociétés populaires et sections de Bordeaux pour leur montrer l'erreur dans laquelle les avaient jetés les malveillants qui leur faisaient croire que Paris voulait assassiner les députés de la Gironde, tandis qu'il ne voulait « assassiner que leurs opinions ».
La Commune de Paris s'engageait do plus en plus dans la voie révolutionnaire et prenait de son propre mouvement des décisions ayant un caractère despotique et arbitraire. Déjà, à la date du 2 mai, le Conseil général avait mis en demeure les ministres d'envoyer, dans le délai de 24 heures, la liste des employés de leurs bureaux, afin de vérifier leurs certificats de civisme, et désigné des commissaires chargés de procéder à cette opération; le même Conseil avait également décrété, comme l'on sait, l'établissement d'un impôt forcé de 12 millions sur les riches, mesure inquisiloriale et tyrannique au premier chef; l'arrêté du 13 mai, qui convoqua à l'Evèché les présidents des sections et un membre de chaque Comité révolutionnaire à l'eiïet d'établir la liste et d'asseoir l'impôt, souleva des protestations unanimes. La section du Contrat Social, enir'autres, déclara nettement que, bien que n'entendant point se soustraire aux sacrifices que la République avait le droit d'attendre du 2)alriotisme et de la fortune des citoyens, elle ne pouvait pour son compte s'associer aux décisions qui
INTHODUCTION xl.j
seraient prises dans celle Assemblée. Du reste, cette réunion de l'Evéclié n'eut point le résultat espéré, puisque Pache et Chaumetle revinrent à la charge et provoquèrent la convocation d'une nouvelle Assemblée qui prendrait des résolutions conformes à l'opinion de la majorité des sections (1).
Au milieu de mai, la Commune, quoii;u'observant en apparence les formes légales, prit l'initiative d'un acte essentiellement révolutionnaire, celui du remplacement de Santerre en qualité de Commandant général do la garde nationale. Voici dans quelles conditions s'opéra la désignation de son successeur : dès le 2 mai, Santerre avait annoncé au Conseil général de la Commune son intention de partir pour combattre les rebelles de la Vendée et proposé comme successeur le citoyen Mathis, chef de division. Le Conseil accorda à Santerre le congé qu'il demandait et remit au lendemain la nomination. Santerre resta en possession de son commandement encore une quinzaine, pendant laquelle se produisit, à la date du 7 mai, réchauU'ourée des Champs-Elysées, ou plutôt le rassemblement de clercs de procureurs, d« commis de marchands, qui firent du tapage et crièrent au f... Marat, Marat à la guillotine. La bi'ulalilé avec laquelle cet attroupement de jeunes écervelés sans armes, jugé séditieux cependant, fut réprimé, mécontenta vivement les citoyens (2). Le 17 mai, le Conseil général de la Commune, avisé du dessein de Santerre qui se proposait de quitter Paris le dimanche suivant pour se rendre en Vendée, considérant qu'il serait très dangereux de laisser la force armée un seul jour sans chef, qu'il y avait impossibilité de consulter les sections pour recueillir leur vœu, que les circonstances présentes n'étaient pas moins ci'itiques que celles au milieu desquelles s'était produit le 10 août, arrêta de procéder séance tenante à l'élection d'un Commandant général provisoire. Soixantequatorze, voix sur soixante-quinze désignèrent Servais-Baudouin Boulanger, commandant en second de la section de la Halle au Blé, qui fut proclamé Commandant général et prêta serment le lendemain. L'observateur Dutard, à propos de ce choix, ne trace pas un portrait bien flatteur du nouveau chef, « qu'il trouvait un peu suffisant dans le genre sot, et chien couchant auprès de quiconque lui promettrait de l'honneur et de la pàlure ».
Cette nomination en quelque sorte imposée constituait un empiétement sur les droits des sections parisiennes. Plusieurs d'entre elles, notamment celles du Mail et de la Fraternité, protestèrent contre cette élection, comme illégale et attentatoire aux droits du peuple; mais ces
(1) V. le t. VIII du notre Répertoire, n» 2409.
(Z) V. le t. VIII de notre Uepertoire, n»» 2443, 2i'i4.
xli.j INTRODUCTION
prolfistations restèrent vaines, et Chaumelte répondit même aux députés (le la section du Panihéon-Français que, tant que la patrie serait en dangor, la Commune prendrait dos mesures promptes et révolutionnaires.
L'acte d'autorité du Conseil général de l.i Commune coïncida avec un coup de force du Comité révolutionnaire de la section de l'Unité. Celui-ci donna ordre, le 16 mai, de mettre en état d'arrestation les citoyens Legangneur, commissaire de police de la section, Leroux, juge do paix, ainsi que les nommés Porro et Boissieux, soupçonnés de nourrir des projets contrerévolutionnaires, et les fil conduire au déparlement de Police de la Mairie ; la Convention s'en émut, prescrivit au Comité de législation de se faire rendre compte par le Comité révolutionnaire do la section de l'Unité des motifs de ces arrestations et le lendemain fit mettre en liberté le juge de paix Leroux.
La situation devenait de plus en plus critique, la surexcitation des esprits contre les Girondins allait toujours croissant; on peut en juger par le virulent pamphlet qui parut à cette époque sous le titre : Rendez-notis 7iot<
18 francs et f. le camp, sorti de la plume d'un certain Lebois, qui prenait
le qualificatif A' Ami des Sans Culottes et ennemi des J. F., mais qui n'avait rien de commun avec l'accusateur public du Tribunal criminel du département de Paris. Un échantillon du style de ce pamphlétaire permettra de se rendre compte du degré de violence auquel on pouvait atteindre dans
l'exaspération des haines populaires: « Brissol, Pelion, Buzol , s'écriait
Lebois, enfin toute la bande du Marais, qui voulez que la Convention aille
tenir ses séances à Versailles, rendez-nous nos 18 francs et f le camp
bien vite; il est temps, les départements ne veulent plus de vous, ou gare le Tribunal révolutionnaire et l'aimable guillotine »; tel était le refrain qui revenait à la fin de chacun des paragraphes de ce libelle. D'après les rapports de police du mois de mai, ce pamphlet, qui se vendait partout, contribua singulièrement à décrier les députés suspects.
Suivant le témoignage des observateurs chargés de rendre compte à Garât de l'esprit public, au milieu de mai, les mesures révolutionnaires étaient à l'ordre du jour. Voici, d'après les prévisions de l'un de ces policiers, Dutard, prévisions qui ne furent ])as démenties par les événements, comment les choses allaient se passer : « La faction, disait-il dans son rapport du 14 mai, vient de former un Comité central des commissaires des 48- sections, qui doivent se réunir à l'Évêché pour correspondie avec les sections et la Commune de Paris. Les Comités de surveillance
(1) V. le t. IX do noire Uéppi-loire, n. âTÎ.
INTlU)l)l'('.riO\ xliij
vont désarmer un à un tous les suspects, c'est-à-dire la moitié de Paris, et seront les maîtres de la situation; si la (Convention laisse substituera sou autorité celles des Comités de surveillance, elle n'en a pas pour huit jours. i> Tous les agitateurs qui avaient organisé les tentatives insurrectionnelles du 9 mars et du 'I'''' avril voyaient l'occasion de reprendre leur revanche; les impatients taxaie.it Robespierre de niodéranlisme; au,\ Jacobins, comme ailleurs, tous les jours il était question d'insurrection instantanée et des moyens de diminuer les forces de la Convention en accroissant celles des factieux. On ne se gênait plus pour préconiser les mesures extrêmes : c'est ainsi que le 16 mai, un certain Lcclerc, délégué lyonnais, étant venu se plaindre à la Commune des procédés des journalistes à son égard, déclara qu'on avait le projet d'égorger les patriotes et, déplorant la faiblesse de certains Montagnards, indiqua le seul moyen de sauver la République : « il fallait à son avis, que le peuple se fit justice, parce que la justice habite au milieu du peuple et qu'il ne se trompe jamais ».
Le premier essai de violence contr(! la Convention nationale fut lenlé parles femmes qui assiégaienl les abords de l'assemblée, probablement du nombre de celles qui depuis le 10 mai s'étaient organisées en association républicaine révolutionnaire, siégeant aux Jacobins. Elles prétendaient exiger des députés patriotes la suppression par la Convention des places privilégiées dans les tribunes ; armées de poignards et de pistolets, ces héroïnes révolutionnaires, portant cocardes, toutes laides à faire peur, subissant probablement des influences étrangères, ne voulaient rien moins que la dissolution de la Convention nationale ; leur premier exploit fui, le 2-) mai, l'avanie qu'elles infligèrent à Théroigne de Méricourt : l'ayant fouettée outrageusement dans le vestibule même de la Convention, elles la conduisirent au Comité de sûreté générale, mais ne consentirent à la laisser en liberté que parce que Maral la prit sous sa protection. Du reste, Théroigne de Méricourt, non moins surexcitée que ces mégères, leur avait dit qu'elle leur ferait mordre la poussière tôt ou lard.
Ce fut dans la soirée du 28 mai que l'insolence de ces femmes dépassa toute mesure : elles prétendirent s'opposer de vive force à l'entrée des personnes munies de cartes dans les tribunes de la Convention, au point que le tumulte qu'elles provoquèrent dans les couloirs troubla et interrompit la séance. Lehardy, député du Morbihan, se plaignit de ce que les citoyens des départements avaient été frappés et chassés des tribunes par « des êtres vils, le rebut de leur sexe, soudoyés par des êtres plus vils encore ». Le Comité des inspecteurs eut grand peine à rétablir l'ordre. Mais peu après, un nouveau tumulte se produisit dans l'un des corridors
xliv INTUUbUCTlO.N
conduisant aux tribunes, une femme pénétra de force dans lune de cos tribunes pour en arracher un jeune homme qu'elle saisit au collet en l'invectivant. A la suite de ces sct'iies scandaleuses, le président Isnard lit une déclaration, aux termes de laquelle les désordres auxquels on se livrait à la Convention devaient servir de prétexte à une nouvelle insurrection ayant le même but que celle du 10 mars, dirigée contre la Convention par des comités clandestins, qui avaient chargé les femmes de commencer le mouvement. Le policier Dulard tenait un langage identique dans son rapport du 19 mai, où il disait qu'il devait y avoir incessamment un coup terrible et que c'étaient les femmes qui commenceraient » la danse ». C'est alors que Guadet, au nom de la Gironde exaspérée, exposa les dangers qui menaçaient la Convention, déclarant que les conjurés du 10 mars étaient restés impunis, que tout le mal provenait de cette sorte d'insurrection des autorités do Paris contre la Convention, autorités qu'il qualifia d'anarchiques, et il proposa deux mesures d'une gravité excejitionnelle : l°de casser les autorités de Paris, c'est-à-dire la Commune; 2° de réunir à Bourges les députés suppléants. Le Comité de salut public intervint par l'organe de Barère qui, tout en partageant le sentiment de Guadet au sujet des autorités de Paris et en reconnaissant les empiétements des sections et de la Commune, estima que la dissolution de ces autorités serait de nature à provoquer l'anarchie, et proposa la nomination d'une Commission d'enquête de 12 membres. La Convention adopta sa manière de voir et décréta, le 18 mai, la formation d'une Commission de 12 membres, qui serait chargée d'examiner tous les arrêtés pris depuis un mois par le Conseil général de la Commune et les sections de Paris, de se renseigner sur tous les complots tramés contre la liberté, d'entendre les ministres de l'intérieur et des affaires étrangères, les Comités de sûreté générale et de salut public, sur les faits venus à leur connaissance relativement aux conspirations qui avaient menacé la représentation nationale, et de prendre toutes les mesures à l'effet de se procurer les preuves de ces conspirations et de s'assurer des personnes des prévenus.
Le lendemain de l'établissement de cette Commission extraordinaire, qui est connue sous le nom de Commission des Douze, Pache, désireux de justifier l'assemblée des commissaires des sections, ostensiblement réunis à l'Evêché pour arrêter un mode uniforme et commun d'exécution au sujet des réquisitions, assemblée qu'on représentait comme illégale et s'occupaut de tout autre objet, écrivit au président de la Convention afin d'expliquer que c'élait le Conseil général de la Commune qui avait voulu s'entourer des lumières de trois commissaires par section, pour discuter ce mode et contrecarrer les desseins des contre-révolutionnaires répandus
INTRODUCTION xW
dans les sections et clierchant à les («garer. La Convention accneillil celle communication sans prendre parti dans la question et décida l'insertion au liullt'tiit d'un extrait de cette leltre. Quoi qu'il en soit, les accusations portées contre l'Assemblée de l'Kvêché n'étaient pas dénuées de fondement; il ressort en effet du procès-verbnl de l'assemblée générale, de la section de la Fraternité, en date du 22 mai, apporté k la Convention le 2.'J, ijne dans l'Assemblée du Comité central révolutionnaire tenue à la Mairie le dimanche 19 mai, c'est-à-dire le jour rriêmc où Paclie tentait de justilier cette assemblée, Marino, administrateur de Police, qui présidait la réunion, se permit d'avancer qu'en fait de suspects il n'en connaissait qu'à la Convention et il ne craignit pas de proposer l'arreslation ou plutôt l'enlèvement clandestin des 22 députés, qui seraient transportés dans quelque coin isolé, immolés, et qu'on ferait passer pour avoir émigré. Il est vrai d'ajouter que, suivant l'exposé de la situation de Paris, présenté le 21 mai l)ar Pachc au Comité do salut public, la motion en question ne fut pas disentée et tomba, couverte d'une improbation unanime (1).
Le scrutin pour l'élection des membres de la Commission des Douze s'ouvrit le 21 mai. Il eut pour résultat la nomination de Boyer-Fonfrède, Habant Saint-Etienne, Kervclegan, Saint-Martin-Valogne, Viger, Gomaire, Bertrand de l'Orne, Boilleau, Mollevault, Henry la Rivière, Bergoeing et Gardien. La Commission entra immédiatement en fondions. Dans sa première réunion, elle entendit le compte rendu des commissaires Bergoeing et Viger, qu'elle avait envoyés à la section du Contrat Social, qui tenait ses séances à Saint-Eustache, à reiïet de rapporter les registres de ses délibérations, lesquels se trouvèrent composés de feuilles volantes; ces commissaires déposèrent les arrêtés pris par le Comité révolutionnaire de cette section du 29 mars au 18 avril (2).
La Commission désirant s'entourer d'avis qui lui permettraient de se rendre compte de la. situation et de se renseigner : 1° sur les faits et gestes du Comité central révolutionnaire; 2° sur la dépulation des femmes de Ver.sailles ; 3° sur les prédications publiques du nommé Varlet, avait envoyé une convocation au procureur de la Commime, qui répondit par écrit, et au maire de Paris, qui se rendit en personne à l'invitation de la Commission et promit d'envoyer chaque jour un rapport sur la situation de Paris. Boyer-Fonfrède lui ayant demandé si les Comités révolutionnaires ne pourraient pas fomenter des troubles, le Maire répondit que la moitié de ces
(1) V. le t. VIII de notre Réperloire, n» 2505. (1) V. le t. VIII de notre Répertoire, n» 2513.
xlv.i INTHOOUCTION
(•omilés étaient composés d'hommes sages, qu'il n'en solliciterait pas l'établissement, sils n'élaiunt pas formés, mais que dans le moment actuel leur dissolution pourrait occasionner quelques troubles; il déclara qu'il n'avait jamais cru qu'aucun membre de la Convention, qu'aucun ministre eût couru de dangers, qu'il navail jamais eu d'inquiétudes que pour les subsi-lances et les attroupements, que le nombre des suspects était fort restreint, 10 à 12 (1).
La Commission des Douze continua son u'uvre. Un procès-verbal de ses travaux, en date du 23 mai, constate que toutes les sections avaient été mises en demeure d'envoyer les registres de leurs délibérations et qu'un certain nombre de personnes avaient été convoquées pour .déclarer ce qu'elles connaissaient des complots tramés contre la liberté et la représentation nationale, que le Maire et le minisire des affaires étrangères avaient été invités à consigner par écrit les renseignements donnés par eux de vive voix à la Commission, et que, dillérents avis ayant fait craindre des troubles pour la nuit suivante, le Maire cl le Commandant général avaient l'eçu mandat de prendre à ce sujet les mesures nécessaires (2).
Le Conseil général de la Commune, informé de la démarche de la section de la Fraternité qui, par une adresse présentée le 23 mai, venait de dénoncer à la Convention un complot all'reux tendant à égorger les représentants du peuple, puis à faire courir le bruit de leur émigration, et tenant à dégager sa responsabilité, prit un arrêté invitant les rédacteurs et porteurs de cette adresse à fournir les renseignements propres à amener la découverte d'auteurs de complots aussi abominables afin de les livrer le soir même aux tribunaux. La révélation inattendue de ce qui s'était passé dans l'Assemblée révolutionnaire du 19 mai eut son écho dans celles des sections qui n'étaient pas dominées par un esprit de révolte. La section du Mail, réunie en assemblée générale le 24 mai, décida tout d'abord de remettre à la Commission des Douze les procès-verbaux de ses séances du 18 avril au 24 mai, puis de s'enquérir si aucun des membres de son comité avait assisté ou participé aux assemblées tenues, soit à l'Évèché, soit à la Mairie; elle reçut ensuite une députation do la section de la Fraternité, qui apportait son adresse au sujet du renouvellement des massacres de septembre projeté dans l'Assemblée de la Mairie. Par l'organe de son président, la section du Mail déclara qu'elle recevait avec la plus vive émotion dans son sein les députés d'une section, dont quelques membres avaient eu la gloire d'être
(1) V. le t. VIII de notre Répertoire, ii» 2.^09.
(2) V. le même volume, n« 2517.
INTIIODUCTION xlvi.j
chassés d'un conciliabule obscur où l'on méditait le meurtre, et qui la première avait eu le bonheur de sauver la représentation nationale en dévoilant ces horribles complots (1).
La Commission des Douze, au début de la séance qu'elle tint le 24 mai, après examen des déclarations qu'elle avait reçues et des pièces qui lui avaient été remises (notamment sur le compte de Varlet par un certain Lavigne de la section du Panthéon Français), prit de graves résolutions (2). Elle décida que des mandats d'amener seraient décernés contre les citoyens Marino et Brichet, administrateurs de Police, Varlet, employé à la Poste, et Hébert, substitut du procureur de la Commune, mandats qui furent envoyés au ministre de la justice, lequel se rendit à la Commission et donna les ordres nécessaires pour leur mise à exécution.
Le ministre de l'intérieur. Garât, homme prudent, n'était point partisan des mesures violentes; dans une conversation qu'il eut avec Habaut-Saint- Elienne, il lui représenta tout le danger qui résulterait de l'envoi d'Hébert à l'Abbaye pour un article de journal, quand Marat, auquel on pouvait en reprocher bien d'autres, venait de rentrer triomphant à la Convention, acquitté par le Tribunal révolutionnaire et glorifié par le peuple de Paris.
Dans cette séance du 24 mai, la Commission des Douze élabora un projet de décret de sûreté générale, qu'elle fit précéder d'un rapport, qui ne ressemble en rien à celui dont Viger dunna lecture ce même jour à la Convention, et qu'il nous parait intéressant de reproduire d'après la minute même du procès-verbal de la Commission.
Voici en quels termes s'exprimait le rapporteur :
« La Commission, désirant de piésenter à la Convention nationale un rapport sur les macliinalious qui se trunienl à l^aris contre la tianquillité et la liberté générale i.'t contre la représentation nationale, a considéré néanmoins qu'elle n'avait pas eu le temps d'avoir des renseignements suffisants, que ceux qu'elle a reçus la mettant sur la voie d'en recevoir d'autres, tous nécessaires, que la publication de ce qu'elle a appris pourrait servir à soustraire les preuves dont elle a encore besoin, et peut-être les personnes dont il [lourrait être nécessaire de s'assurer; ([ue cependant les renseignements que la Commission reçoit à cliaque instant lui l'ont sentir la nécessité de prendre sur-le champ des mesures assez vigoureuses pour prévenir des mouvements suscités et pressés par des malveillants, que ces mouvetnents pourraient troubler la France entière en occasionnant à Paris une l'oule do maux ; considérant cnlin que les causes que la Commission avait déjà découvertes des machinations projetées étaient dans le désordre des assemblées des sections de Paris et dans la négligence des citoyens de se rendre à leurs postes; la Commission a cru devoir relever l'esprit public, réunir la
(1) V. le t. VIU (le uotic Ropcrtoirc. n° 2524. (■2) IM(1., IV» ':820, 2'.ir,0.
xlviij INTRODUCTION'
masse cnliùrc des citoyens ù ses devoirs et à ses postes, et terminer une partie des désordres qui troublent les assemblées des sections ; en conséquence, elle a délibéré de présenter ù l'acceptation de la Convention nationale le projet de décret suivant.
Malgré l'asserlion de Marat, suivant laquelle il n'aurait point existé (le conspiration contre la Convention nationale, celle-ci adopta le décret eu question, édictant un ensemble de dispositions à TefTet de restreindre l'exercice du droit de réunion, obligeant notamment les citoyens à se tenir prêts à se rendre au premier signal au poste qui leur serait assigné par le commandant de cbaque section, ordonnant la levée à 10 heures du soir des assemblées générales des sections, dont les étrangers devaient être exclus, chargeant enfin la Commission des Douze de présenter sous peu les mesures le plus efficaces pour assurer la liberté et la tranquillité publique (1).
Bien que resté étranger aux motions incendiaires de la réunion incriminée, Pache éprouva le besoin de s'en justifier et adressa, le 24 mai à la Convention, une lettre pour expliquer ce qui s'était passé à la Mairie; cette lettre, insérée au Bulletin, fut lue non avant la promulgation du décret, comme le prétend Thiers, mais après, vers la fin de la séance, et par conséquent n'infiua en l'ien sur les décisions prises par la Convention. Pache affirma que, dans cette réunion, il n'y avait pas eu de complot tramé contre la représentiition nationale, mais une simple délibération sur la composition de la liste des suspects ; toutefois il fut bien obligé de reconnaître que la discussion s'était égarée et avait dépassé toute mesure, qu'on avait d'abord proposé de s'assurer des gens suspects afin de s'en servir comme otages, puis d'y comprendre ceux des membres de la Convention qui passaient pour méconnaître les intérêts et les droits du peuple, qu'enfin l'on était arrivé au point de déclarer qu'au lieu d'arrêter il fallait détruire ceux que l'on regardait comme des traîtres. Pache avait bien pris soin d'ajouler que, dans une réunion subséquente, il avait fait ('■carter ces motions criminelles et que d'ailleurs il n'avait jamais eu d'inquiétude au sujet de la sûreté personnelle des membres de la Convention. Après la lecture de cette lettre, l'un des membres de la Commission des Douze fit observer que le rapport envoyé à la Commission par le Maire uétait nullement conforme à cette lettre.
Ce fut le capitaine Botot Du Mesnil, commandant la gendarmerie des tribunaux, qui fut chargé par Gohier de mettre à exécution les mandats décernés contre les citoyens Marino, Michel, Brichet et Hébert, ainsi qu'un cinquième mandat contre Varlet; il s'acquitta le jour même de cette
(1) V. le t. VIII de notre Répertoire, n» 2529.
INTRODUCTION xlix
mission, procéda à l'arreslalion d'Hébert et de Varlet, qui furent conduits à l'Abbaye, mais laissa en liberté Marino et Michel, administrateurs au Département de Police, renvoyés à leurs fonctions, et déclara que quant au citoyen Brichet, également administrateur de Police, ce particulier ne s'était trouvé ni chez lui, ni à l'Assemblée générale de la section du Mail. A propos de l'exécution du mandat contre ce dernier, le ministre trouva fort repréhensible le gendarme qui s'était permis d'aller le réclamer au sein de l'assemblée do sa section et invita le capitaine Du Mesnil à veiller désormais à ce que les ordres d'arrestation fussent exécutés conformément à la loi et avec toute la prudence et le mystère requis.
Avant de parler de Teffet produit par ces arrestations, il n'est pas inutile de donner quelques détails biographiques sur les individus qui furent l'objet de cette mesure de rigueur :
Jacques-René Hébert, substitut du procureur de la Commune, rédacteur du journal le Père Duchesne, qui linit par être lui-même victime des terroristes, est trop connu par ses violences de langage pour qu'il soit nécessaire de lui consacrer une notice.
Jean Varlet, employé de la Poste, âgé de 27 ans, d'abord membre de la Société des Amis de la Constitution et du Club des Cordeliers, frappé d'exclusion comme brissotin, appartenait à cette catégorie de révolutionnaires qui, pour employer l'expression de M. Hamel {Histoire de Robespierre, t. II, p. 25), ne connaissaient aucune règle, aucun frçin, et que l'on désignait communément sous le nom d'E/i)'n(/t's; c'était un énergumène dans toute la force du terme, pérorant sans cesse dans les clubs, dans les groupes, dont la présence fut signalée dans la plupart des manifestations révolutionnaires ; il jouera un rôle des plus actifs dans les journées des 31 mai, i"' et 2 juin.
Jean-Baptiste Marino, membre du Conseil général de la Commune pour la section de la Montagne, et administrateur au Département de Police, était fabricant et peintre en porcelaines de son métier ; il remplit diftérentes missions en 1793 à Commune- Affranchie et Carrouge (département du Mont-Blanc). Xo'w.i le jugement qui est porté sur ce partisan acliarné de la Montagne à la date du 12 prairial an II :
« Vif, ardent, juste et humain, il s'est montré depuis le commencement de la Révolution toujours avec les vrais patriotes ; il a aidé à terrasser dans la section et ailleurs les ennemis du peuple et les factions; partout, il a montré un patriotisme pur et désintéressé ; il a suivi tous les événements de la Révolution ; il voyait souvent Marat ; on dit riiême qu'il a passé la nuit avec lui, la veille de son jugement par le Tribunal révolutionnaire, et l'a accompagné au sein de la Convention au sortir dudit Tribunal. » Marino, quoique terroriste avéré, fut envoyé à l'échafaud le 29 prairial an II (1).
Etienne Michel, âgé de 30 ans, membre du Conseil général de la Commune pour la section de Beaubourg, et administrateur au Département de Police, était fabricant de rouge. Compromis au 9 thermidor, il tenta de se suicider en se portant un coup de couteau. A la date du 13 thermidor, le Comité de sûreté générale ordonna de le transférer de la Maison de l'Humanité (Hôtel-Dieu) à l'hospice de l'Evéché, pour y être
(1) V. le dossier Marino, Arcli. nat., F'' 4774". T. IX.
1 INTRODUCTION
soigné comme détenu. Le Comité révolutionnaire de sa section attribua cet acte de désespoir à la lecture d'un papier public qui fit croire à Michel qu'il suffisait d'être membre de la Commune pour être mis hors la loi, et il demanda, le 15 fructidor, la liberté provisoire du patriote Michel. Au mois de nivôse an III, en pleine réaction thermidorienne, le même Comilé le dénonça comme un terroriste, un Robespierrisle, un buveur de sang, lui reprochant eu outre d'avoir abusé de ses fonctions pour dépouiller les prisonniers de leurs bijoux et assignats ; on prétendit même qu'avec le fruit de ses rapines il avait acheté pour SOO.OOO francs de biens. On lui prêta également des propos atroces ; on lui aurait, parail-il, entendu dire qu'il voudrait que le dernier boyau des prêtres servît à pendre le dernier des hommes de loi. Le 28 ventôse an III, Michel adressa de la maison d'arrêt du Plessis au représentant Delacroix (probablement Delécloy) un mémoire juslilicatif, où il déclarait avoir repoussé avec indignation la tyrannie de Robespierre et avoir affirmé ses principes par sa conduite dans la nuit du 9 au iO thermidor, et il concluait « en demandant punition, si je suit coupable, liberté, si je suit innocent. » (1)
Mathieu-Jean Brichet, de la section du Mail, employé au bureau des assignats aux Messageries nationales, fut nommé, le 1" avril 1793, par Bouchotte commis au bureau des subsistances militaires, et devint le i" août suivant sous-chef au bureau du personnel des hôpitaux militaires, poste qu'il conserva jusqu'au 14 ventôse an II. Il était l'un des membres du Comité de salut public de la section du Mail, où son arrestation fut annoncée, le 25 mai, en ces termes : « Une inculpation foudroyante a été lancée hier contre un de nos collègues; le citoyen Brichet, membre de ce Comité, a été hautement dénoncé, dans l'assemblée générale de la section, comme ayant donné dans les assemblées tenues à la Mairie des listes de proscription, sur lesquelles étaient portés une multitude de citoyens de la section et un nombre de députés à la Convention nationale. Cette dénonciation a été corroborée par l'arrivée d'un gendarme porteur d'un mandat d'amener le citoyen Brichet au Comité dos Douze de la Convention nationale. » En conséquence le président Barry proposa, et le Comité révolutionnaire de la section décida qu'en raison de cette dénonciation et de ce mandat d'amener contre le citoyen Brichet, le Comité s'intei'dirait dans l'exercice de ses fonctions toutes communications directes ou indirectes avec lui.
Le rôle joué par Brichet lors des journées révolutionnaires des 31 mai, i" et 2 juin, est caractérisé par le certificat suivant que lui délivra le Comité révolutionnaire de sa section, à la date du 24 septembre 1793, lorsqu'il quitta la section du Mail pour habiter celle du Mont-Blanc, où il se proposait d'aider les patriotes à purger le sol de la liberté des intrigants, des fédéralistes, des muscadins et des royalistes, sous quelque forme qu'ils se présentassent :
« Le Comité déclare qu'il a toujours vu le citoyen Brichet animé de toutes les vertus républicaines, que, depuis 1789, il a été constamment l'ennemi juré de l'aristocratie, des Lafayelte, des Dumouriez, des Custines, des Raffet, des Feuillantins, des royalistes, des fédéralistes, des muscadins, en un mot des intrigants de toutes espèces et de toutes les couleurs, qu'il a toujours employé tous ses moyens pour déjouer tous les projets liberticides des Brissotins, Girondins et de la ligue infernale qui croissait au Marais; que notamment sous sa présidence du 10 août il remit la section au pas par son énergie; que sous sa présidence du 31 mai 1793, cette même énergie, loin d'être afiaiblie par les menaces des malveillants, par l'assassinat commis sur sa personne au milieu de l'assemblée générale, en présence de 4 officiers municipaux, en a acquis une nouvelle force; qu'à cette époque sa fermeté républicaine a beaucoup contribué
(1) V. le dossier Mi«hel, Atch. nal., P' ilH^K
INTRODUCTION Ij
à régcnérer la section du Mail el a mérité au Sans-culotte Urichel le titic glorieux d'enragé Maratiste et un mandat d'arrêt de la Commission inquisitoriale des l)oU7.c, pour avoir demandé au Comité formé à la Mairie, le Jour de la Pentecôte, l'arrestation, dans la nuit, des 32 députés à la tète de la faction des liommes d'Ktat.
« Arrête en outre qu'il en sera délivré deux copies au patriote Hrichet, qui les signera devant nous. »
Malgré ces attestations flatteuses qu'il obtint en qualité de Maratiste et de terroriste, Bricliet fut condamné à mort par le Tribunal révolutionnaire, le 21 messidor an II (1).
L'arrestation d'Hébert fut notifiée par les citoyens Mennessier, Simon, Berget cl Caiilieux au Conseil général do la Commune, qui réuni d'urgence, dénonça à la Convention l'attentat doul venait de se rendre coupable la Commission des Douze en procédant à l'arrestation de ce citoyen, recommandable à la fois par ses lumières et ses vertus civiques, et demanda qu'Hébert fiit rendu à ses fonctions ou promptement jugé.
Les sections de Paris unirent leurs protestations à celle de la Commune; la section du Temple, par délibération du 25 mai, prit l'initiative d'une réunion des commissaires des sections à la salle de l'Egalité, oii devait être rédigée une pétition à la Convention à l'eflet de connaître les molifs de l'arreslation d'Hébert et de Varlet, dont le patriotisme était incontesic, et d'obtenir leur mise en liberté provisoire. La plupart des sections envoyèrent, les 25 et 26 mai, des commissaires; celle du Faubourg- WTontmarlre protesta formellement contre l'attentat à la souveraineté du peuple commis par la Commission des Douze, tant par l'enlèvement forcé et arbitraire des registres de délibérations des sections, que par l'arrestation illégale, violente et injuste de magistrats du peuple, honorés de sa confiance, dans l'exercice de leurs fonctions, et décida qu'elle se transporterait à la Convention pour exprimer son vœu de voir anéantir la Commission despotique et contre-révolutionnaire des Douze, et pour réclamer la mise en liberté d'Hébert ainsi que celle de tous les patriotes arrêtés depuis quelques jours. Elle déclara en même temps que ses registres ne seraient compulsés par aucune Commission et que si la Convention, par un nouveau décret en exigeait la communication, la section toute entière les porterait à la Convention et les remporterait de même, comme étant le dépôt sacré de l'exercice de la souveraineté, à titre de fraction du peuple souverain. La section du Marais, elle aussi, non contente de dénoncer l'arrestation illégale d'Hébsrt, résolut de demander à la Convention la cassation de la Commission des Douze, comme ayant outrepassé ses poii-
(I) V. 1« dossier Brichet, Arch. nat., F' 4617.
lij INTRODUCTION
voirs et fait éclater à tous les yeux son inutilité, puisqu'il n'y avait eu ni conspiration ni conspirateurs, suivant tous les renseignements recueillis jusqu'à ce jour.
Sur ces entrefaites Pache crut, par une lettre en date du 2S mai, devoir protester contre les propos que lui prêtait la Commission des Douze, d'après lesquels il aurait annoncé un soulèvement très prochain dans Paris, et il expliqua que, selon toute apparence, les propos en question étaient empruntés aux rapports sur l'esprit public à Paris, faits à l'administration de Police par ses préposés, rapports qu'il envoyait régulièrement au Conseil exécutif, au ministre de l'intérieur et au Comité de salut public. Le rapport visé par Pache, en date du 23 au 24 mai, qu'il avait communiqué à la Commission des Douze, renferme en effet un passage qui avait donné lieu à cette interprétation abusive : « La désunion entre quelques membres de la Convention, d'un côté, l'excessive cherté des denrées, de l'autre, sont les principales causes de la fermentation du peuple, qui se lasse de se plaindre à mi-voix..., et on ne peut se dissimuler que lt> soulèvement ne soit inévitable et très prochain, si l'on ne prend les mesures les plus efficaces pour soulager le peuple. « La Convention décréta, le 27 mai, l'impression, l'affichage et l'insertion au Bulletin de la lettre du maire de Paris, ainsi que de la déclaration contenue au rapport adressé par le Maire à la Commission des Douze, et renvoya le tout à cette Commission.
Pendant que la Convention s'endormait dans une trompeuse sécurité, le mécontentement populaire grandissait et le moment d'une explosion se rapprochait de plus en plus. Les rapports de police de cette époque ne laissent aucun doute à cet égard : « Tous les esprits, y disait-on, sont agités de manière à faire regarder un grand mouvement comme très prochain. Les groupes sont plus multipliés que jamais, et l'on ne peut se dissimuler que Ton touche au moment d'une nouvelle insurrection, à moins que les mesures que se proposent de prendre les sections n'aient leur efficacité. Les citoyens mis en état d'arrestation par la Commission des Douze sont la matière de toutes les conversations et l'objet de toutes les discussions des sociétés populaires et des sections. On traite le mode à employer pour engager la Convention à rendre la liberté à ces citoyens, et il y aura un parti qui sera peut-être extrême, si la Convention persiste à refuser d'entendre les pétitionnaires. » En effet, l'un des observateurs de Garât, Dutard, dans son rapport du 27 mai, parlait de nombreuses motions plus ou moins incendiaires faites à ce sujet sur la terrasse des Tuileries. Dutard entendit également, ce jour-là, Dorat-Cubières discourir à la Commune sur le traitement infligé à Hébert et Varlet, qu'on avait mis dans un grenier à tous les vents, où deux grabats étaient occupés par des
INTRODUCTION liij
généraux traîtres, c'est-à-dire par des scélérats, et les deux autres par Hébert et Varlet, c'est-à-dire par des honnêtes gens.
La Commission des Douze non seulement ne voulait point reconnaître qu'elle avait commis une grave imprudence en procédant à l'arrestation d'Héberl, mais encore elle persévérait dans les mêmes errements ; au cours de la matinée du 27, elle envoya au ministre de la justice deux nouveaux mandats d'arrêt contre Claude-Emmanuel Dobsen, président de la section de la Cité, et Prolaix, secrétaire de cette section, à raison du refus formel de communiquer les registres de leur section. Ces mandats ne furent mis à exécution que très tard dans la soirée; ces deux citoyens furent écroués à l'Abbaye à H heures du soir, parce que ni l'un ni l'autre ne s'étaient trouvés chez eux dans la journée. Le lendemain matin, la section de la Cité réclama ces victimes d'un nouveau despotisme, dont l'arrestation avait été opérée nuitamment, au mépris de tous les principes; elle déclarait à cette occasion que les ennemis du peuple siégeant à la Convention avaient calomnié la ville de Paris auprès des déparlements, qui approuveraient au contraire les saintes insurrections des citoyens inculpés, et elle adjurait la Convention de punir la Commission infidèle, coupable d'actes arbitraires, et de la traduire au Tribunal révolutionnaire. Cette démarche de la section de la Cité occasionna une vive agitation et après une réponse imprudente du président Isnard, provoqua une déclaration de Danton, d'abord contre la Commission des Douze, qui opposait aux meilleurs citoyens les armes réunies entre ses mains et arrachait à leurs fonctions les magistrats du peuple, puis contre la Convention qui persistait à retenir dans les fers des citoyens dont le seul crime était un excès de patriotisme. Cette séance de la Convention avait amené une affluence inusitée de peuple, les avenues de la salle étaient obstruées, les couloirs remplis d'hommes et de femmes qui empêchaient l'entrée et la sortie des députés.
La Commission des Douze se crut en droit, comme mesure de salut public, de requérir la force armée et fit appel aux sections bien pensantes, voisines de la Convention (celles de 1792, du Mail et de la Bulte-des- Moulins) auxquelles fut demandé un contingent de 800 hommes, qui vint occuper les portiques et avenues de la salle, sous les ordres de Raffet, commandant du bataillon de la Butle-des-Moulins. Celui-ci, interrogé par le président de la Convention au sujet de ce déploiement de forces inusité, exhiba deux ordres, l'un de Vincent, chef de la 2* légion, l'autre deLapierre, adjudant général provisoire, lui enjoignant de tenir prêts les hommes demandés par la Commission des Douze. Pache, qui avait d'abord donné son adhésion, se ravisa et invoquant les décrets des 18 et 24 mai, où il ne se
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trouvait aucun article qui autorisât la Commission à disposer de la force armée dans Paris, lapria de vouloirbien s'abstcniroude faire rendre un décret.
C'est alors que l'on voit entrer en scène le ministre de l'intérieur, toujours optimiste, qui rendant compte à la Convention de la situation de Paris, des mouvements qui l'agitaient, des groupes nombreux qui entouraient la salle, se crut fondé, dans un aveuglement étrange, à affirmer que la représentation nationale n'avait absolument rien à craindre; le maire de Paris, de son côté, abonda dans le même sens et assura que les différents rassemblements qui se trouvaient autour de la salle n'étaient composés que de commissaires des 48 sections, s'occupant des pétitions relatives aux arrestations ordonnées par la Commission des Douze.
Pache avait dit vrai en annonçant que plusieurs sections étaient venues pour protester contre les agissements do la Commission des Douze; celle de la Croix-Rouge, porte-parole de beaucoup d'autres, réclama l'élargissement d'Hébert et de tous les patriotes incarcérés, ainsi que la cassation de la Commission des Douze, qui, à peine formée, n'avait dirigé ses coups que contre les véritables amis de la Liberté, protestant en particulier contre l'arrestation du président et du secrétaire d'une section, coupables seulement d'avoir signé les procès-verbaux de leurs délibérations, et rappela que la Déclaration des Droils de l'Homme consacrait lo droit de tous les citoyens de résister par la force à toute arroslaliou nocturne. La section des Gravilliers dans son adresse à la Convention ne lui ménagea pas les reproches. Depuis 8 mois, disait-elle, la Convention donne à l'Europe étonnée le spectacle de la division, des passions les plus honteuses; et elle conjurait les députés de la Montagne de sauver la patrie, les qualifiant de lâches et de traîtres, s'ils le pouvaient el ne le voulussent pas, et déclarant que, s'ils le voulaient sans le pouvoir, 100,000 bras étaient armés pour leur défense. Sous cette pression des sections, la Convention, présidée par Hérault de Séchelles, rendit un décret ordonnant la mise en liberté immédiate des citoyens incarcérés par la Commission des Douze, supprimant cette Commission et chargeant le Comité de sûreté générale d'examiner la conduite des membres qui la composaient. Dans cette môme soirée du 27 mai, parvint au président de la Convention une lettre de la Commission, où voulant parer le coup qui la meuiiçait, elle déclarait que, tandis qu'elle s'occupait de la sûreté de la Convention et de Paris, on la calomniait, on cherchait à la dissoudre, et elle demandait que la Convention ne prononçât rien avant d'avoir entendu son rapport, ajoutant qu'on projetait de l'attaquer au lieu de ses séances, mais que ses papiers étaient en sûreté, que la Convention pouvait la casser, mais qu'elle n'avait rien à se reprocher envers la patrie.
INTRODUCTION Iv
Cet important rapport, que Rabaut de Saint-Etienne devait lire à la Convention, est resté dans les papiers de la Commission. Elle exposait qu'elle s'était assurée de l'existence d'un grand complot pour dissoudre la Convention nationale et que son attention s'était portée sur des écrits distribués journellement à Paris en vue d'égarer le peuple et de l'exciter à la violence; que, parmi ces écrits, il en était un plus répandu que les autres, dont le style familier, indécent et bas, avait des attraits pour un certain nombre de lecteurs, la feuille du Pne Ducltesne, dont le substitut du procureur de la Commune passait publiquement pour être l'auteur, qu'après examen de quelques numéros, la Commission avait cru devoir décerner un mandat d'amener contre le citoyen Hébert, qui avait reconnu les faits, mais n'avait donné que des justifications insuffisantes; elle observait qu'il était impossible de ne pas trouver matière à suspicion, quand on voyait un magistrat du peuple désigner à la vengeance populaire une classe de députés, signalés sous un nom inventé par la proscription, et déclarait enfin qu'elle avait cru devoir maintenir l'arrestation d'Hébert, laquelle lui semblait ou ne peut plus motivée, alors qu'on pouvait compter par centaines les arrestations ordonnées par le Comité de sûreté générale et par milliers celles commandées par les commissaires de la Convention dans les départements.
Comme l'on sait, le décret supprimant la Commission des Douze avait été rendu très avant dans la soirée du 27 par une centaine de députés à peine, confondus avec une masse de pétitionnaires; aussi, le lendemain, Lanjuinais fit remarquer que le décret rendu dans de semblables conditions devait être considéré comme nul. L'Assemblée décida de voter par appel nominal sur la question de savoir si le décret de suppression serait rapporté ou non. Une majorité de 279 voix se prononça pour le retrait du décret. Pendant que l'existence même de la Commission était mise en discussion, elle restait dans l'expectative et décidait de surseoir aux poursuites entamées contre un particulier suspect, arrêté par la section du Finistèire pour avoir proposé la dissolution de la Convention ; mais ayant appris à 7 heures du soir qu'elle venait d'être prorogée par décret de la Convention, elle reprit l'instruction commencée et se fit amener à minuit et demi l'individu en question à l'elfet de procéder à son interrogatoire, au cours duquel par une empbase un peu dérisoire, elle se vit qualifiée par ce suspect de fameux comité révolutionnaire .
Tout en rétablissant la Commission des Douze, la Convention ordonna la mise en liberté immédiate des citoyens emprisonnés par ordre de cette Commission, ce qui eut lieu le soir même ; l'élargissement des prisonniers produisit la plus vive sensation : on les revit, disent les rapports de police,
Ivj INTRODUCTION
avec reiilhousiasmo qu'excite dans l'âme du patriote le triomphe de l'opprimé. Le premier acte d'Hébert rendu à la liberté fut de se présenter à la séance du Conseil général de la Commune, où il fut accueilli par de chaleureux applaudissements et reçut les embrassements de ses collègues et de tous les présents ; Chaumette lui remit au nom des patriotes une couronne qu'Hébert plaça sur le buste de Brutus, attendu, disait-il, que les vivants n'avaient droit- qu'à des encouragements. Varlet rentra triomphalement dans sa section, celle des Droits de l'Homme, suivi d'une femme portant une branche de chêne que l'assemblée fit déposer à côté du buste de Le Peletier.
Chaumette proposa et le Conseil général de la Commune adopta une adresse à l'effet d'exiger un sérieux examen de la conduite de la Commission des Douze, pour déférer ses membres aux tribunaux, voire même au Tribunal révolutionnaire. Comme l'on voit, la Commune de Paris, tout en ayant obtenu satisfaction' dans une certaine mesure, ne désarmait point à l'égard de la Commission des Douze, pas plus d'ailleurs que la plupart des sections; celle des Arcis présenta le même jour au Conseil général de la Commune, puis à la Convention imc adresse aux termes de laquelle, après avoir demandé l'explication de ces paroles menaçantes (prononcées le 25 mai par le président Isnard) : On cherchera sur quelles rives de la Semé Paris existait, elle déclarait que le peuple de Paris n'entendait pas avoir abattu un despote, le dictateur Lafayelto, pour en accepter douze autres, des hommes perdus dans l'esprit public, mandataires infidèles qui ne possédaient plus sa confiance, adjurant les patriotes de la Convention de condamner les grands coupables qui siégeaient parmi eux. La section de l'Unilé exhorta pareillement la Convention à décréter d'accusation la Commission des Douze et à la livrer aux jurés des 86 départements. Celle de laCité, en présence des arrestations arbitraires des patriotes qui se multipliaient depuis quelque temps, se déclara en permanence et invita les autres sections à se réunir fraternellement dans son sein, le 29 mai, à 4 heures, pour délibérer en commun sur les moyens propres à faire triompher le patriotisme, la liberté et l'égalité ; son arrêté fut communiqué à la fois aux 47 sections et au Club central assemblé à l'Evêché. C'est à ce moment, selon toute apparence, que furent jetées les bases de la Commission révolutionnaire qui allait fonctionner au grand jour, telles qu'elles figurent dans un projet d'organisation très étudié, faisant partie des papiers du Comité central révolutionnaire.
Malgré les attaques violentes dont la Commission des Douze était l'objet et quoiqu'elle sentit bien que ses heures étaient comptées, elle continuait à tenir ses séances et à remplir la mission qui lui avait été confiée par la
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Convention; le 30 mai, elle convoqua d'urgence le ministre de l'intérieur, invita le maire de Paris à prendre les mesures nécessaires pour empêcher l'effet des motions incendiaires présentées à l'Assemblée de l'Evêché, et fit connaître au président de la Convention les déclarations verbales qu'elle avait reçues sur ce qui s'était passé à la section de la Cité, présidée par Maillard, où fort avant dans la nuit avaient été discutées diverses motions contre la tranquillité publique et la sûreté de la Convention nationale.
Le dernier acte d'autorité de la Commission des Douze, signalé immédiatement par Bourdon de l'Oise, fut l'envoi d'une réquisition militaire au commandant du poste de la Convention, afin de placer à l'hôtel de Breteuil, où elle tenait ses séances, une force suffisante pour sauvegarder ses papiers.
Lors de la séance qu'il tint dans la matinée du 31 mai, le Comité de salut public proposa un peu tardivement de décréter que la Commission des Douze serait entendue, qu'elle rendrait compte des arrêtés pris par elle, des mandats d'arrêt et d'amener qu'elle avait décernés, ainsi que de ses réquisitions directes de la force armée. A l'heure où cette délibération était prise, la parole était au peuple souverain, la Convention était obligée de s'incliner devant sa volonté et de décréter la suppression pure et simple de la Commission des Douze, ainsi que le dépôt de ses actes et papiers au Comité de salut public.
Dans les derniers jours de mai, les événements se précipitaient et prenaient une tournure de plus en plus menaçante; lorsque fut rapporté le décret qui supprima une première fois la Commission des Douze, Ton entendit tenir publiquement des propos qui dénotaient une profonde irritation : Les demi-mesures, disait-on dans les groupes, ont toujours perdu le peuple, on n'a que trop épargné le sang; la journée du 10 août reste encore à faire ; il faut une bonne fois que tout cela finisse et que les nouveaux tyrans et leurs satellites tombent une seconde fois sous le fer du peuple, la moitié de Paris périra, s'il le faut, pour sauver l'autre et le reste de la République. L'un des observateurs de Garât (Latour-Lamontagne) proclamait que « tout ce qu'il voyait, tout ce qu'il entendait, semblait présager un mouvement très prochain, dont les suites seraient incalculables; il régnait, ajoutait-il, un mécontentement général qui annonçait une explosion terrible...; il n'est pas douteux que les partis sont sur le point d'en venir aux mains et d'ensanglanter le sol de la liberté ». Pour parer le coup, le Conseil général du Département prit, le 29 mai, dans la salle des Jacobins, l'initiative de convoquer pour le vendredi 31 mai, à 9 heures du matin, toutes les autorités constituées du Déparlement et les sections de Paris, pour délibérer
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sur les mesures de salut public qu'il convenait tic prendre à rofl'el de défendre la liberté et l'égalité fortement menacées et sur les moyens à employer afin de repousser les calomnies répandues contre les citoyens de Paris et détruire le complot évidemment formé de perdre la ville de Paris en lui aliénant tous les départements, et il invita en conséquence les sections do Paris à nommer chacune deux commissaires. La Commune de Paris, dans sa séance du 30 mai, s'associa à celle démonstration en adressant de son côté la même invitation aux sections; néanmoins, par ignorance feinte ou réelle de ce qui se passait, le procureur de la Commune ayant annoncé qu'il y avait une assemblée qui se tenait à l'Evéché et qui paraissait donner lieu à des bruits inquiétants, le Conseil nomma quatre commissaires pour s'y transporter et s'informer des opérations de cette assemblée. Le Maire, qui s'était rendu en personne h l'Évêché pour se rendre compte de la situation, ne larda pas à élre édifié : il revint en disant qu'il s'était fait représenter les arrêtés de celte assemblée, desquels il résultait que les citoyens réunis, malgré toutes ses observations, s'étaient mis en insurrection. KITectivement l'Assemblée générale révolutionnaire, après avoir procédé à la vérification des pouvoirs illimités donnés par 33 sections à leurs commissaires pour sauver la chose publique, avait arrêté tout d'abord que la ville de Paris se déclarait en état d'insurrection contre la faction aristocratique et oppressive de la liberté, et décidé, comme première mesure révolutionnaire et de sûreté publique, que les barrières de Paris seraient fermées à l'instant, et qu'à cet effet les hommes du 14 juillet et du 10 août se mettraient eux-mêmes en état de réquisition; de plus, que l'Assemblée générale révolutionnaire pour les mesures do saint public siégerait en permanence dans une salle de l'Evêché, enfin que les commissaires s'étaient juré aide et assistance mutuelle contre les actes arbitraires, tyranniques et attenlaloires à la liberté individuelle. Cet arrêté fut notifié séance tenante par une députation au Conseil général de la Commune, qui fit une dernière tentative d'apaisement et ordonna d'afficher dans toutes les sections une pz'oclamation où il rappelait la convocation des autorités constituée* aux Jacobins et déclarait que toute mesure qui devancerait celles qui devaient êlre prises dans celte assemblée pourrait devenir funeste. C'était peine perdue, le groupement révolutionnaire était définitivement formé et devait bientôt affirmer son activité. Il nous semble intéressant de montrer d'après un document d'une authenticité incontestable, resté dans les papiers de l'un de ceux qui jouèrent un rôle décisif dans les journées des 31 mai, 1 et 2 juin, comment procéda l'Assemblée de l'Évêché pour constituer le Comité central révolutionnaire qui allait diriger les événements, et de quels éléments se trouva
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composé ce Comilé(l). Ce fut dans la nuit du30 au31 mai que prit naissance un premier Comité, dit le Comité des neuf, composé de Varlel (section des Droits-de-l'IIomme), de Gusman (section des Piques), de Bonhommet (section de Bou-Conseil), de Simon et de Wendling (que l'on appelle Vanglain) (section de la Halle-au-Blé), de Mithois (section de l'Unilé), de Laurent (section de Marseille), de Dobsen (section de la Cité), de Fournerot (section des Quinze- Vingl s), auxquels furent adjoints Clémence (section de Bon-Conseil) et Leboursiur (section de la Réunion) (celui-ci ne figure plus sur la liste définitive). A ce Comité de la première heure fut adjoint un second Comité dont les membres reçurent leur mandat, le 31 mai, à 4 heures aux Jacobins, des autorités constituées du Département, ainsi que dos commissaires des i8 sections et des communes de tout le Département, investis de pouvoirs illimités. Ce furent Clémence (section de Bon-Conseil), Loys et Soguy (section de la Butte-des-Moulins), Dunouy (section des Sans-Culottes), Bouin (section des Marchés), Laugier (section de la Fonlaine-de-GrenelIe), Marchand (section du Mont-Blanc), Bezol (canton d'Issy), Rousselin (section de l'Unité), Crespin (section des Gravilliors), Auvray, commandant du bataillon de la section du Mont- Blanc, Moessard (section du Mail). Ces indications sont absolument conformes à celles que donne l'arrêté pris par l'assemblée des autorités constituées du Département et des commissaires dos 48 sections, sauf que cet arrêté omet le nom de Loys. A ces noms le Conseil général de la Commune crut devoir ajouter ceux de Hassenfratz, de la section du Faubourg-Montmartre, de Damour, Caillieux, Marino et Perdry, adjonction, qui, comme le fait observer Clémence à la fin de son tableau, n'avait pas le sens commun par rapport aux circonstances.
Suivant un témoignage rapporté par Taino, mais qui ne mérite pas d'être pris au sérieux, sept étrangers, sept agents du dehors, Desfieux, Proly, Pereyra, Dubuisson, Gusman, les deux frères Frey furent par la Commune érigés en Comité d'insurrection. Aucim de ces noms, à part celui de l'espagnol Gusman, ne figure parmi ceux des membx-es du Comité central révolutionnaire.
On possède dans les papiers du Comité central révolutionnaire une liste oflicielle des membres de ce Comité au nombre de 2."), signée de Marquel, président, et de Tombe, fils aîné, secrétaire-greffier, et accompagnée de cette mention en marge: « Bon pour uOO affiches, dont 100 pour le
(1) Noie conservée dans le dossier de Clémence (F'' 4649) sous l'intitulé ; Comité central révolutionnaire du département do Paris, composé du Comité des Neuf, assemblé à l'Evéclié dans la nuit du 30 au 31, et des membres ensuite nommés le lendemain aux Jacobins par les autorité» constituées du Département en entier.
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Comité » ; cette liste donne, en regard des noms des commissaires, ceux des sections qui les avaient envoyés.
A part les noms de Varlet, Dobsen et Rousselin que nous avons déjà rencontrés dans des manifestations révolutionnaires, on n'y trouve aucun nom connu : on ne peut guère signaler que ceux de Baudrais, Caillieux, Dunouy, Duroure, Seguy et Simon, membres du Conseil général de la Commune, et celui de Hassenfratz ; par contre on n'y voit point les noms des agitateurs qui avaient fait parler d'eux lors des événements de février et mars, tels que Desfieux et Fournier.
Voici le tableau complet des membres du Comité central révolutionnaire, avec l'indication des sections auxquelles ils appartenaient, qui fut probablement imprimé et placardé lors du 31 mai. Nous avons joint à chaque nom une notice biographique qui a été établie à l'aide des dossiers existant aux Archives nationales.